
La reprise des travaux parlementaire mardi 20 octobre, a été marquée par un vif accrochage entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger.
Par Jasvin Sok Appadu
Après plusieurs semaines de vacances, les travaux parlementaires ont repris hier, 20 octobre, dans un pays qui sort d’une période difficile, marquée par des émeutes. Au cœur de ces tensions : l’incident de Camp-Levieux, où le sergent Gautam Singh Taukoor a tiré sur un van, blessant grièvement Élodie Thomas. C’est justement une question liée à cette affaire qui a fait monter la température dans l’hémicycle, provoquant un affrontement virulent entre le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et Paul Bérenger, leader du Fron Militan Progresis (FMP).
Au centre de cet accrochage, un détail contenu dans la réponse de la police, lue par le Premier ministre, sur les circonstances du coup de feu. Répondant à une question d’Adrien Duval lors de la Prime Minister’s Question Time (PMQT), Navin Ramgoolam a livré des éléments qui semblent présenter une version différente de celle rapportée jusqu’ici par les témoins.
La version du chauffeur éclipsée par le PM
Pour rappel, selon le témoignage du chauffeur du van, il aurait demandé à un policier posté au checkpoint s’il pouvait traverser pour déposer Élodie Thomas. Le policier lui aurait répondu qu’il pouvait passer à ses risques et périls. Le chauffeur affirme avoir ensuite allumé les lumières pour signaler à Élodie Thomas que la route était bloquée et lui demander s’il existait un autre itinéraire vers sa résidence. C’est alors que le sergent Taukoor aurait ouvert la portière et pointé son arme sur sa tempe en le menaçant : « To anvi gagn kout bal? »
Le chauffeur affirme avoir entendu un coup de feu alors qu’il redémarrait, après avoir parcouru environ 25 mètres. L’autre passager présent dans le minibus a également consigné sa déposition, qui corroborerait celle du chauffeur.
Cover-up de la police ?
La version transmise au Premier ministre par la police semble donc mettre davantage l’accent sur la tentative présumée du chauffeur de franchir le checkpoint. Navin Ramgoolam a toutefois précisé que l’enquête de l’Independent Police Complaints Commission (IPCC) devra établir les circonstances exactes du tir.
Ramgoolam-Bérenger : les vieilles braises se rallument
Pour retrouver un affrontement aussi vif entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, il faut peut-être remonter à 2013, lorsque le premier était Premier ministre et le second leader de l’opposition.
C’est précisément le passage relatif au comportement du chauffeur qui a fait réagir Paul Bérenger, lequel a demandé au chef du gouvernement de clarifier sa position. Selon lui, le Premier ministre ne devait pas laisser entendre que le chauffeur était responsable alors qu’une enquête était toujours en cours.
Ramgoolam a insisté : il n’a jamais blâmé le chauffeur et s’est contenté de rapporter les informations disponibles. Adrien Duval, lui, a insisté sur la responsabilité du sergent et évoqué la possibilité de poursuites pour attempt to murder. Le Premier ministre a répondu qu’il ne lui appartenait pas de dicter au Directeur des poursuites publiques (DPP) les chefs d’accusation à retenir.
Le Premier ministre à Bérenger : « It’s in your sick head »
Bérenger est revenu à la charge, faisant remarquer au Premier ministre qu’il ne devait pas « blame the driver », avant d’ajouter que « we are playing with fire ». Agacé, Ramgoolam s’est levé pour répéter qu’il n’avait jamais accusé le chauffeur, avant de lancer à son adversaire : « I didn’t blame the driver. It’s in your head ‒ your sick mind. »
Des membres de la majorité ont alors accusé Bérenger de divaguer. Celui-ci a répliqué : « Should we listen to recording? »
Ramgoolam a maintenu sa position : « I told the facts as they were related. I didn’t blame anybody. » Puis il a accusé le leader du FMP de vouloir attiser les tensions : « You are trying again to put fire on oil (sic). » Joanna Bérenger est intervenue : « Twa to fane nou ki an tor? »
Le Premier ministre a poursuivi : « Again same thing, same thing. Again. » Avant de lancer à Bérenger : « You are the one who have tried to put fire! Ask Valayden! »
Roshan Jhummun n’a pas manqué l’occasion de retourner l’accusation contre son adversaire : « Piromann pe dir nou ki pe met dife. » Joanna Bérenger a ensuite lancé « les deux années écoulées », estimant que rien n’avait été fait. D’où cette réplique de Jhummun et de Beechook : « 2 an to ti pe asize twa si isi. »
Pendant ce temps, Gavin Glover SC conversait avec le Premier ministre. Une scène qui a suscité cette remarque de Bérenger : « Get aster so lawyer ki pe dir li. » Jhummun a repris : « Pyromane. »
Ramgoolam s’est alors tourné vers Bérenger : « Twa ki pe met dife. Get Valayden. » Le leader du FMP a lancé un défi : « Mo met li o defi vinn dir kwa ke seswa. »
Le Premier ministre a insisté : « Dimann Valayden, twa ki abitie met dife partou. » Bérenger a alors invoqué un point of order. Ramgoolam a répondu : « I didn’t say that. »
Visiblement exaspéré, Bérenger a répliqué : « Ah, you didn’t say that as well, non mais n’importe quoi ! » Le Premier ministre a finalement lancé : « To pe zwe lor mo! »
Baboolall, spectateur d’un Parlement électrique
Tout cela s’est déroulé sous le regard de Chetan Baboolall, qui semblait préoccupé par sa prestation lors de la Private Notice Question (PNQ) présentée plus tôt. Celle-ci n’a finalement pas apporté grand-chose en matière de réponses ou d’informations nouvelles sur le dossier. Le contraste avec Adrien Duval, qui a abordé le même sujet lors de la PMQT et provoqué des éclaircissements ainsi qu’un affrontement entre Ramgoolam et Bérenger, était frappant.
Cette reprise parlementaire aura donc été électrique. Mais, au-delà des petites phrases et des échanges en kreol, l’affaire reste grave. Dans un pays qui vient de traverser des tensions susceptibles de l’embraser davantage, les Mauriciens sont en droit d’attendre de leurs élus du sérieux et de la retenue.
Clash entre Bhagwan, Joanna et Paul Bérenger
Les débats parlementaires sur la motion du ministre Arvin Boolell concernant le retrait du Wetlands Bill ont également été mouvementés, avec un échange tendu entre Rajesh Bhagwan et Paul Bérenger. Accusations et défis ont fusé, notamment après une remarque de Joanna Bérenger adressée au ministre de l’Environnement : « Koz lor proze Palmar. »
Visiblement agacé, Rajesh Bhagwan a rétorqué : « Ki Palmar, to reve mo krwar, mo pena fami ena later mwa. » Paul Bérenger s’est alors invité dans l’échange en lançant : « Pa koz fami bourik. » Il a ensuite retiré ses propos après un point of order soulevé par Arvin Boolell.
Les échanges se sont poursuivis avec un défi lancé par Bhagwan à son ancien leader, qu’il a invité à se porter candidat contre lui dans la circonscription n° 20 lors des prochaines élections.
Paul Bérenger lui a répliqué : « To’nn fini, al bwar Lysol. » Une référence directe aux propos tenus par Rajesh Bhagwan, qui avait déclaré qu’il boirait du Lysol si le MMM faisait alliance avec le Parti travailliste de Ramgoolam. C’était avant les élections de 2014, lorsque le MMM s’était effectivement allié au PTr et que Bhagwan était candidat. Il est ministre du gouvernement dirige par Navin Ramgoolam aujourd’hui.