Feu SAJ avait fait des révélations importantes sur l’affaire Dufry/Frydu, au Parlement.


Par Narain Jasodanand

Le 8 juin, les magistrats Bibi Razia Jannoo-Jaunbocus et Abdool Raheem Tajoodeen se sont largement appuyés sur l’affidavit juré le
26 février 2015 par le Français Thomas Axel Michel Galet, ex-Chief Operating Officer de Dufry AG ‒ le fournisseur d’alors de Mauritius Duty Free Paradise (MDFP) ‒ et le Serbe Simo Carevic, ex-Chief Executive Officer (CEO) de MDFP, pour démontrer que Navin Ramgoolam a été victime d’une vengeance politique.

Selon eux, même si cet affidavit ne prouve pas que Pravind Jugnauth, Roshi Bhadain, Ravi Yerrigadoo et Rakesh Gooljaury avaient effectivement tenté, le 16 février 2015, de faire avouer à Galet et Carevic que Ramgoolam avait perçu des commissions de Dufry AG, le fait que la police n’ait pas enquêté sur ces allégations était pour les magistrats une raison suffisante, parmi trois raisons, pour arrêter le procès intenté à Ramgoolam.

Pas aux magistrats de commenter les allégations

Ce n’était pas aux magistrats de commenter les allégations que ces ex-ministres du Mouvement socialiste militant (MSM), eux, avaient faites contre Ramgoolam et qui sont mentionnées dans l’affidavit.

C’est l’occasion, néanmoins, pour Scoop.mu de revenir sur ces allégations, soit l’affaire de commissions versées par Dufry AG (devenue Avolta AG en novembre 2023) à Frydu.

Pour rappel, l’affidavit de Galet et Carevic se concluait par la demande des trois ex-ministres MSM pour que Dufry AG leur envoie les documents prouvant que Navin Ramgoolam avait bénéficié des sommes transférées à Frydu ou/et à Wigam Holdings Ltd.

En fait, ce que Dufry AG a transmis au gouvernement, ce sont les preuves de transferts de 2 129 688 euros (environ Rs 100 millions) vers Frydu, alors gérée par Rakesh Gooljaury et Nandanee Soornack. Ces preuves ne concernaient pas directement Navin Ramgoolam.

De la Suisse à Chypre

Cependant, feu Sir Anerood Jugnauth (SAJ) a précisé, le 5 mars 2015 au Parlement, que : « On 12 October 2013, Nandanee Soornack and
D. Gooljaury, then transferred their shareholding in Frydu to a company incorporated in Cyprus called Wigam Holdings Ltd, which was apparently controlled and managed by an Irish national, resident in the UK
. »

On apprendra que le mystérieux irlandais n’était autre que Frank Gleeson, alias Mr Sharp. C’était lui qui avait agi comme intermédiaire dans l’acquisition par Air Mauritius, le 24 novembre 2014, de six Airbus A350-900, juste avant les législatives du 10 décembre…

Il faut savoir que même après le départ présumé de Rakesh Gooljaury et Nandanee Soornack de l’actionnariat de Frydu, la société a continué à percevoir des commissions de Dufry AG jusqu’au 16 janvier 2015, soit un mois après le changement de gouvernement.

Mais qui qui était l’ultime bénéficiaire de Wigam Holdings, qui est entrée dans l’actionnariat de Frydu ? Les autorités n’ont, semble-t-il, jamais pu prouver s’il s’agissait ou non de Navin Ramgoolam.

Dans une interview accordée à Radio Plus le 22 mai dernier, Nandanee Soornack affirme qu’elle a quitté Frydu trois mois après sa création, en octobre 2012, quand les commissions ont commencé à pleuvoir. D’après SAJ, le transfert d’actions a en fait été effectué le 12 octobre 2013. Un an, pas trois mois, après.

MDFP transférée sous le PMO par Ramgoolam

D’autres faits troublants ont été soulignés par SAJ : la MDFP était sous le contrôle du ministère des Finances mais Ramgoolam l’a transférée sous le Prime Minister’s Office (PMO). Ce n’est qu’ensuite qu’un Management Services Agreement a été signé entre Dufry AG et MDFP qui prévoyait, entre autres, que le CEO de MDFP sera quelqu’un de Dufry AG, en l’occurrence Simo Carevic.

Aussi, SAJ a informé l’Assemblée nationale qu’une partie des actions de Frydu avaient été transférées en faveur non seulement de Wigam mais aussi d’un certain Laurent Obadia. On apprendra ensuite, le 10 novembre 2015 au Parlement, que Laurent Obadia avait été nommé Senior Trade Advisor à l’ambassade de Maurice en France le 1er mars 2006 et qu’il avait démissionné de ce poste le 16 janvier 2015.

Gleeson et Obadia jamais interrogés

Frank Gleeson, Laurent Obadia, Nandanee Soornack, Rakesh Gooljaury. Tous connus comme ayant été proches de Ramgoolam.

Rakesh Gooljaury n’a pas été inquiété dans l’affaire Dufry/Frydu, ayant probablement bénéficié d’immunité de l’Independent Commission against Corruption en 2015. Nandanee Soornack, elle, a quitté le territoire le 11 décembre 2014. Ou a-t-elle été forcée à partir ?

Les versions de Gleeson et Obadia n’ont jamais été recherchées, semble-t-il. Simo Carevic n’est jamais revenu au pays alors qu’il était attendu le 23 mars 2015.

Ramgoolam sera inculpé provisoirement de « bribery for procuring contracts » et de « conspiracy to commit money laundering » entre août 2011 et décembre 2014 et aussi de complot avec Nandanee Soornack et « d’autres personnes » pour blanchir Rs 100 millions. Ces deux accusations provisoires ont été rayées au tribunal de Curepipe le 5 décembre 2016.

Si Me Medaven Armoogum avait déclaré au tribunal de Curepipe que le Directeur des poursuites publiques (DPP) n’avait pas d’objections à ce que les charges contre Ramgoolam soient rayées, il avait ajouté « en attendant que la police boucle son enquête et que le dossier soit examiné par le DPP ». L’affaire peut-elle être reprise ?