
Par Jasvin Sok Appadu
Si, lors de sa conférence de presse, samedi 4 avril, Paul Bérenger avait annoncé sa présence au Parlement pour la séance de mardi 7 avril, le leader des Mauves est finalement revenu sur sa décision ce lundi.
Dans une lettre adressée à la Speaker ce lundi matin, le leader du Mouvement militant mauricien (MMM) l’a informée que Joanna Bérenger, Chetan Baboolall ainsi que lui-même ne seront pas présents au Parlement demain, afin de ne pas
l’« embarrasser », dans l’attente de développements politiques imminents.
Dans cette correspondance adressée à Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Paul Bérenger a également tenu à répondre au whip de l’opposition, Adrien Duval, qui avait écrit à la Speaker après les propos du leader mauve tenus samedi.
Dans ce contexte, Paul Bérenger affirme que les trois députés n’ont jamais demandé à siéger dans l’opposition et que la question soulevée par le whip Duval ‒ à savoir que des membres qui ne sont plus dans un parti au pouvoir ne peuvent siéger autrement que dans l’opposition ‒ ne se pose pas. Selon lui, aucun des trois élus n’a quitté le MMM.
Contradictions…
Or, dans sa lettre à la Speaker, Adrien Duval pose une problématique bien différente. Il ne parle à aucun moment d’un départ des trois membres du MMM. Il s’interroge plutôt sur une situation qu’il juge intenable : comment un parti peut-il avoir des membres à la fois au gouvernement et dans l’opposition ?
Selon lui, les trois élus ne peuvent siéger comme backbenchers indépendants dans les rangs de l’opposition tout en étant au MMM, un parti toujours engagé dans la coalition gouvernementale. Il précise que, s’ils souhaitent siéger dans l’opposition, ils doivent au préalable démissionner du MMM. Ils ne peuvent être indépendants tout en restant membres d’un parti au pouvoir.
Ce point est central, car Adrien Duval ne fait état d’un départ du MMM qu’à titre hypothétique ‒ uniquement dans le cas où ces députés choisiraient de siéger dans l’opposition.
Or, lors de sa conférence de presse samedi, Paul Bérenger avait bel et bien affirmé que Joanna Bérenger, Chetan Baboolall et lui-même siégeraient comme backbenchers indépendants dans les rangs de l’opposition ‒ derrière le leader de l’opposition et Adrien Duval, et devant Franco Quirin.
Mais dans sa lettre adressée à la Speaker cet après-midi, Paul Bérenger adopte une position différente : « We do not seek to sit on the opposition benches » ; « what we seek is to sit on the backbenchers of the majority side of the House. »
Il précise ainsi que les trois députés ne relèvent pas du whip de l’opposition, puisqu’ils se considèrent comme backbenchers du gouvernement, n’ayant pas quitté le MMM.
Le leader du MMM ajoute que le parti n’a pas encore tranché sur sa présence au sein du gouvernement et qu’il serait inapproprié de prendre une décision en ce sens à ce stade. Il demande donc à la Speaker de leur accorder des sièges du côté gouvernemental.
Toutefois, il confirme que les trois députés seront absents demain, afin de ne pas « embarrasser » la Speaker, en attendant des développements imminents ‒ une situation qui, selon lui, ne devrait pas durer.
Démission comme leader du MMM ?
Ces développements, Paul Bérenger les avait déjà laissés entrevoir samedi dernier à Ambrose. Il avait indiqué qu’il pourrait démissionner comme député une fois la situation clarifiée au sein du parti, notamment après la réunion de l’assemblée des délégués, prévue le 11 avril.
D’ailleurs, il avait lancé cette phrase lourde de sens : « Pas de démission comme député, pour le moment du moins ».
Tout porte à croire qu’il attend l’issue de cette assemblée, appelée à décider si le MMM reste au gouvernement ou le quitte ‒ une option qu’il a lui-même recommandée. Si la ligne du comité central est suivie, il est probable que Paul Bérenger démissionne comme leader du MMM.
Et comme député ?
Lors de son rassemblement au Plaza, à Rose-Hill, commentant la crise au sein du MMM, il avait posé la question : « Eski enn eleksion parsiel dan No.19 pou ed met keksoz o kler? Nou ava gete. »
La possibilité d’une démission comme député reste donc bien réelle, d’autant plus qu’il a écarté l’idée de devenir leader de l’opposition, invoquant son âge et la volonté d’éviter une campagne lui reprochant d’avoir quitté le gouvernement pour ce poste ‒ alors même que ce poste ne serait accessible qu’en cas de démission du MMM et de basculement officiel dans l’opposition.
Chetan Baboolall, leader de l’opposition ?
Le leader du MMM a révélé que Chetan Baboolall a accepté,
« avec courage », d’occuper ce poste si nécessaire. Il est donc probable que les trois élus du MMM, qui se présentent pour l’heure comme backbenchers du gouvernement, siègent finalement dans l’opposition après la réunion des délégués ‒ à moins d’un revirement.
Deux options se dessinent alors : rester comme backbenchers du gouvernement au sein du MMM, ou démissionner du MMM pour siéger dans l’opposition sous une nouvelle formation politique. Selon nos informations, la deuxième option serait privilégiée.
La Constitution stipule que le président de la République doit nommer comme leader de l’opposition le chef du parti disposant de la majorité au sein de l’opposition. Il est donc clair que Chetan Baboolall devrait diriger une nouvelle formation pour accéder à ce poste. Joanna Bérenger, tout comme Paul Bérenger, a été claire : ce poste ne l’intéresse pas.
Nouvelle formation politique et élection partielle ?
Selon nos informations, une fois sa démission comme leader du MMM soumise, Paul Bérenger envisagerait également de démissionner en tant que député de l’Assemblée nationale, provoquant une élection partielle dans la circonscription n°19.
Tout porte à croire que la nouvelle formation politique, dont il prendrait la tête, présenterait un candidat à cette élection. L’issue de ce scrutin serait déterminante pour le leadership de l’opposition.
En cas de victoire, cette formation disposerait de trois députés, propulsant ainsi Chetan Baboolall comme leader de l’opposition, tandis que Paul Bérenger dirigerait le parti en dehors du Parlement ‒ une configuration qui rappelle celle du Parti travailliste en 2019, avec Arvin Boolell et Navin Ramgoolam.
Une contrainte institutionnelle claire
En attendant ces développements, une chose demeure claire : tant qu’ils restent membres du MMM, Paul Bérenger, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall ne peuvent siéger qu’en tant que backbenchers du gouvernement.
Ils ne peuvent se présenter comme indépendants dans les rangs de l’opposition tout en appartenant à un parti au pouvoir.
Les Standing Orders sont sans équivoque : un parti politique ne peut avoir des membres à la fois au gouvernement et dans l’opposition. Pas besoin d’aller chercher Erskine May pour le comprendre.