Une fois au gouvernement, Rajesh Bhagwan a vite oublié l’amitié et les accomplissements de Paul Bérenger.

Par Doris Félix

Les images et les échanges qui ont marqué l’Assemblée nationale mardi m’ont amenée à réfléchir.

En politique, les désaccords sont inévitables. Les confrontations font partie de la démocratie. Mais il existe une chose que nous ne devrions jamais perdre de vue : la reconnaissance de ce que les femmes et les hommes ont apporté à notre histoire collective.

Paul Bérenger est une figure qui a profondément marqué la vie politique mauricienne. Son parcours, ses combats et son engagement ont contribué à façonner plusieurs décennies de notre histoire nationale.

On peut discuter ses décisions, contester ses positions et ne pas partager ses choix. C’est parfaitement légitime. Mais reconnaître une contribution historique ne signifie pas approuver tout ce qu’un homme dit ou fait aujourd’hui.

La reconnaissance n’est ni une soumission ni une obligation de suivre. Elle est une forme de justice envers l’histoire.

Dans la vie, nous avançons grâce à des rencontres, à des personnes qui nous ouvrent des portes, nous font confiance ou nous permettent de prendre notre place. Quels que soient les chemins empruntés par la suite, il me semble essentiel de conserver la mémoire de ce que nous avons reçu et appris.

La grandeur d’une personne ne se mesure pas uniquement à sa capacité de défendre ses convictions, mais aussi à sa capacité de reconnaître ce qui mérite de l’être, même lorsque les circonstances deviennent difficiles.

L’Assemblée nationale est l’une des institutions fondamentales de notre démocratie. Elle devrait être le lieu où les divergences s’expriment avec force, certes, mais aussi avec la responsabilité qu’impose la confiance du peuple.

Derrière les fonctions, les titres et les rivalités, il y a des êtres humains. Et derrière les affrontements d’aujourd’hui, il y a une histoire que nous avons le devoir de regarder avec lucidité.

Nous n’avons pas besoin d’idéaliser les hommes pour reconnaître leur contribution. Nous n’avons pas besoin d’être toujours d’accord avec eux pour leur accorder le respect dû à leur parcours.

Une société qui oublie trop facilement ce qu’elle a reçu risque de perdre quelque chose de précieux : le sens de la mémoire, de la gratitude et de la continuité entre les générations.

La politique passe. Les alliances changent. Les rapports de force évoluent.

Mais la reconnaissance, lorsqu’elle est sincère et libre de tout calcul, demeure une valeur profondément humaine.

Et c’est peut-être dans notre manière de traiter ceux avec lesquels nous sommes en désaccord que se révèle le mieux la qualité de nos propres valeurs.