
Des dizaines de villas non-achevées et des dettes colossales pour Evaco, promoteur, notamment, de Cap Marina.
Par Narain Jasodanand
Le promoteur immobilier Evaco a été mis sous receivership par la Silver Bank et la State Bank of Mauritius (SBM), auxquelles il doit Rs 276 millions et Rs 2,5 milliards respectivement. La SBM est exposée à Rs 2 milliards supplémentaires après avoir pris l’obligation d’achever le projet Cap Marina d’Evaco si ce dernier ne le fait pas. Cela, en vertu d’une garantie financière d’achèvement (GFA ‒ voir plus bas).
Mais il y a plus. Evaco aurait émis des obligations (bonds) de Rs 650 millions en 2019, puis de Rs 650 millions, avec la SBM, en 2024, pour éponger les bonds de 2019. Et encore une troisième fois, en 2025, pour Rs 399 millions, toujours pour éponger ses dettes. La SBM savait-elle que les obligations servaient à rembourser des dettes auprès de la… SBM ?
Depuis quelques mois, Evaco, dont le président fondateur est Arnaud Mayer, ne rembourse plus ses dettes à ses créanciers, dont une compagnie d’assurance. L’entreprise demande encore de l’argent à la SBM pour terminer la construction des villas et appartements de luxe de son projet Cap Marina, à Cap-Malheureux. Mais la banque ne veut plus accéder à ses requêtes. Selon nos informations, les sommes avancées récemment n’auraient pas été utilisées pour l’achèvement de la construction.
Pour un ancien employé de la SBM, cette dernière a été trop généreuse avec Evaco… sous le gouvernement MSM. Y a-t-il eu des ingérences politiques ? Ou des complicités au sein de la SBM ? Un ex-haut-cadre de la SBM est soupçonné d’avoir non seulement laissé filer les dettes d’Evaco mais aussi d’avoir fait croire à la direction de la banque que tout allait bien. Après avoir démissionné de la SBM, il a pris de l’emploi comme consultant chez Evaco. On le voit souvent s’y rendre au volant d’une de ses trois voitures de luxe.
Après le changement de gouvernement et de direction à la SBM, les robinets ont été fermés pour le groupe Evaco, qui est composé officiellement des sociétés Evaco Property, Evaco Services, Evaco Worldwide, Evaco Leisure, Stantons et Fairstone Construction.
Investisseur absent
Arnaud Mayer a promis depuis plusieurs mois à ses clients, employés et créanciers, que de l’argent frais était attendu venant d’un investisseur. Or, à ce jour, personne ne s’est présenté.
La Silver Bank, quant à elle, a financé non seulement des projets immobiliers d’Evaco à Maurice mais aussi en… Croatie. Une ancienne directrice de cette banque, Tanuja Nair, est même partie dans ce pays pour une visite du projet Secret Solta, qui allait être développé à travers un Special Purpose Vehicle, IDEA consultant.
Il faut savoir que c’est surtout le projet Cap Marina qui est en souffrance. Des clients se plaignent du retard des livraisons depuis 2024.
Le projet est constitué de 337 appartements et villas de luxe sur 64 arpents, avec vue sur le Coin-de-Mire. Enfin, pas pour tous les clients, car tout dépend du prix de l’appart ou de la villa, vendu en moyenne à Rs 30 millions l’unité.
Plus de 70 % des propriétés de Cap Marina auraient été vendues, en majeure partie à des étrangers, surtout des Sud-Africains et des Français. Depuis sa création, Evaco en a vendu pour Rs 12 milliards !
Maintenant que la SBM a mis Evaco sous receivership, le promoteur devra terminer les travaux, qui pourraient coûter plus que les
Rs 2 milliards sous la GFA. Il semble qu’aucune garantie solide n’ait été prise pour l’octroi de la GFA.
Même si l’on peut reprocher à cet ancien haut-cadre de la SBM, reconverti en consultant d’Evaco, d’avoir été coupable ‒ au moins de négligence, au pire de complicité ‒ les employés de la banque se demandent ce que faisaient la direction, les membres du board et…
la supervision de la Banque de Maurice.
Nos questions adressées à Evaco sont demeurées sans réponse.
GFA et VEFA
Les Mauriciens moyens acquéreurs en VEFA (vente en l’état futur d’achèvement) d’une maison et qui se font parfois arnaquer, comme les victimes des jumeaux Parmanund, n’ont pas de recours contre les promoteurs. En revanche, pour les projets IRS, PDS, RES, Smart City etc., destinés principalement aux étrangers, l’Economic Development Board impose aux promoteurs de fournir une GFA (garantie financière d’achèvement). Comme quoi, pour les étrangers, c’est le tapis rouge et pour les Mauriciens, des maisons à moitié achevées et des dettes.