
Des débris avaient été jetés sur le terrain de foot. visiblement pour empêcher les jeunes de s’adonner à leur sport favori.
Par Narain Jasodanand
Le trop rapide développement immobilier destiné aux riches étrangers est en train non seulement de pousser les habitants mauriciens vers des zones trop denses, mais il les repousse aussi avec leurs terrains de loisirs.
On se souvient du parc animalier de Cap Malheureux qui a pris la place d’un terrain de foot pour que les jeunes footeux ne dérangent pas les habitants des villas de Cap Marina d’Evaco. Mais ce n’est pas le seul exemple de cette sorte de guerre pour l’espace.
Un terrain de foot synthétique construit en 2021 au coût d’environ Rs 3 millions laissé à l’abandon pour ensuite être démoli ? Oui, cela se passe à Quatre-Sœurs, petit village du Sud-Est. Contacté, le président du conseil de district de Grand-Port, Rajeev Jangi, parle de l’état de délabrement du terrain de Foot Five. « Le gazon synthétique partait en lambeaux, surtout après les inondations qui avaient envahi l’endroit ; les clôtures pourrissaient et menaçaient de tomber. »
Jangi souligne que pour faire les réparations nécessaires, il lui fallait trouver Rs 2 millions ! Et vu que la caisse est vide, le conseil a choisi de construire un jardin d’enfants à la place. Combien ce jardin va-t-il coûter ? lui avons-nous demandé. « Environ Rs 200 000 à Rs 300 000. » Les Rs 3 millions investies en 2021 sont perdues !
Les explications de Jangi convainquent difficilement, d’autant que les débris et autres vieux matériaux de construction avaient été déversés sur le terrain, visiblement pour empêcher les jeunes de l’utiliser. Ces débris ont ensuite été « cachés » sur la plage, selon Raj Surnam, un habitant du village.
Rajeev Jangi ajoute une autre raison à l’abandon du mini-terrain de foot : les voisins se plaignaient du bruit et des désordres causés par les footballeurs, surtout tard dans la soirée. « Les joueurs y consommaient de l’alcool et même de la drogue. C’est pour cela que l’on a décidé de fermer le terrain de foot. » Cette explication passe mieux.
Pour Raj Surnam, s’il y a des incivilités et autres pratiques illégales de la part des jeunes qui fréquentent le terrain de foot, « pourquoi ne pas faire appel aux autorités concernées, comme la police ? »
Raj Surnam s’est d’ailleurs plaint auprès de plusieurs autorités dont le ministère de l’Environnement, le ministère des Terres et le bureau de l’Ombudsman. Seul ce dernier lui a répondu et dans l’e-mail que Scoop.mu a vu, l’Ombudsman confirme que le terrain de foot a été converti en jardin d’enfants pour cause de bruits et nuisances causés par les joueurs aux voisins. L’e-mail précise cependant que ces derniers se sont plaints informellement.
Pourquoi alors Rajeev Jangi nous a-t-il sorti l’histoire de l’état de délabrement du mini-terrain de foot ? On ne le sait. Raj Surnam nous rappelle qu’un des voisins n’est autre que Rajeev Jangi lui-même. Est-il l’un des auteurs des plaintes informelles et anonymes ? Il est le seul à le savoir.
En tout cas, il semble plutôt facile à Grand-Port de fermer un terrain de foot ayant coûté Rs 3 millions et de jeter les débris sur la plage pour permettre aux voisins de ne plus avoir à entendre les jeunes, issus de familles défavorisées, jouer bruyamment au foot. Les jeunes trouveront sans nul doute un autre loisir. Pas nécessairement bon pour la santé.