
L’ancien ministre du Commerce, Soodesh Callichurn, conduit en cellule policière après son arrestation par la FCC, mardi 16 juin.
Par Jasvin Sok Appadu
Dix-huit mois. C’est le temps qu’il aura fallu pour que l’enquête sur le contrat Mercantile & Maritime Group (MMG) rattrape enfin l’un de ses principaux acteurs politiques présumés. Les anciens ministres Renganaden Padayachy et Soodesh Callichurn ont été convoqués par la Financial Crimes Commission (FCC) ce mardi 16 juin au matin. Renganaden Payadachy avait, comme d’habitude, son avocat, Raouf Gulbul, à ses côtés, alors que Soodesh Callichurn était représenté par Mes Neelkanth Dulloo et Roshan Santokhee.
L’ancien ministre du Commerce, Soodesh Callichurn, et celui des Finances, Renganaden Padayachy, ont été arrêtés aujourd’hui par la FCC, dans le cadre de l’enquête sur l’attribution du contrat pétrolier à MMG, une société basée à Bahrain, en juin 2023. Callichurn devient ainsi le quatrième ancien ministre du régime Mouvement socialiste militant (MSM) à être arrêté depuis l’arrivée au pouvoir de l’Alliance du Changement.
Des arrestations qui interviennent après une longue période durant laquelle les accusations ont abondé, les conférences de presse se sont multipliées et les déclarations politiques se sont succédé. Pendant ce temps, les principaux décideurs du dossier semblaient bénéficier d’un étrange privilège : celui d’être les derniers à être interrogés dans une affaire où tout le monde parlait pourtant d’eux.
Le contrat qui faisait déjà scandale… avant même l’enquête
Le dossier MMG n’est pas une découverte récente de la FCC. Depuis le changement de régime, les dirigeants du nouveau gouvernement n’ont cessé de présenter ce contrat comme l’un des symboles des dérives de l’ancien pouvoir. Le Premier ministre Navin Ramgoolam lui-même avait affirmé au Parlement qu’il y avait eu de la « mone anba latab avek kourtie » dans cette affaire.
À entendre les discours politiques, l’affaire semblait presque déjà résolue. Mais entre les déclarations fracassantes et les interrogatoires des principaux protagonistes, dix-huit mois se sont écoulés.
Dix-huit mois durant lesquels les citoyens ont pu se demander si les téléphones saisis étaient alimentés par batterie solaire ou si les analyses forensiques étaient effectuées à la loupe.
Les avocats rappellent quelques évidences
Avant l’arrestation de son client, Me Neelkanth Dulloo s’est montré particulièrement critique à l’égard du dossier. Selon lui, ce qui est aujourd’hui reproché à Soodesh Callichurn est notamment d’avoir déclaré publiquement qu’il négociait avec certains pays dans le cadre du contrat MMG.
Me Dulloo a également soutenu que l’arrestation repose sur ce qu’il qualifie d’« unlawful evidence », laissant entendre que la bataille judiciaire pourrait rapidement se déplacer du terrain politique vers celui de la recevabilité des preuves.
En d’autres mots, alors que la FCC estime disposer enfin des éléments nécessaires pour procéder à une arrestation, la défense affirme déjà que ces mêmes éléments pourraient ne pas résister à l’épreuve des tribunaux.
La STC ou le ministre ?
L’autre ligne de défense a été développée par Me Santokhee. Selon lui, la décision d’attribuer le contrat à MMG n’avait pas été prise par Soodesh Callichurn mais par la State Trading Corporation (STC), organisme légalement responsable de ce type de processus.
L’avocat a également insisté sur le fait que les décisions prises à l’époque l’avaient été dans l’intérêt du pays et dans un contexte international particulièrement compliqué pour les marchés pétroliers. Un argument qui soulève une interrogation fondamentale : si la décision appartenait effectivement à la STC, quel a été exactement le rôle joué par le ministre dans le processus ? C’est précisément ce que la FCC devra démontrer devant la justice.
Une arrestation… et quelques questions
Les enquêteurs semblent aujourd’hui convaincus que l’ancien ministre a utilisé sa fonction pour favoriser MMG. Peut-être disposent-ils effectivement d’éléments accablants. Peut-être que les analyses des téléphones saisis ont révélé des informations déterminantes. Mais une question demeure.
Si les autorités étaient convaincues depuis des mois que ce contrat était entaché d’irrégularités, au point d’évoquer publiquement des dessous-de-table au Parlement, pourquoi avoir attendu près d’un an et demi avant d’interroger et d’arrêter les principaux responsables politiques associés au dossier ?
La FCC a franchi le pas
Soodesh Callichurn et Renganaden Padayachy passeront la nuit en cellule policière avant leur comparution devant la cour où une accusation provisoire devrait être retenue contre lui.
Reste maintenant à savoir si cette arrestation marque le début d’un véritable déballage judiciaire ou simplement le dernier épisode d’une enquête dont la conclusion semblait avoir été annoncée bien avant que les principaux protagonistes ne soient appelés à s’expliquer. Une chose est sûre : dans l’affaire MMG, les téléphones ont fini par parler. Dix-huit mois plus tard.