
Le grand oral de Navin Ramgoolam est très attendu vendredi 19 juin, surtout en ce qui concerne la réforme de la pension.
Par Jasvin Sok Appadu
À quelques jours de la présentation du Budget 2026-2027, prévue ce vendredi 19 juin, le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, a réuni l’ensemble des élus de la majorité au bâtiment du Trésor, hier. Une rencontre qui, selon plusieurs participants, répondait à une demande formulée depuis quelque temps au sein de la majorité : éviter qu’un ministre découvre une mesure majeure concernant son propre ministère au même moment que le reste du pays.
Le précédent de la retraite toujours dans les esprits
Difficile de ne pas faire le lien avec le premier budget du gouvernement Ramgoolam et sa décision controversée de revoir l’âge de la retraite. Cette mesure avait créé un certain malaise au sein même de la majorité. Le ministre concerné, Ashok Subron, avait d’ailleurs reconnu publiquement avoir appris la décision en même temps que tous les Mauriciens, lors de la lecture du budget au Parlement.
Hier encore, cette expérience semblait être dans tous les esprits. D’où cette remarque d’Ashok Subron à l’issue de la réunion : « Nou pa ti fer sa lexersis-la lane dernie non, li bon nou finn fer li sa lane-la, bizin ena renion koumsa pli souvan. »
Une déclaration qui en dit long. Car si certains élus réclamaient une telle rencontre avant le budget, c’est aussi parce que plusieurs d’entre eux ont dû passer l’année à défendre, sur le terrain, une décision qu’ils n’avaient pas nécessairement vue venir.
Les élus parlent, le ministre des Finances écoute
La réunion a donné l’occasion aux ministres, junior ministers et députés de prendre la parole et de faire part de leurs propositions budgétaires. Pourtant, la plupart des ministres avaient déjà participé à des consultations budgétaires avec le junior minister aux Finances, Dhaneshwar Damry. Des consultations qui avaient été boudées par plusieurs syndicalistes, ceux-ci estimant que c’était au ministre des Finances lui-même de les écouter et non à son adjoint.
Hier, Navin Ramgoolam a donc choisi d’entendre directement les élus de la majorité. Selon plusieurs participants, l’accent a été mis sur le pouvoir d’achat et la nécessité de soulager la population. Certains ont insisté sur l’importance d’être davantage à l’écoute des préoccupations des citoyens, tout en reconnaissant que le contexte économique actuel limite considérablement la marge de manœuvre du gouvernement.
Une réunion sans révélations
Mais un élément a rapidement retenu l’attention. Plusieurs élus s’attendaient à ce que le Premier ministre profite de cette réunion pour dévoiler au moins les grandes orientations de son budget. Après tout, à deux jours de la présentation officielle, beaucoup pensaient que les grandes décisions avaient déjà été arrêtées. Or, ceux qui espéraient repartir avec quelques informations exclusives sont restés sur leur faim.
« Mo pa konn nanye, ena dimounn pa realiz li, le Premier ministre ne va pas certainement révéler les mesures », a reconnu Shakeel Mohamed à sa sortie de la réunion. Michaël Sik Yuen a, lui, expliqué que le budget n’était pas encore finalisé, ce qui justifierait que les élus puissent encore faire des propositions.
Une explication qui a toutefois laissé certains observateurs perplexes. Si le budget est encore suffisamment ouvert pour accueillir de nouvelles propositions, il est difficile d’imaginer que celles-ci puissent être étudiées, arbitrées et intégrées à moins de quarante-huit heures de la présentation officielle.
« Gran-dimounn-la ki pou deside »
La phrase la plus révélatrice de la rencontre est peut-être venue d’Ashok Subron lui-même. « Très bonne rencontre, me gran-dimounn-la ki pou deside, Premie Minis ek minis Finans. » Une formule qui résume parfaitement l’exercice.
Les élus peuvent proposer. Les ministres peuvent suggérer. Les députés peuvent faire remonter les préoccupations du terrain. Mais au final, la décision appartient à une seule personne : le ministre des Finances.
D’ailleurs, malgré cette longue séance de consultations, Navin Ramgoolam n’a livré qu’un seul indice sur son prochain budget, affirmant qu’il s’inscrira sous le signe de la justice sociale et de l’efficacité économique. Une formule suffisamment large pour satisfaire tout le monde… tout en ne révélant absolument rien.
La pension, le dossier que tout le monde attend
Dans les couloirs de l’hôtel du gouvernement, un sujet revenait pourtant dans presque toutes les conversations : la pension. Un an après la révision de l’âge de la retraite, la mesure continue de provoquer des remous sur le terrain. Ministres et députés sont nombreux à reconnaître, parfois en privé, qu’il s’agit de l’un des dossiers les plus compliqués à défendre auprès de la population.
C’est sans doute la raison pour laquelle plusieurs élus espéraient obtenir des indications sur les intentions du gouvernement concernant cette question sensible. Ils devront patienter encore quelques jours.
Car si la réunion d’hier avait pour objectif d’éviter les surprises de dernière minute, elle aura surtout confirmé une chose : même réunis autour de la même table, les élus de la majorité ne sont pas nécessairement plus avancés que le reste du pays sur le contenu du budget
à venir.