Par Jasvin Sok Appadu

Qu’est-ce qui a bien pu se passer au Prime Minister’s Office (PMO) avant le début de la séance parlementaire de ce mardi
7 avril ? La question flotte encore dans les couloirs feutrés de l’Assemblée nationale et ce ne sont pas les caméras qui y répondront.

Car le spectacle a commencé avant même la première question. Avec 15 minutes de retard, Navin Ramgoolam fait une entrée inhabituelle. Rien de spectaculaire en apparence, mais suffisamment rare pour faire lever quelques sourcils. Dans une maison où chaque minute est chorégraphiée, arriver en décalé, c’est déjà envoyer un signal. Et celui-ci n’était pas des plus rassurants.

Des « advisers » absents

Mais le détail le plus frappant, totalement invisible à la télévision, se trouvait juste derrière lui, à sa droite.

Là où, d’habitude, une petite armée de conseillers et de techniciens s’installe bien avant l’arrivée du Premier ministre, dossiers en main, réponses prêtes, regards affûtés… il n’y avait presque personne. Deux silhouettes seulement : un fonctionnaire et le Chief of Staff, Rakesh Bhuckory.

D’ordinaire, chaque conseiller détient sa copie, chaque réponse est anticipée, chaque mot est pesé. Hier, ce dispositif semblait avoir disparu. Simple coïncidence ? Ou conséquence directe des critiques récentes sur la liste des conseillers soumise par le Premier ministre après la Private Notice Question (PNQ) de la semaine dernière ? La question mérite d’être posée. En tout cas, la seule présence de Rakesh Bhuckory en dit long.

Nervosité à fleur de peau

Très vite, les signes de tension apparaissent. Dès les questions supplémentaires, le ton monte. Navin Ramgoolam répond parfois avec irritation, parfois avec colère. Souvent à côté. La Speaker doit le rappeler à l’ordre à deux reprises. Un fait rare, mais révélateur.

Face au leader de l’opposition, Joe Lesjongard, qui demande où le gouvernement compte trouver quelque 180 millions de dollars pour l’achat de produits pétroliers sur six mois, le Premier ministre bifurque vers un autre terrain : l’ancien contrat avec Mangalore, accusant le MSM de l’avoir rompu. Faux, rétorque le leader de l’opposition. « The contract with Mangalore was never terminated by the former government. »

Ce qui déclenche une réplique sur un ton presque bagarreur du PM, mais « from a sitting position » : « Tell us how did it stop then, tell us, tell us. » Une scène tendue, presque inconfortable.

Banqueroute

Mais la nervosité ne s’arrête pas à l’opposition. Dans les rangs de la majorité, Khushal Lobine tente une ouverture : revoir les taxes et l’excise duty sur les carburants, comme le font plusieurs pays. Réponse du Premier ministre sèche, catégorique, sans appel : « Other countries have not been bankrupt as we have. The answer is NO. »

Puis vient ce moment presque ironique. À la fin de sa réponse préparée à la PNQ, Navin Ramgoolam appelle à un « strong leadership » pour protéger les plus vulnérables en période de crise. Mais dès la première question supplémentaire du leader de l’opposition, il refuse de rétablir les allocations CSG, pourtant destinées à ces mêmes catégories.

Face à Joe Lesjongard, le PM lâche : « The MSM has bankrupted the country and now you want me to top up? No way. »

« Mo al ponp delwil? »

C’est sur la question du détroit d’Ormuz que la tension atteint son pic. Approvisionnement pétrolier, crise internationale, tourisme en danger, le terrain est sérieux dit Joe Lesjongard, qui demande ce que le gouvernement compte faire… La réponse du Premier ministre, elle, dérape : «What do you want me to do? I don’t control the price of oil… Ki to le, mo al ponp delwil aster?»

Silver Bank : des millions pour quoi ?

Lors de la Prime Minister’s Question Time (PMQT), une autre zone d’ombre émerge. Scoop.mu en a fait état dans son article d’hier : https://www.scoop.mu/actualite/silver-bank-ramgoolam-defend-arvindsingh-gokhool/

À une question d’Ehsan Juman sur Silver Bank, le Premier ministre prend son temps… mais refuse de révéler les honoraires d’Arvindsingh Gokhool, le Conservator de la Silver Bank entre février 2024 et mars 2026.

Selon certaines informations, ils dépasseraient les
Rs 40 millions pour une récupération d’environ Rs 200 millions, chiffres avancés par le Premier ministre lui-même.

De quoi relancer les critiques, notamment celles de Paul Bérenger, qui s’interrogeait déjà : comment justifier de tels montants pour des résultats jugés limités ?

Navin Ramgoolam avait visiblement tous les autres chiffres sauf le montant payé en termes de fees à Arvindsingh Gokhool.

Pendant ce temps… hors micro

Et puis, il y a tout ce que vous n’avez pas vu. À la pause déjeuner, une file informelle de ministres se forme autour du Premier ministre. Aadil Ameer Meea ouvre le bal, suivi d’autres visages familiers. Discussions rapides, regards sérieux.

En toile de fond : la situation interne du MMM ? Possible. C’est en tout cas le sujet que semble aborder le Premier ministre avec Rajesh Bhagwan à la fin de la PMQT. Une discussion qui dure tout le long de la première question adressée au ministre des Infrastructures nationales, avant la pause déjeuner.

Quelques instants plus tard, Dhaneshwar Damry accompagne Ajay Gunness vers le siège du Premier ministre. Le visage de Gunness est crispé. L’échange est bref, mais tendu. Damry intervient, précise, explique.

Gunness, visiblement agacé, semble défendre son bilan. Être questionné, presque recadré devant un Junior Minister ? L’épisode ne passe pas inaperçu.

Au final, entre retard, absence de conseillers, réponses évasives et tension palpable, la PNQ aura laissé plus de questions que de réponses.

Et au milieu de tout cela, une question qui reste suspendue : que s’est-il passé au PMO avant cette séance ?