
Pravind Jugnauth affirme qu’il est le prochain sur la liste des arrestations et dénonce une persécution politique.
Par Jasvin Sok Appadu
« Mo tann dir mo next on the list, nou tou pe atann nou tour. » C’est par cette déclaration que l’ancien Premier ministre, Pravind Jugnauth, a réagi à l’arrestation de l’ancien ministre du Commerce, Soodesh Callichurn ainsi que celle de l’ancien titulaire des Finances, Renganaden Padayachy, par la Financial Crimes Commission (FCC), ce mardi 16 juin.
Pour le leader du Mouvement socialiste militant (MSM), il s’agirait d’un nouvel épisode de persécution politique visant l’opposition. Une réaction qui soulève toutefois une première interrogation : Soodesh Callichurn n’est ni député ni membre de l’opposition parlementaire. Battu aux dernières élections générales, il n’occupe aujourd’hui aucun mandat électif. Mais visiblement, aux yeux de l’ancien Premier ministre, les enquêtes visant d’anciens membres de son gouvernement relèvent automatiquement de la persécution politique.
Depuis plusieurs mois, Pravind Jugnauth s’est pourtant montré particulièrement discret lorsqu’il s’agissait de répondre aux questions de la presse sur les différents dossiers le concernant ou touchant ses anciens collaborateurs. Aujourd’hui, en revanche, il n’a pas manqué de réagir à l’arrestation de l’ancien ministre du Commerce.
C’est à sa sortie des célébrations du 32e anniversaire du Freedom Day de l’Afrique du Sud, organisées au RM Garden à Trianon, qu’il a dénoncé ce qu’il considère comme une campagne de persécution. Une scène qui n’est pas dépourvue d’ironie. Alors même que l’on célèbre une journée symbolisant la lutte contre l’oppression et les atteintes aux libertés, l’ancien chef du gouvernement se présente comme victime d’un système répressif.
Oubli des nombreux cas de « planting » ?
Le journaliste présent n’a malheureusement pas eu le réflexe de lui demander ce qu’il pensait des accusations de persécutions politiques formulées par de nombreux opposants durant les années où il dirigeait le pays. Les exemples ne manquent pourtant pas.
Faut-il rappeler les nombreux cas allégués de « planting » visant des personnes qui avaient osé dénoncer certaines dérives du régime de l’époque ? Faut-il rappeler que plusieurs de ces affaires ont par la suite été abandonnées ou rayées par le bureau du Directeur des poursuites publiques ? Faut-il également rappeler les arrestations de citoyens pour des publications critiques envers le gouvernement sur les réseaux sociaux ?
Dans ce contexte, entendre aujourd’hui Pravind Jugnauth dénoncer la persécution politique a quelque chose de singulièrement paradoxal. C’est un peu comme voir un ancien arbitre contesté découvrir soudainement les vertus du fair-play une fois sorti du terrain.
Des citoyens en attente de réponses
Mais c’est surtout sa déclaration ‒ « Mo tann dir mo next on the list » ‒ qui retient l’attention.
Si l’ancien Premier ministre affirme être le prochain sur la liste, il est permis de penser que cette perspective ne suscitera pas la même inquiétude chez tout le monde. Car nombreux sont les citoyens qui attendent depuis longtemps que les membres de l’ancien régime, y compris les Jugnauth, répondent aux questions soulevées par les différentes controverses qui ont marqué leur passage au pouvoir.
Après tout, durant des années, les Mauriciens ont entendu que personne n’était au-dessus de la loi. Si ce principe était applicable aux opposants, aux activistes, aux journalistes et aux simples citoyens, il devrait également s’appliquer à ceux qui occupaient les plus hautes fonctions de l’État.
« Secteur de la persécution en croissance »
Pravind Jugnauth a également affirmé que le seul secteur actuellement en croissance à Maurice serait celui de la persécution. Une analyse qui a le mérite de l’originalité. À l’entendre, la persécution serait devenue un secteur économique à part entière depuis son départ du pouvoir.
Une chose est toutefois certaine : voir aujourd’hui l’ancien homme fort du pays dénoncer des méthodes que ses détracteurs lui reprochaient hier constitue l’une des images politiques les plus révélatrices de l’après-élections. Comme souvent en politique, la perception de la persécution dépend parfois du côté de la barrière où l’on se trouve.