Par Narain Jasodanand

À la question B/234 de Raviraj Beechook relative à la Silver Bank, Navin Ramgoolam n’a pratiquement rien apporté de nouveau dans sa réponse par rapport à ce que Scoop.mu avait déjà révélé. Il a simplement confirmé que les dépôts des institutions d’État s’élèvent à Rs 907 millions et qu’ils sont probablement perdus aujourd’hui. Il en blâme directement l’ancien ministre des Finances, Renganaden Padayachy, et feu le secrétaire financier Dev Manraj.

En fait, c’est Rs 3,55 milliards qui avaient été placées à la Silver Bank sous le gouvernement MSM. Ce que Ramgoolam ne dit pas, c’est qu’à la suite d’un article de presse – et non de questions parlementaires que refusait de poser Xavier-Luc Duval ‒ Rs 3 milliards avaient pu être récupérées.

Ce qui reste ? Rs 523 millions du COVID-19 Projects Development Fund, Rs 158 millions de la National Insurance Co. Ltd,
Rs 132 millions de la NIC General Insurance Co. Ltd, Rs 58 millions de la municipalité de Curepipe et Rs 36 millions du Sugar Insurance Fund Board.

Le Premier ministre révèle aussi l’identité du proche collaborateur de Prateek Gupta ‒ l’architecte, auteur et bénéficiaire du détournement massif de Rs 8,1 milliards ‒ un certain Prasad Rao Bopamah, qui avait été accueilli en VIP à l’aéroport grâce à l’ancien ministre des Finances.

Les omissions (volontaires) du PM

Mais c’est ce qu’a oublié de dire Navin Ramgoolam qui interpelle. Ainsi, s’il mentionne bien le nom de Harvesh Seegolam comme l’ancien gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), il ne cite ni Hemlata Gopal ni Mardayah Kona Yerukunondu, qui ont pourtant joué un rôle important dans l’affaire Silver Bank (et Mauritius Investment Corporation). Selon nos informations, ces ex-Deputy Governors de la BoM sont tellement bien estimés qu’ils se seraient rendus à la Financial Crimes Commission en toute discrétion.

Si Navin Ramgoolam a évoqué les deux seules arrestations dans cette affaire, il ne dit pas qu’une ex-directrice mauricienne, elle, est toujours en liberté. Est-ce parce cette dernière a comme avocat un de ses fidèles hommes de loi ?

C’est surtout Arvindsingh Gokhool, le Conservator de la Silver Bank entre février 2024 et mars 2026, qui semble attirer les sympathies du PM. Alors que Paul Bérenger a affirmé avoir insisté auprès de Ramgoolam pour que Gokhool soit remplacé, le Premier ministre dit maintenant que la BoM a conservé Gokhool au poste pendant ces 26 longs mois juste parce que ce dernier « was already in discussion with a potential buyer of Silver Bank ».

Or, selon le même Ramgoolam, il n’y a eu qu’un seul repreneur potentiel, mais dont le dossier a été rejeté en décembre 2024, soit
7 mois après la demande. Il y a bien eu un deuxième repreneur local mystérieux qui s’est manifesté en avril 2025, mais après trois extensions de délais accordées pour rien – ou pour justifier les honoraires de Gokhool –, la demande a été rejetée le 30 mars 2026, à la veille de la mise sous Receivership de la banque.

Les honoraires que l’on nous cache

Après une question supplémentaire d’Ehsan Juman, Ramgoolam n’a pas communiqué le montant des honoraires payés à Gokhool. Il a toutefois promis de le faire, tout en affirmant qu’il s’attendait à cette question. Le partenaire de Sattar Hajee Abdoula a tout de même passé 26 mois à attendre un repreneur et n’a recouvré que Rs 209 millions sur RS 8,1 milliards de prêts toxiques…

Ramgoolam veut-il protéger Gokhool et, en même temps Rama Sithanen, qui l’avait toléré pendant plusieurs mois ? On se rappelle que Gérard Sanspeur avait dénoncé le refus de l’ex-gouverneur de la Banque centrale d’effectuer un audit forensique sur la Silver Bank.

Ramgoolam reconnaît pourtant que ce n’est qu’après le changement de gouvernement qu’Arvindsingh Gokhool s’est décidé, en janvier 2025, soit un an après sa prise de fonction comme Conservator, à déposer une plainte pour complot à la police.

Le Premier ministre a cependant dit tout le bien qu’il pense de l’auditeur interne, un certain Yanish Sadasingh, qui avait signalé les fraudes mais qui, au lieu d’être récompensé, a été licencié.