
Première PNQ comme DPM pour Arianne Navarre-Marie, qui a reçu les félicitations du PM, malgré des révélations troublantes sur le centre pour mineurs Cap L’Espoir.
Par Jasvin Sok Appadu
Pour sa première Private Notice Question (PNQ) en tant que Deputy Prime Minister (DPM) au Parlement, ce vendredi 29 mai, Arianne Navarre-Marie n’a peut-être pas eu droit aux traditionnels « tap latab » à la fin de son intervention, mais elle a tout de même reçu les félicitations du Premier ministre, Navin Ramgoolam, ainsi que celles du numéro trois du gouvernement, Shakeel Mohamed. Une reconnaissance sans doute liée au fait que la ministre, fraîchement propulsée au poste de DPM, a répondu du tac au tac aux nombreuses questions supplémentaires du leader de l’opposition, Joe Lesjongard.
Ce dernier avait consacré sa PNQ à la situation des Residential Care Institutions (RCI), tombant sous la responsabilité du ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille. Mais au-delà des échanges politiques et de la prestation remarquée de la DPM, plusieurs révélations particulièrement alarmantes ont émergé des réponses fournies au Parlement concernant le centre gouvernemental de Cap L’Espoir.
Arianne Navarre Marie a mis en lumière la situation extrêmement inquiétante régnant dans ce centre pour mineurs. Derrière les longues explications administratives et juridiques, plusieurs faits graves ont été révélés par la ministre elle-même, démontrant l’ampleur du malaise au sein de cette institution censée protéger des enfants vulnérables.
La DPM a d’abord confirmé qu’au total, 34 plaintes policières ont été enregistrées depuis décembre 2024 concernant les RCI. Un chiffre déjà alarmant en soi. Mais c’est surtout le cas de Cap L’Espoir qui retient l’attention, la ministre admettant qu’il existe un « pattern of institutional difficulty » dans cet établissement.
Des mineurs désorientés et positifs au cannabis
Le premier épisode grave évoqué remonte au 1er juin 2025. Trois mineurs avaient fugué du centre avant d’être retrouvés dans un état jugé inquiétant. Selon la DPM, les enfants semblaient désorientés et avaient les yeux rouges. Transportés à l’hôpital SSRN, des tests rapides de dépistage avaient révélé que deux d’entre eux étaient positifs au cannabis.
Mais durant les échanges parlementaires, le leader de l’opposition a également évoqué la consommation de drogues synthétiques chez les enfants placés dans ces structures. Une situation qui soulève des questions extrêmement graves sur la sécurité, la supervision et l’environnement dans lequel évoluent ces mineurs. D’où la décision du ministère de faire appel à une surveillance policière à l’entrée des établissements, comme révélé par la DPM.
Sept mois avant de suspendre les caregivers
Face à cet incident de juin 2025, la ministre affirme avoir ouvert une enquête interne. Pourtant, les six caregivers concernés n’ont été suspendus que le 9 janvier 2026, soit plus de sept mois après les faits. Une chronologie qui soulève déjà des interrogations sur la rapidité de réaction des autorités face à des accusations aussi graves impliquant des mineurs sous protection de l’État.
Entre-temps, le 5 décembre 2025, le centre avait pourtant été relancé officiellement, avec « de nouvelles facilités et de nouveaux programmes » censés renforcer l’approche centrée sur l’enfant. Mais à peine quelques semaines plus tard, le 20 janvier, le nouveau Shelter Manager démissionnait.
« Repeated difficulties » malgré la présence policière 24/7
La DPM reconnaît qu’après cette réouverture, le centre a connu des « repeated difficulties disrupting its operation », avec plusieurs incidents signalés. Elle admet aussi que la situation a provoqué une pénurie persistante de caregivers, compromettant directement
« la supervision et la sécurité » des enfants.
Autre révélation particulièrement grave : malgré la présence 24/7 de la police, des séances de counselling par des psychologues et plusieurs interventions ministérielles, les autorités semblent avoir perdu le contrôle de la situation au centre.
La DPM révèle l’existence d’employés manipulateurs
C’est surtout dans la dernière partie de sa réponse que la DPM a fait des aveux particulièrement troublants.
Elle affirme qu’il existe au sein de Cap L’Espoir un système où l’ambiance dépend entièrement de l’équipe de caregivers en service. Selon ses propres mots, lorsque certains employés sont de garde, l’environnement est calme. Mais avec d’autres équipes, l’atmosphère devient tendue et les incidents explosent, incluant des fugues de mineurs.
Plus grave encore, suite à une question de la Chief Whip, Stéphanie Anquetil, la ministre reconnaît ouvertement que certains caregivers auraient développé un comportement « clanique » et manipuleraient les enfants, provoquant ainsi des comportements incontrôlables et perturbateurs.
Un aveu extrêmement sérieux venant d’une ministre responsable de la protection de l’enfance. Car cette déclaration revient à reconnaître que des membres du personnel, censés encadrer et protéger ces mineurs, participeraient eux-mêmes à alimenter le chaos au sein de l’institution, sans aucune sanction jusqu’à présent. D’où la remarque de Paul Bérenger : « Limem li pe avoue… »
Des affiliations politiques qui « compromettent » le centre
La DPM va encore plus loin en affirmant que plusieurs employés du centre possèdent des affiliations politiques qui « compromettent sérieusement le bon fonctionnement » de l’institution.
Ces déclarations soulèvent une contradiction majeure. D’un côté, le gouvernement affirme avoir repris le contrôle de la situation depuis son arrivée au pouvoir. De l’autre, la ministre reconnaît elle-même que malgré les comités, les réunions, la présence policière, les enquêtes, les suspensions et les restructurations successives, le centre reste plongé dans une crise profonde.
L’État admet une crise profonde
La création d’un comité interministériel, les quatre réunions organisées, les propositions de réformes légales et même le projet d’un centre spécialisé pour enfants à problèmes comportementaux démontrent surtout que l’État reconnaît aujourd’hui l’existence d’une situation devenue extrêmement préoccupante.
Car au final, derrière les annonces administratives et les structures mises en place, les faits révélés au Parlement restent accablants : des mineurs qui fuguent, des enfants testés positifs à la drogue, des allégations de consommation de drogues synthétiques, des encadrants accusés de manipulation, une pénurie de personnel, une gestion instable et une institution qui semble fonctionner dans un climat de crise permanente.