
Ashok Subron a-t-il été induit en erreur par Navin Ramgoolam qui a lui aussi été dupé ?
Par Narain Jasodanand
Ashok Subron a sans doute obtenu la permission de Navin Ramgoolam pour parler à la presse après la réunion de ce matin avec le Premier ministre. Histoire de redorer son blason et de prendre un peu de crédit pour la décision de geler le Means Test. Sinon, cela allait laisser une tache indélébile sur le ministre responsable de la Sécurité sociale et, surtout, « militant de gauche » dont il se targue toujours.
Au sortir de la réunion de ce lundi 22 juin avec le PM, Subron avait déjà oublié sa déclaration du samedi 20 juin, faite à plusieurs titres de presse, où il n’exprimait aucune réserve sur la réforme de la pension, qualifiée de « majeure », ni sur le Means Test en particulier. Sauf pour dire qu’il y avait un risque pour les bénéficiaires de gagner moins. Il a dit en revanche tout le bien qu’il pensait des mesures budgétaires proposées par… Rezistans ek Alternativ.
Ce matin, après avoir su que le Means Test serait gelé après la réunion un peu plus tôt avec le PM, Subron se montre plus hardi : « Nous avions, dès juin 2025, dit qu’avant de prendre des décisions comme celle sur la pension, il faut faire des consultations. » À qui l’avait-il dit ? Si c’était à Navin Ramgoolam, celui-ci s’est manifestement encore une fois passé de ses conseils pour la réforme de 2026 !
Plus important, alors qu’Ashok Subron affirmait samedi que, grâce à une présentation faite au Steering Committee dont lui et Kugan Parapen font partie ‒ « nou ti konn bann eleman » du nouveau système ‒ il a changé de disque ce matin : le rapport intérimaire des experts n’avait pas été présenté au Steering Committee. La présentation était donc si différente du rapport ? Puis, se rectifiant lui-même : « Le rapport avait été présenté mais le Steering Committee n’avait pas le temps de le voir. » Comprenne qui pourra !
Réforme intouchable ?
Subron s’est montré encore plus audacieux ce matin. Il a fait comprendre qu’il a failli démissionner du gouvernement. Il a même révélé que la réforme de 2026 allait être « locked », c’est-à-dire bloquée constitutionnellement (?) pour qu’aucun autre gouvernement ne puisse la modifier. La réforme sera retirée deux jours après seulement, avant le vote du Finance Bill.
Ashok Subron a animé une conférence de presse ce 22 juin après-midi, où il a tenté de justifier le fait de n’avoir pas été consulté sur les réformes de la retraite de 2025 et 2026 par le secret autour des mesures budgétaires.
Or, si l’on comprend que le PM puisse garder le secret sur, par exemple, la hausse du droit d’accise sur la cigarette pour qu’il n’y ait pas de ruée sur ce produit, on comprend moins le secret sur la réforme de la pension même au ministre concerné.
Après Gang des Cinq, Clique des Trois
Subron allègue aussi qu’une clique, composée, entre autres, du conseiller Gilbert Gnany, du secrétaire financier Anand Acharuz et du président du comité d’experts sur la réforme de la pension, Ashok Prayag, a « peut-être » induit Ramgoolam en erreur. Il n’a pas voulu citer le nom des autres membres de cette clique. Il évoque d’ailleurs une réunion dans laquelle ces personnes lui ont juré, ainsi qu’au PM, qu’aucune pension ne serait supprimée.
Mini-budget et démission
Questions : comment peut-on rayer une mesure qui allait rapporter environ Rs 16 milliards par an au Trésor sans bouleverser toutes les autres dotations ? Y aura-t-il un autre mini-budget ?
Comment le PM a-t-il pu être induit en erreur par Ashok Prayag et consorts alors qu’il aurait dû et pu connaître la vérité en vérifiant le budget ? Deux seules explications sont possibles : soit le PM a, avec Prayag et Gnany, couillonné le pauvre Subron. Soit il s’est laissé induire en erreur comme un imbécile. Dans ce dernier cas, il ne lui reste plus qu’à faire ce que Joe Lesjongard lui a demandé ce matin :
démissionner ! Comme Keir Starmer.