
Les gros yeux et les colères d’Arvin Boolell suffiront-ils pour lutter contre les cancers causés par les pesticides ?
Par Doris Félix
Le Conseil des ministres du 2 octobre a dû créer un comité interministériel d’urgence contre l’usage abusif des pesticides après que le rapport officiel du Pesticides Regulatory Office a relevé que 21,63 % des fruits et légumes analysés ne respectent pas les normes de résidus. Et les chiffres de mai-juillet 2026 sont pires.
Sur 151 échantillons prélevés, seulement 52 % n’avaient aucun résidu. Le reste, soit 36,42%, sont hors la loi, dont 6,62 % qui dépassent la dose légale maximale et 29,80% avec des poisons qui ne devraient même pas être sur la culture en question.
Le 6 janvier, c’était déjà 21,63 % de non-conformité.
Scoop.mu l’a écrit dès septembre 2026. À Bambous, l’odeur des pesticides est telle qu’elle prend à la gorge. Il y en avait aussi à Terre-Rouge, Triolet, Vacoas, Belle-Mare, Crève-Cœur… Maintenant, les chiffres officiels le confirment.
Pour rappel, nous écrivions que le Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) ne distribue pas les pesticides. Son rôle, c’est la recherche, la formation, le conseil technique.
C’est le Dangerous Chemicals Control Board (DCCB) du ministère de la Santé qui octroie les permis d’importation. Et ce sont les entreprises privées, Bychemex (Roger Faydherbe), Coroi, et la Mauritius Cooperative Agricultural Federation (MCAF) qui distribuent.
Le vide que nous dénoncions
Le planteur achète directement chez le fournisseur privé. Après l’achat, il n’y a plus aucun contrôle. Il n’existe pas de quota par rapport à la superficie du terrain cultivé. Avec 2 perches, un planteur peut acheter 100 litres de pesticides.
Il n’y a pas de traçabilité, pas d’agent du FAREI à 5 heures du matin quand le planteur pulvérise à 2 mètres de la chambre de votre bébé.
Le vendeur privé vend. Donne-t-il les bonnes doses ? Suit-il ? Non. Il a vendu.
C’est ce système que nous dénoncions. Et c’est ce système qui produit les 36 % d’aujourd’hui.
Sur 150 000 tonnes de légumes produites par an à Maurice, seulement 787 échantillons analysés en dix mois. C’est ridicule. Et 32 employés du FAREI pour 12 000 planteurs dans tout le pays. Comment voulez-vous contrôler ?
On teste en octobre 2025, on publie en janvier 2026. Entre-temps, vous avez déjà tout mangé.
Les questions qui se posent : qui vend à qui ?
M. le Directeur du DCCB, publiez la liste : combien de permis pour quels produits (glyphosate, chlorpyrifos, etc.) avez-vous donné à Bychemex, Coroi, MCAF en 2025-2026 ? Quelles quantités ?
Qui contrôle la vente ?
M. le ministre de l’Agro-industrie, Dr Arvin Boolell, vous avez dit vous-même, au Caudan Arts Centre, le 24 novembre 2025 : « Intensive spraying is turning fields into killing fields. » Des champs de la mort.
Vous avez dit « killing fields » il y a 11 mois. Où est le quota de vente par surface cultivée que même les agriculteurs réclament ? Où est la traçabilité obligatoire ?
Qui contrôle l’utilisation ?
Qui va dans les cours à Bambous, à L’Escalier, à Goodlands vérifier la dose, le délai avant récolte (quand on mange la salade crue) ? Le FAREI conseille, mais qui sanctionne ? Le Pesticides Regulatory Office avec ses trois inspecteurs ?
Qui contrôle la qualité de l’eau, de l’air et de la terre ?
Quand il est pulvérisé, le pesticide envahit l’air que nos enfants respirent, la nappe phréatique, la terre où ils jouent. Qui teste nos nappes ?
Nous ne voulons plus de quatre règlements qui arrivent en décembre 2026. Nous voulons des réponses maintenant.
Vous nous avez donné du poulet brésilien, du poisson plastique plein d’eau, et maintenant 36 % de légumes hors normes.
On avait écrit : ils poussent lentement, nous mourons vite. Aujourd’hui c’est officiel.
Si on ne fait rien, demain, ce sera 50 %. Et les hôpitaux indiens accueilleront chaque jour un peu plus de cancéreux mauriciens !