
Les blocs de pierre ont remplacé le sable sur nombre de plages.
Par Doris Félix
Malgré les hectares donnés aux hôtels, on voit de plus en plus de structures installées sur la plage pour organiser des soirées spéciales, des activités sportives et gastronomiques. Aux yeux des autorités, tout paraît « temporaire ».
Mais dans les faits ?
On bloque le passage aux Mauriciens. Le domaine public devient privé le temps d’un cocktail, d’un mariage, d’une staff party et rapporte beaucoup d’argent. Et les Mauriciens n’y ont pas accès !
Le pire est sous nos pieds.
Des structures solides sont enterrées. Des paillottes avec des poteaux bétonnés qui descendent à plusieurs pieds sous le sable. Des poteaux pour le sport, des ancrages invisibles. Encore une fois, on cause et on aggrave l’érosion.
Le sable n’est plus libre de bouger. La mer tape plus fort à côté, et la plage disparaît par plaques.
Les propriétaires de villas ont suivi le pas. Des murs sont apparus. L’érosion a fait le reste, avalant mètre après mètre de plage publique jusqu’à laisser la mer lécher les fondations.
Aujourd’hui, les autorités parlent de « compensation et réparation ».
Mais non.
Allez voir les coupables et les responsables.
Si le bien public a souffert à cause d’erreurs humaines, il faut trouver les responsables et non pas compenser les preneurs à bail ! Il faudra bien veiller à cela.
Et surtout, faire disparaître le plus vite possible tous les murs et infrastructures solides, visibles et invisibles.
Enlever SOUS le sable tout ce qui a été installé pour soutenir ces structures. Comme le font la France, l’Espagne et l’Australie : quand l’erreur est humaine, on démantèle d’abord.
L’exemple de Pondichéry : quand il est trop tard
Prenons l’exemple des belles plages de Pondichéry, aujourd’hui disparues, englouties par la mer. Petit à petit, elle a tout envahi. Les bungalows que les grands-parents connaissaient sont sous l’eau aujourd’hui.
Tout a commencé par une grande et longue jetée érigée dans la mer. On a cru que c’était pour le progrès. Mais la mer a sa logique : tu bloques d’un côté, elle frappe de l’autre.
Pendant ce temps, d’autres jetées et d’autres murs ont été érigés. Résultat : de plus en plus d’érosion. Il était trop tard quand les autorités ont compris que la main de l’homme était responsable. La main, et souvent l’ego et la gourmandise de l’homme.
Chez nous, c’est pareil. Des jetées pour rejoindre les bateaux de plaisance, pour faciliter l’accostage. Des murs pour délimiter « SON » bien. Bien qui devait rester public, le « domaine public ».
Les hôtels se sont vu accorder des hectares. Ils enclosent non seulement leur terrain avec des gardiens de sécurité, mais ils érigent aussi des murs et murets pour empêcher l’accès aux Mauriciens. Chose incroyable. Dans le monde, à Mumbai par exemple, malgré tous les risques, vous entrez et sortez du Taj sans difficulté. Pourvu que vous passiez la porte de sécurité. Consommer ou non n’est pas la question. On est libre. Ici, non seulement les terres sont accaparées, mais l’accès est interdit aux enfants du sol. À croire qu’on est des pestiférés.
Aujourd’hui ces murs ont fait leur travail : les plages ont disparu et la mer rencontre les murs. Alors on met des roches et on ne fait qu’accroître le massacre.
Certains ont carrément construit des beach houses, des restaurants et bars sur la plage. Pas longtemps de cela, ce problème a surgi à Belle-Mare. Le District Council a beau avoir déployé tous ses efforts, il n’a pas pu faire grand-chose. Les habitants ont payé pour porter l’affaire en cour, mais la magistrate n’a pas accordé l’injonction et les travaux sur le bien public ont continué.
Les passages vers la mer : piétonniers uniquement
La réglementation prévoit l’installation de passages piétonniers tous les quelques centaines de mètres. Et c’est vital. Surtout pour la sécurité.
Pourquoi une chaîne ? Parce que sinon, les 4×4, les camions et les voitures entrent jusqu’à l’eau. Ils creusent le sable sur des kilomètres pour mettre et retirer les bateaux. Et les marchands de glace etc. Effet néfaste et irréversible.
La solution : passage piétonnier uniquement.
Oui il faut la chaîne pour bloquer les véhicules. Mais la clé du cadenas doit être au poste de police le plus proche. Pour les cas d’urgence : cyclones, noyades, secours. Accessible 24/24.
Tant que l’accès est libre pour tous, les gens viennent pour la journée, restent des heures et piétinent. D’autres propriétaires ont carrément fermé ces accès, se les sont appropriés alors qu’ils font pourtant partie du domaine public.
Le ministère doit enquêter et faire respecter. Parce qu’après avoir vu le ministre à Blue Bay l’autre jour, on se rend compte que les autorités ont peur de faire respecter la loi. Même si le ministre a dit bien fort qu’il le ferait lui-même de ses mains !
Le lagon : un danger public
On oublie le plus grave.
Il faut délimiter où doivent se trouver et circuler les bateaux dans le lagon. Parce qu’aujourd’hui, les nageurs sont en danger avec le grand nombre de bateaux partout dans le lagon.
Pire : des irresponsables mettent le bateau à l’ancre n’importe où. Ils placent les poissons et appâts juste là, en jetant les restes de poissons crus. Résultat : ça attire les barracudas etc. Et ça crée un autre danger. Il y a déjà eu beaucoup d’accidents dans le lagon.
Qui doit prendre ces décisions ? Le ministère de la Pêche, la National Coast Guard, le ministère de l’Environnement et les collectivités locales. Ensemble.
Il faut des couloirs balisés, des zones de mouillage, interdiction de nourrir, et des patrouilles.
On ne peut pas avoir des plages publiques sans sécurité dans l’eau.
La décision doit se prendre sur le sable, pas dans un bureau
Aujourd’hui qui donne carte blanche ? Le ministère des Terres loue. La Beach Authority ferme les yeux. Le District Council n’est pas consulté. Le ministère de la Pêche n’est pas appelé.
Malgré tous les efforts, le travail a continué. Et le massacre persiste aux yeux de tout le monde.
Et les pêcheurs ? Leur demande est-elle entendue ou juste archivée ?
Les autorités sont-elles venues sur place voir les poteaux sous le sable ? Les tonnes de roches empêchant tout accès à la plage, pire, arrêtant tout mouvement essentiel de la nature. Ou ont-elles signé sur dossier ?
Il est temps de changer la procédure. Désormais, avant toute autorisation pour un hôtel, un événement, une structure sur la plage, il faut :
- Consultation obligatoire de la cour, du District Council, de la Beach Authority, du ministère de la Pêche.
- Visite de site obligatoire avec toutes les parties, pêcheurs et riverains inclus.
- Avis public 30 jours avant. Que les Mauriciens puissent dire non.
On ne brade plus le domaine public à distance.
On décide les pieds dans l’eau.
La loi est claire : 30 mètres à partir de la haute mer appartiennent au peuple. L’EPA 2002 dit que toute structure lourde a besoin d’un permis.
Le sable, la mer, la plage… ça n’appartient à personne. Ça appartient à tous les Mauriciens. Aux enfants d’aujourd’hui et à ceux de demain.
Il est temps de rendre la plage aux Mauriciens.
Il est temps d’enlever. Pas de compenser.
