Par Narain Jasodanand

Si certains hauts-gradés de la police ont pu détourner des centaines de millions de Reward Money, c’est parce que des lois et des règlements avaient été amendés au préalable. Et si ces transactions ont pu se faire sans éveiller de soupçons, c’est grâce à la négligence et, parfois, la complicité dans de nombreuses autorités de régulation et les banques, à la SBM surtout.

Après les policiers arrêtés dans cette affaire, y compris l’ex-commissaire Anil Kumar Dip lui-même, ce sont les employés de la SBM qui passent à la moulinette. Rien que vendredi dernier, douze d’entre eux ont été suspendus, dans le sillage d’une enquête interne entreprise par la nouvelle direction de Gervais Gua.

Les employés concernés ‒ à tous les niveaux ‒ sont presque tous soupçonnés de négligences graves, et non de complicité ou encore moins d’avoir bénéficié de quelque faveur que ce soit de la police ou du gouvernement MSM.

Les petits qui trinquent

Leur suspension a toutefois suscité une indignation non seulement au sein de la banque mais aussi en dehors. Le « syndicat » des employés est resté silencieux.

Il est craint que ces suspensions ne mènent directement à des licenciements, comme c’est souvent le cas dans cette banque et dans d’autres entreprises, et que le comité disciplinaire ne soit que du cinéma.

Cependant, selon des informations qui nous sont parvenues, les suspensions ne sont pas comme les autres, c’est-à-dire, menant directement à des licenciements. Elles devraient simplement empêcher toute ingérence dans les enquêtes. Or, les investigations sont supposément terminées, ou presque…

C’est pourquoi plusieurs estiment que ces suspensions, suivies de comités disciplinaires, visent à envoyer un message clair aux employés. « On ne peut pas fermer les yeux quand un client ou même un policier fait des retraits d’un million quotidiennement, pendant plusieurs jours. »

Manne pour les avocats

Ces employés auraient été intimidés ou influencés par le fait que des policiers procédaient à ces retraits et que les versements étaient des Exempt Transactions. « Comment deviner que les représentants de l’ordre faisaient des détournements et se volaient eux-mêmes ? » se demande un employé. « Vu que le chef avait approuvé, que pouvait-on faire d’autre ? » On nous parle d’un climat de terreur régnant sous le gouvernement MSM…

En fait, il n’y a pas seulement eu des retraits de gros montants mais aussi ouverture de compte anonyme, pour lequel il a fallu un acte délibéré de la part de ceux qui l’ont autorisé. C’est sur ce point qu’au moins un haut-cadre pourrait être licencié, nous dit-on.

Pour les autres employés impliqués et qui auraient fait preuve de négligence, une source se demande si on ne les a pas suspendus avant de les faire passer devant un comité disciplinaire – alors qu’une simple lettre d’avertissement aurait suffi ‒ juste pour donner du travail aux avocats qui représenteront la banque et qui présideront ces comités disciplinaires. « La banque a perdu d’énormes sommes inutilement, non seulement en dommages qu’il a fallu payer aux employés licenciés, mais aussi en honoraires d’avocats. »

On se souvient de la liste déposée par Navin Ramgoolam au Parlement concernant les abus des conseillers juridiques à la SBM sous l’ancien gouvernement, dont l’un est connu pour être un pur rouge. Navin Ramgoolam le laissera-t-il, ainsi que d’autres, piller l’argent de la SBM ? On le saura dans pas longtemps.

Déjà, des interventions ont eu lieu auprès de la direction de la SBM pour épargner certains employés proches de ministres travaillistes. Ce qui n’augure rien de bon.

L‘autre question qui se pose : à quand les enquêtes sur les milliards perdus dans l’octroi de prêts aux Pabari, Hitesh Mehta et B.R. Shetty ? Il est souhaité que la direction se montre aussi prompte que pour l’affaire Maradiva, pour laquelle Premchand Mungar a déjà été sanctionné.