Les révélations de Reza Uteem sur certains demandeurs de licence ont provoqué des étincelles au parlement, le 24 juin, lors de la PNQ…


Par Jasvin Sok Appadu

Une question supplémentaire. Une seule. C’est tout ce qu’il manquait pour transformer une Private Notice Question (PNQ) déjà tendue en une véritable foire d’empoigne parlementaire, hier.

Mardi 24 juin, l’Assemblée nationale a offert un de ces moments dont raffolent les observateurs politique et les citoyens : interruptions incessantes, accusations personnelles, rappels à l’ordre, protestations depuis les bancs, affrontement direct entre la Speaker, Paul Bérenger et Joe Lesjongard, et finalement une suspension pure et simple de la séance.

Tout avait pourtant commencé comme une PNQ classique du leader de l’opposition, Joe Lesjongard, adressée au ministre du Travail, Reza Uteem, sur l’octroi des licences pour le recrutement de travailleurs étrangers. Mais au fil des échanges, la question du cas Lexus Recruitment Agency a ouvert une boîte de Pandore dont personne ne semblait capable de refermer le couvercle.

Lexus dans le viseur… mais pas seulement

Derrière les questions supplémentaires, Joe Lesjongard cherche à démontrer l’existence d’un conflit d’intérêts autour de Lexus Recruitment Agency, dont les responsables sont présentés comme étant proches du ministre du Travail. Face aux attaques de l’opposition, Reza Uteem choisit une ligne de défense inattendue : élargir le débat. Selon lui, Lexus n’est pas un cas isolé.

Agents proches des Bérenger parmi les demandeurs

Le ministre affirme alors que plusieurs personnes connues pour leur proximité politique avec le MMM à l’époque où Paul Bérenger dirigeait encore le parti ont également sollicité des permis pour recruter des travailleurs étrangers.

Mieux encore, il affirme que certaines demandes émanaient de personnes proches de Paul Bérenger lui-même ainsi que de Joanna Bérenger, aujourd’hui tous deux membres du Fron Militan Progresis (FMP). « What do I do? I reject because they are close to them? » lance alors le ministre à travers l’hémicycle. À ce moment précis, Joe Lesjongard tente d’obtenir une dernière question supplémentaire.

Bérenger à Uteem : « Disclose, lâche »

La Speaker, Shirin Aumeeruddy Cziffra, l’arrête net. « I will not allow you. » À peine la phrase terminée que Joanna Bérenger se lève. « I object. » Paul Bérenger intervient aussitôt auprès de la Speaker. « Have you heard what he just said about Honourable Bérenger and you allow him? » L’atmosphère se tend brusquement. Joanna Bérenger reproche alors au ministre de multiplier les insinuations sans apporter de preuves. « He calls me Miss again and should substantiate what he said. » Depuis son siège, Paul Bérenger renchérit : « Disclose! Lâche ! »

Mais Reza Uteem refuse de reculer. « Mo pa las mwa. Wait, I will substantiate. » La Speaker tente tant bien que mal de reprendre le contrôle. « No Minister, it’s not proper to call an Honourable Member “Miss”. This is the second time. Please stop doing that, and you have to substantiate. »

Le ministre du Travail révèle les noms Brabant et Gendah, provoquant des étincelles

Ce qui n’était jusqu’alors qu’une joute politique prend soudainement une tournure beaucoup plus personnelle. Joanna Bérenger exige que
« he must substantiate or withdraw about my proximity with a supposed agent ». Paul Bérenger ajoute : « He is imputing motives. »

Reza Uteem se met alors debout vers la Speaker. « I didn’t want to disclose names… » Puis il poursuit. « Agency who is extremely close to the former Deputy Prime Minister, Brabant, applied for a recruitment licence. Nothing personal. »

Paul Bérenger semble surpris. « I didn’t even know. » « Brabant, you don’t know who is Brabant? » réplique immédiatement le ministre. « I don’t know whether he has applied », rétorque Paul Bérenger. « Okay, but you know he is close to you », rajoute le ministre Uteem. À cet instant, les regards se tournent alternativement vers les bancs du gouvernement et ceux du FMP.

Clash entre Paul Bérenger et la Speaker

Pendant ce temps, Joe Lesjongard tente toujours d’obtenir sa dernière question supplémentaire. « Madam Speaker, you just said we don’t have the time, now he is answering again. »

Mais Reza Uteem insiste : « Let me answer. » Depuis les bancs du FMP, Joanna Bérenger lance : « Always getting personal. »

Paul Bérenger, lui, s’en prend directement à la présidence. « You allowing him with nonsense. ». « I don’t allow him », répond la Speaker.

