Joe Lesjongard le 19 juin. Ce lundi matin, il était beaucoup plus détendu et même ironique.

Par Narain Jasodanand

C’est le commentaire cinglant ce lundi 22 juin, au Parlement, du leader de l’opposition, Joe Lesjongard, après l’annonce de Navin Ramgoolam que le Means Test sera gelé dans la réforme des retraites : « Budget d’abord, consultations après. »

Le Premier ministre et ministre des Finances a donc dû reculer sur la partie la plus contestable de la « réforme de la réforme » des retraites de 2025. Contrairement à vendredi, lorsque les mesures annoncées par Ramgoolam n’étaient pas suivies par des tap latab ‒ à l’exception d’Arvin Boolell ‒ ce matin, un véritable déchaînement a suivi la très brève déclaration du PM.

Quoique laconique, Ramgoolam a cependant défendu les mesures prises en juin 2025 sur les retraites, qui, selon lui, ont déjà eu un effet sur notre économie et aidé les finances publiques. Mais, « anxious of the concerns of the people », il a pris la décision de geler le Means Test. Cela, à la suite d’une de consultations qu’il a eues le matin avec quelques ministres et les désormais fameux membres du comité des experts sur la réforme de la pension (voir liste plus bas).

Prenant la parole juste après, le premier orateur, Joe Lesjongard, n’a pas eu de mal à adapter son discours qu’il avait préparé, probablement en ne s’attendant pas à la reculade de Ramgoolam. Il a commencé en assenant : « Nous avons affaire à un gouvernement qui présente un budget et commence ensuite les consultations. C’est le monde à l’envers dans notre pays en ce moment-ci. » Derrière lui, Paul Bérenger ne pouvait pas cacher son air amusé.

Rénovation de Clarisse House

Le deuxième coup de grâce n’a pas tardé. Ramgoolam avait, dans sa brève déclaration, mis en garde contre le gel du Means Test qui aura, selon lui, des conséquences sur le déficit budgétaire et la dette publique. Comme pour lui répondre, Joe Lesjongard a argué que « les caisses sont vides, on ne peut pas financer les retraites et pourtant le gouvernement va dépenser Rs 455 millions dans la rénovation de Clarisse House ! »

Un silence de mort a suivi cette révélation, que beaucoup d’élus de la majorité ignoraient sans doute, et qui les a visiblement choqués et peut-être indignés. « Personne ne réagit ? » les a nargués le leader de l’opposition. Il a ainsi justifié sa remarque auprès de la Speaker : « Ils auraient dû baw baw Madame la présidente », tout en faisant signe de taper sur la table. Un vrai boute-en-train, ce Joe !

Il a continué sur le même ton enjoué. Et de citer Ramgoolam lors d’un meeting à Curepipe, en octobre 2024 : « Ou pansion li pou lao Rs 21 000, Rs 21 500 kitfwa… » Après avoir accusé le gouvernement de torturer la population budget après budget, il a lancé : « J’ai l’impression que le Premier ministre a un compte à régler avec une certaine section de la population, surtout nos aînés. »

Personne, dit-il, n’a compris la dernière réforme des retraites, y compris les ministres, sauf les membres du comité des experts. « Et maintenant ?  Va-t-on retourner vers ces mêmes experts ? Est-ce une clique du secteur privé qui a élaboré cette réforme ? Les ministres et hauts-fonctionnaires en étaient-ils au courant ? »

Il demande au Premier ministre de déposer à l’Assemblée le rapport « qui n’était même pas final mais intérimaire », pour que la population sache quelles étaient les autres recommandations de ces experts.

La question que l’on se pose : combien les membres de ce comité ont-ils été payés ? Continueront-ils à « réfléchir » et à faire des recommandations sur le système de la pension de vieillesse et du NPF ?

À noter qu’avec le Means Test et autres conditions, le nouveau système State Age Pension allait faire économiser, selon nos calculs,
Rs 16,3 milliards au gouvernement. Scoop.mu a comparé les chiffres de 2024-2025, avant que les mesures de juin 2025 n’entrent en vigueur, avec ceux de 2027-2028. Et non de 2026-2027, vu que les nouvelles mesures allaient prendre effet à partir de janvier 2027 et que la période de janvier à juin 2027 sera comptabilisée dans le Budget 2026-2027.

De telles économies pourquoi faire ? Pour payer les intérêts de Rs 26,9 milliards (sans compter le remboursement du capital) sur les prêts contractés pour des projets inutiles et farfelus mais hautement rémunérateurs pour certains ?

La liste des « experts » de la réforme avortée des retraites.