Yvan Legris, chairman de Médine et membre du board de la MCB. C’est à ce genre de personnes que Ramgoolam avait confié l’avenir de notre pension.

Par Narain Jasodanand

Juste après la première réforme de la pension contenue dans le Budget 2025-2026, Scoop.mu avertissait déjà des démarches de certains assureurs pour capter le gros business des contributions pour la retraite. Avec la douloureuse réforme, ils s’attendaient à ce que les futurs retraités contractent des polices d’assurances pour leurs vieux jours.

On savait aussi que le gouvernement ne se souciait pas vraiment du déficit budgétaire vu les gros emprunts contractés et utilisés dans des projets inutiles et les gaspillages dans les dépenses courantes. On soupçonnait le gouvernement de ne prendre certaines décisions impopulaires, comme celle concernant la pension, que pour plaire à de gros intérêts.

L’affaire de la deuxième réforme avortée de 2026 de la pension de vieillesse vient confirmer nos appréhensions. Que pouvions-nous attendre des personnes faisant partie du comité d’experts sur cette réforme ?

Ashok Prayag, le président du comité, détient de gros intérêts dans les assurances. Yvan Legris et Bernard Yen sont ceux qui avaient fondé AON Solutions Ltd à Maurice. De plus, Yvan Legris siège sur le board de la Mauritius Commercial Bank Ltd (MCB) et préside le conseil d’administration de Médine, où la MCB possède 35 % d’actions à travers sa filiale PAD.

On apprend maintenant qu’Yvan Legris pourrait perdre son poste de président de Médine en raison de son implication dans cette polémique post-réforme…

Le calcul des experts

Yvan Legris est connu pour avoir toujours prôné un immense fonds de pension en réformant le National Pensions Fund (NPF). Selon un économiste, le rêve de ces hommes d’affaires c’est de pouvoir utiliser cette masse d’argent qui pourrait être prêtée aux gros conglomérats à des taux très bas. Tout en enrichissant, bien sûr, encore plus leurs business de fonds de pension.

Il faut savoir que l’argent utilisé pour la pension de vieillesse provient du Consolidated Fund car les bénéficiaires n’y contribuent pas (directement). Le Consolidated Fund est alimenté annuellement par les impôts, la TVA etc. Il est utilisé pour toutes les dépenses de l’État, y compris celles relatives au paiement de la pension de vieillesse. Alors que celui du NPF (maintenant NPPF) provient des contributions des travailleurs et de leurs employeurs.

L’autre Sattar…

Le cas de Sattar Jackaria est encore plus instructif. Il est le Chief Executive Officer (CEO) d’Eagle Insurance Ltd, appartenant majoritairement au groupe IBL. Le 30 juin 2020, il a lancé une véritable guerre contre l’augmentation de la pension de vieillesse et se disait inquiet de notre déficit budgétaire.

Un assureur qui se soucie du déficit du budget ? C’était hautement suspect. En fait, Jackaria n’était pas content que l’État procure une pension confortable à nos aînés. Cela n’était pas bon pour le business des assurances car les Mauriciens ne verraient pas l’utilité de contracter une police d’assurance auprès d’un fonds de pension privé.

Navin Ramgoolam était venu à la rescousse de ces messieurs en les embrigadant précisément dans le comité d’experts sur la réforme de la pension. Le résultat était attendu. Maintenant, nos ministres se disent tous avoir été dupés…