
Patrick Assirvaden a-t-il lu le rapport de Prabhu Subramanien sur l’eau non facturée ?
Par Narain Jasodanand
Une étude a été menée par Climate Resilient Infrastructure Development Facility, avec la collaboration du haut-commissariat britannique. Le rapport a été déposé à l’Assemblée nationale (AN) en juillet 2026, en réponse à la question B/1114 de Joanna Bérenger. C’est un rapport de 200 pages qu’il faut consulter à la bibliothèque de l’AN. Le haut-commissariat britannique refuse de nous en remettre une copie. On ne sait qui a financé cette étude. En tout cas, elle n’aurait pas été utilisée.
Ensuite, est venue celle de l’Agence française de développement (AFD) et le bureau d’études et ingénierie Application Européenne de Technologies et de Services (AETS), lancée en juillet 2024 et toujours en cours. Elle est financée par l’AFD à hauteur de Rs 25,4 millions.
Mais auparavant, en 2022, l’ex-Chief Engineer de la Central Water Authority (CWA), Prabhu Subramanien, avait réalisé une étude sur la Non-Revenue Water (NRW) en général.
Et voilà que Patrick Assirvaden annonce dans son interview accordée à l’hebdo Week-end du 18 octobre une énième étude conduite par des consultants singapouriens. Le ministre a juste indiqué que l’équipe singapourienne « arrivera bientôt pour déterminer avec des sondes où l’eau se perd dans notre circuit de distribution, qui est en grande partie sous terre ».
Il n’en a pas précisé le coût, ni qui va financer l’étude. Bien sûr, il n’a pas évoqué l’étude de Climate Resilient Infrastructure Development Facility, ni celle, en cours, de l’AFD/AETS, et encore moins celle de Prabhu Subramanien.
50 % de « bulk meters » inutilisables
Scoop.mu détient une copie de l’étude de Subramanien. Si l’ingénieur avance un taux d’environ 60 % de NRW, il souligne cependant que ce chiffre « is only an estimated level of NRW » en raison du mauvais état des bulk water meters (compteurs d’eau principaux).
Subramanien avançait en 2022 que sur les 666 Production/DMA (District Metered Areas) meters (CWA), 330 étaient défectueux ou ont été « scrapped ».
Le remplacement de ces compteurs, dit Subramanien, permettra de résoudre le problème de pertes commerciales (ou apparentes.) Ce n’est qu’après que l’on pourra calculer avec plus de précisions les pertes physiques (ou réelles).
Ben oui, ce n’est que quand les bulk meters indiqueront la réelle quantité d’eau quittant les stations de traitement ou les Service Reservoirs que la CWA pourra calculer l’eau perdue dans des fuites en la comparant avec celle qui est facturée. À noter que les compteurs des consommateurs sont, selon l’étude de Subramanien, à 90 % fiables.
L’étude de Subramanien est théorique, certes, mais ô combien instructive sur les moyens à utiliser pour évaluer la perte physique d’eau dans nos réseaux de distribution.
Ce n’est qu’une fois le volume d’eau perdue dans des fuites quantifié après le remplacement des compteurs principaux que l’on pourra décider si cela vaut la peine d’investir des millions dans la recherche de fuites dans nos canalisations grâce à des sondes. Or, il semble que Patrick Assirvaden ait mis la charrue avant les bœufs.
On ne sait pas si ces compteurs ont été réparés ou remplacés depuis 2022. Cependant le chiffre de 60 % de pertes a été maintenu depuis l’étude Subramanien. Le ministre Assirvaden a même parfois parlé, tout comme Prakash Maunthrooa, de 60 % de fuites dans nos canalisations, et non de 60 % de NRW.
Ce qu’Assirvaden n’a pas dit non plus, c’est que Prabhu Subramanien avait été tellement persécuté par Prakash Maunthrooa qu’il a quitté la CWA et même Maurice pour offrir ses précieux services à d’autres destinations. Comme le ministre le disait le 6 octobre, « ce n’est pas le moment de jouer au blame game ».
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Obsession du dessalement
« Le barrage de Rivière-des-Anguilles comprendra des moyens pour traiter l’eau dessalée avant de l’introduire dans le circuit », a déclaré Assirvaden, toujours dans Week-end. Premièrement, cela démontre que Patrick Assirvaden reste obsédé par le dessalement. Deuxièmement, si le projet de barrage ne peut aboutir, comment fera-t-on pour construire ce barrage tout en y ajoutant une station de dessalement ? Troisièmement, alors que le ministre évoquait le dessalement dans le Nord, voilà qu’il l’introduit désormais dans le Sud !
Si l’on comprend bien le ministre des Services publics, c’est le traitement d’eau dessalée qui retarde le projet de barrage de Rivière-des-Anguilles. Il faudra donc encore patienter. Avec nos seaux.