
Les mines renfrognées ne sont pas passées inaperçues lors de la conférence de presse de lundi 13 avril… tout comme l’enthousiasme de Rajesh Bhagwan, surtout lorsqu’il s’agissait de critiquer Paul Bérenger.
Par Jasvin Sok Appadu
Bande des Quinze : les visages en disent long…
C’est avec des visages crispés que certains membre de la Bande des Quinze ont pris la parole lors de la conférence de ce lundi 13 avril, alors que d’autres ont carrément choisi de refuser de s’exprimer.
À l’instar de la ministre Arianne Navarre-Marie, qui a évité le regard du président du parti, Reza Uteem, lorsque celui-ci lui a demandé si elle souhaitait dire quelques mots. Il a fallu que Deven Nagalingum lui fasse signe pour qu’elle croise enfin son regard… afin de lui signifier son refus catégorique.
Le body language de certains était éloquent : de la culpabilité ? D’avoir poussé celui qui les a emmenés là où ils sont aujourd’hui ? Peut-être… car Deven Nagalingum a également refusé de prendre la parole. À noter que lors de l’assemblée des délégués, samedi dernier, les visages tendus de certains n’étaient pas passés inaperçus…
Regrettent-ils déjà leur choix ?
Le bulldozer qui voit déjà le trône ?
Toutefois, un membre en particulier était déchaîné et n’a pu cacher son contentement du départ de son ancien leader… Il s’agit de nul autre que Rajesh Bhagwan… qui se voit peut-être déjà Deputy Prime Minister, ou même leader du MMM. Le ministre de l’Environnement a voulu intervenir sur presque toutes les questions posées durant la conférence de presse, même lorsqu’elles ne lui étaient pas adressées.
Fait marquant, Rajesh Bhagwan a repris la phrase utilisée par Kishore Beegoo, ancien Chairman d’Air Mauritius : « Met kouto anba lagorz. » Le départ de Paul Bérenger semble lui avoir donné des ailes… lui qui, il n’y a pas si longtemps, affirmait vouloir arrêter la politique pour des raisons de santé.
En tout cas, à chaque prise de parole de Rajesh Bhagwan, une certaine inquiétude se lisait sur le visage des autres membres présents… surtout celui du président Reza Uteem, qui se souvient sans doute encore des foudres des internautes après leur première conférence de presse, au quartier général du MMM, lorsqu’ils avaient annoncé leur allégeance à Navin Ramgoolam.
Bhagwan v/s Uteem pour le leadership ?
La question du leadership du parti sera débattue dans les instances du MMM. En attendant, on évoque une direction collégiale, comme ce fut le cas lorsque Paul Bérenger s’était retiré temporairement pour des soins en France.
Mais cette fois-ci, pas de retour annoncé de Paul Bérenger, donc quelqu’un devra bien être désigné leader.
Dans les coulisses, on parle déjà d’un face-à-face entre le président actuel, Reza Uteem, et nul autre que Rajesh Bhagwan lui-même. Ce dernier, récemment décoré de la République de Maurice par le Premier ministre Navin Ramgoolam, aurait confié à ses proches vouloir terminer sa carrière politique en tant que leader du MMM.
En interne, certains murmurent que cette ambition a toujours été là… quelque part dans un coin de sa tête.
Grâce à Navin Ramgoolam, il peut aujourd’hui se permettre d’y croire… même si les plus avertis rappellent que Ramgoolam est aussi un expert des promesses ‒ surtout en politique…
Pendant ce temps, Ameer Meea est à New York…
Un membre était absent à la conférence de presse : il s’agit de l’auteur de la motion pour un vote du comité central sur le maintien du MMM au gouvernement, le ministre Aadil Ameer Meea, également l’un des quatre Deputy Leaders du MMM.
Renseignement pris, le ministre de l’Industrie ‒ qui affirmait samedi que les militants attendent que les élus mauves travaillent pour le pays, surtout dans un contexte de crise avec la guerre entre les États-Unis et l’Iran ‒ a pris l’avion pour New York… samedi dernier.
Inutile de rappeler dans quelle classe voyagent les ministres… ni combien cela coûte aux contribuables.
Mais l’autre question reste entière : comment le Premier ministre a-t-il pu autoriser ce déplacement ? N’est-ce pas lui-même qui affirmait refuser de voyager en raison de la situation économique difficile, allant jusqu’à priver ses ministres de déplacements ?
Rester au gouvernement, c’est cautionner Navin Ramgoolam…
L’une des raisons ayant poussé Paul Bérenger à sortir du gouvernement, c’est l’incapacité du Premier ministre à prendre des décisions sur les dossiers relevant de sa responsabilité. Bérenger a énuméré plusieurs cas, allant jusqu’à dire qu’il était « fatigué d’en parler à Ramgoolam ».
Il faut souligner que la Bande des Quinze, ainsi que les membres du comité central, ont été unanimes : les critiques de Paul Bérenger étaient justifiées… puisqu’ils partagent eux aussi cet avis.
Le paradoxe est frappant : Paul Bérenger a choisi de le dire publiquement, alors qu’eux ont préféré désavouer leur ancien leader pour cautionner Navin Ramgoolam.
Pour un observateur politique, rester au gouvernement, c’est aussi devenir complice des dérives de ce régime… qui a déjà commencé à perdre de sa popularité, notamment avec des promesses non tenues.