Le ton monte entre les deux. « You are speaking to me from a sitting position », rappelle la Speaker à Paul Bérenger. Mais la remarque ne calme personne. Au contraire. L’opposition estime que le ministre bénéficie d’une liberté de parole qui est refusée au leader de l’opposition.

Face à une situation qui lui échappe progressivement, Shirin Aumeeruddy-Cziffra tente de refermer le débat. « I think we will stop this game. You will table the information. That’s enough. » Mais le ministre refuse de s’arrêter.

« Non, let me answer. Thirty seconds more are all I need » demande Reza Uteem. Des voix s’élèvent des bancs gouvernementaux. « Les-li reponn! » Aadil Ameer Meea intervient lui aussi : « Les-li reponn.» À l’opposé, Joanna Bérenger réplique : « Depi taler-la li pe koze li. Les lider lopozision koze li. »

Le brouhaha devient général. La Speaker finit par perdre patience. « No need. Because I’ve stopped the Leader of the Opposition. » Joe Lesjongard proteste immédiatement. « Madam Speaker, I protest strongly that you are not giving me my last supplementary question. »

La Speaker et ses prédécesseurs

Exaspérée par la situation, Shirin Aumeeruddy-Cziffra sort de ses gonds : « Ne venez pas me dire que je suis injuste. Vous pouvez le penser, chacun a le droit de penser ce qu’il veut. Après, quand vous passez votre temps à dire “this has been the practice before”, vous voulez que je fasse comme mes prédécesseurs ? Alors arrêtez de me traiter comme si je ne savais pas ce que je fais. Vous hurlez dans tous les sens. Bien sûr je ne suis pas parfaite… Mais this PNQ is over. »

Affrontement Reza Uteem – Joanna Bérenger : acte II

Mais même cette décision ne suffit pas. Reza Uteem tente une dernière fois de reprendre la parole. La Speaker refuse. « No Minister. I am not going to let you. Please bow down to my decision. » Paul Bérenger explose. « He makes allegations, you allow him and then… »

Avant même qu’il ne termine sa phrase, Reza Uteem lâche un autre nom : « I need to say the name, Gireesh Gendah. » Et ajoute dans la foulée que celui-ci est également un très bon ami à lui.

Cette fois, la Speaker se lève et suspend la séance. « Ça suffit. I am raising the sitting. » Mais la tempête continue. Joanna Bérenger explose face à Reza Uteem. « Zot pe fer seki Jenito pe fer? Zot pe fer seki Jenito pe fer? » Paul Bérenger tente de la calmer en la prenant par la main. Sans succès. Elle se lève et lâche : « Jenito to ferm lizie? To pa trouve? Bann lezot gagn drwa fer aplikasion. Zot pa ilegal kouma Jenito. »

Puis une dernière flèche en direction du ministre : « Popilasion finn trouve Reza. Popilasion pe okip twa. » À côté d’elle, Paul Bérenger ajoute : « Pou okip li… Shame. Dir sa deor. » Pendant ce temps, des ministres répliquent ironiquement depuis les bancs gouvernementaux :
« Goal Reza ! Tik Tok ! »

Lorsque la Speaker quitte finalement son fauteuil, plus personne ne parle réellement de Lexus Recruitment Agency. La véritable révélation de cette PNQ se trouve peut-être ailleurs.

Car en voulant défendre Lexus contre les accusations de proximité politique, Reza Uteem a lui-même affirmé que des personnes proches du MMM de l’époque, y compris de Paul et Joanna Bérenger, avaient également présenté des demandes de licences pour recruter des travailleurs étrangers.

Une déclaration qui soulève désormais une question politiquement embarrassante : le recrutement des travailleurs étrangers était-il déjà devenu un business pour certains réseaux gravitant autour du MMM lorsque Paul Bérenger en était encore le leader ?

À entendre les révélations du ministre lui-même, les agents politiques que certains présentent aujourd’hui comme ayant les mains propres et la tête haute semblent eux aussi avoir trouvé un intérêt certain dans ce secteur particulièrement lucratif. L’ancien lord-maire de Port Louis, Jenito Seedoo, ne dira pas autrement, tout comme Jean Steven Brabant et Gireesh Gendah, qui seront eux aussi bientôt des acteurs dans ce secteur.