Pourquoi taxer l’eau en bouteille plastique alors que l’eau dans nos robinets n’est pas encore saine ?

Par Doris Félix

Nous sommes d’accord pour taxer le plastique. Coca, jus, Fanta : ce sont des produits plaisir. Une taxe écologique dessus, c’est logique. L’objectif est de réduire la pollution. Tout le monde peut le comprendre.

Mais l’eau, ce n’est pas un produit plaisir. Personne n’achète une bouteille d’eau par envie. On l’achète par obligation. Pourquoi les Mauriciens achètent-ils de l’eau en bouteille ? Parce que celle du robinet pose problème : coupures fréquentes avec 75 % des abonnés qui subissent des coupures surtout en saison sèche, qualité douteuse avec une eau parfois trouble ou malodorante à laquelle beaucoup ne font pas confiance pour la boire, réservoirs à sec comme Mare-aux-Vacoas qui était à 51 % en avril 2026 contre 90 % l’an dernier, et un réseau défaillant où 60 % de l’eau de la CWA serait perdue avant d’arriver aux maisons à cause des fuites.

Le gouvernement devrait remercier la population. En achetant de l’eau en bouteille, les Mauriciens soulagent le réseau public. Imaginez si demain, tous les foyers, les hôtels, les restaurants arrêtaient les bouteilles et dépendaient à 100 % de la CWA. Le système s’effondrerait rapidement. Les pénuries seraient dix fois pires. En réalité, l’eau en bouteille évite aujourd’hui une crise majeure de l’eau. Le gouvernement devrait remercier les consommateurs, pas les pénaliser.

 

C’est une double peine pour les familles. Nous payons déjà une facture CWA chaque mois pour un service qui n’est pas garanti. Avec la taxe de Rs 2, une famille qui consomme 2 L d’eau par jour paiera Rs 120 de plus par mois, uniquement en taxe. Et c’est un grand minimum. On paye la CWA pour de l’eau qui ne coule pas. On paye une taxe pour de l’eau qui coule en bouteille.

Notre proposition : s’inspirer de Rodrigues et mettre en place une consigne sur les bouteilles : plutôt que de taxer l’eau potable, organisons les moyens pour une vraie consigne sur les bouteilles plastiques, comme à Rodrigues. Le principe est simple : on ajoute Rs 2 ou Rs 5 au prix de la bouteille, somme récupérée quand le consommateur rapporte la bouteille vide. Résultat : moins de déchets dans la nature, un taux de recyclage qui explose, et on responsabilise sans pénaliser la santé. Rodrigues l’a fait. Pourquoi pas Maurice ?

La solution est simple : taxer les boissons sucrées, oui. Taxer l’eau potable, non. Mettre en place une consigne, oui. Tant que l’État n’assure pas un accès 24/7 à une eau du robinet propre et fiable, pénaliser l’achat d’eau en bouteille revient à pénaliser la santé des citoyens. En résumé, si l’eau du robinet coulait propre et sans interruption, personne n’achèterait de bouteilles. Taxer l’eau aujourd’hui, c’est faire payer aux Mauriciens les défaillances de la CWA, alors qu’ils lui rendent service en limitant la pression sur le réseau.