Véronique Leu-Govind était accompagnée de son époux, Gulshan Govind, lors du banquet d’État au SVICC, le 12 mars 2026.

Par Jasvin Sok Appadu

Après quatre heures d’interrogatoire à l’ADSU de la Western Division, le 6 août dernier, dans le cadre de l’enquête portant sur la tentative présumée d’importation de 155,7 kg de cannabis en provenance de La Réunion, l’ancienne junior minister défend une ligne claire : elle affirme être séparée de son époux, Gulshan Govind, depuis plusieurs mois et assure ignorer totalement ses activités. Une version désormais consignée dans le dossier d’enquête. Mais la chronologie des derniers mois, les apparitions publiques du couple Leu-Govind et plusieurs documents officiels soulèvent des questions auxquelles la Financial Crimes Commission (FCC), qui prend désormais le relais, pourrait être amenée à répondre.

D’ailleurs, la députée de la circonscription no 14 (Savanne / Rivière-Noire) a été appelée à l’IT Unit de la police, le 19 août, pour l’examen de son téléphone, afin de vérifier s’il y a eu contact entre l’ancienne junior minister et son époux, Gulshan Govind, récemment.

L’ancienne junior minister des Arts et de la culture a été interrogée sur plusieurs éléments découverts au cours de l’enquête, jeudi 6 août, par l’ADSU : la présence soupçonnée d’une fiole de méthadone et de quatre plants de cannabis au domicile conjugal, ainsi que des résidus et une semence de cannabis retrouvés dans son véhicule, régulièrement utilisé, selon ses déclarations, par Gulshan Govind.

Selon nos informations, sa défense, sûrement suggérée par des conseils légaux, a été sans ambiguïté. Elle affirme être séparée de son mari depuis plusieurs mois, ne rien savoir de ses activités et ignorer totalement la présence des stupéfiants retrouvés lors des perquisitions.

Gulshan Govind accompagnait Veronique Leu-Govind au Banquet d’État le 12 mars

Cette séparation évoquée est aujourd’hui au cœur de sa défense. Mais elle ne précise pas la date exacte de cette séparation. En tout cas, ça ne peut être en mars, car, à l’occasion du banquet officiel organisé pour la fête nationale, Véronique Leu-Govind apparaissait aux côtés de Gulshan Govind.

Plus récemment encore, alors qu’elle occupait toujours les fonctions de junior minister, le couple a également été aperçu lors d’une activité officielle organisée par le ministère des Arts et de la culture. Une cérémonie tenue un week-end dans l’Ouest du pays.

Ces apparitions publiques ne permettent pas, à elles seules, de tirer une conclusion sur leur situation conjugale. Elles posent néanmoins une question que les enquêteurs devront éclaircir : à partir de quand cette séparation est-elle devenue effective et quelles étaient, dans les faits, les relations entre les deux au moment où les événements aujourd’hui examinés se sont déroulés ?

Les relevés téléphoniques : étape cruciale pour Leu-Govind

Véronique Leu-Govind a été convoquée à l’IT Unit de la police, aux Casernes centrales, pour l’examen de son téléphone portable saisi le jour de son interrogatoire à l’ADSU de la Western Division.

Ainsi, les relevés téléphoniques seront définitivement un moyen de vérifier les dires dans la défense de l’ancienne junior minister, selon laquelle elle est séparée de son époux depuis plusieurs mois. Les deux étaient-ils en contact récemment ou encore durant la période du 25 juillet au 31 juillet ? On en saura plus dans les jours à venir.

Après l’IT Unit, Véronique Leu-Govind devra se présenter à la FCC, dans le cadre de l’enquête ouverte par cette dernière, comme annoncé par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, au Parlement.

Trois missions officielles à La Réunion et deux privées avec Gulshan Govind ?

Les déplacements de Véronique Leu-Govind à La Réunion pourraient également retenir l’attention des enquêteurs de la FCC. Les documents parlementaires montrent qu’elle s’est rendue à trois reprises à La Réunion dans le cadre de missions officielles.

La première mission, du 3 au 8 juin 2025, avait pour objet la 11e édition de l’Indian Ocean Music Market et du Sakifo Music Festival. La deuxième, du 19 au 21 décembre 2025, concernait les célébrations du Gran 20 Desanm.

Enfin, du 10 au 13 juin 2026, elle représentait Maurice lors d’une conférence internationale organisée sous l’égide de l’UNESCO sur les Routes de l’esclavage et de l’engagisme dans l’océan Indien. Ces missions relevaient de ses responsabilités ministérielles. Les billets des deux premières missions ont certainement été pris en charge par les organisateurs. Qu’en est-il des deux autres voyages privés? La FCC n’écartera pas certainement cet aspect.

Si l’ADSU a été convaincue par les explications de Véronique Leu-Govind dans cette affaire et l’a autorisée à partir, on se demande si la FCC, elle, le sera.