Par Doris Félix

Il y a 20 ans on vendait Maurice comme un paradis. Aujourd’hui. on prie pour se réveiller vivant !

Qui ne frémit pas en lisant chaque jour ce qui se passe dans notre petite île ? Le 11 juin 2026, à Midlands, dans le silence d’un chassé… Jonathan Richard Kah Shun Koo Yan Too, 44 ans, gestionnaire. Abattu d’une balle.

Ce matin, Choisy. L’ADSU frappe fort. Un homme de 48 ans arrêté. Vingt barils de 100 litres d’alcool illégal saisis.

L’alcool qui rend fou. La drogue qui rend violent.

Le cocktail qui nous tue à petit feu.

Et pendant ce temps, dans nos maisons…

24 femmes. Depuis 2020. 24 mères, filles, sœurs, victimes de violence domestique.

5 758 cas rapportés en 2024 seulement.

Et au tournant de 2025-2026, deux femmes en 72 heures. Comme si 72 heures suffisaient pour éteindre deux vies.

Souvenez-vous de Gino Bodha, 44 ans. Étranglé. Jeté dans un ravin.

Souvenez-vous des faux policiers à Rose-Hill, Péreybère, Goodlands ! Des armes blanches. Des familles séquestrées en plein jour.

Souvenez-vous de Camp-Thorel ! Des tirs. Des voitures en feu. La SSU.

Souvenez-vous de ce pauvre ouvrier à Roches-Noires ! Volé, séquestré, menacé de mort pour Rs 85 000.

Et ces couples attaqués régulièrement. Violentés, ligotés, volés dans leur bungalow ou villa. Pourtant protégés avec alarmes, portails…

Mais aujourd’hui, les bandits sont équipés. Ils ont des outils, des armes, pas de peur.

On va au lit avec la boule au ventre.

Comment en est-on arrivé là ?

Parce que depuis janvier, on a compté 1 560 affaires de drogue. Rs 1,3 milliard qui a circulé avant d’être saisi. Six morts. Déjà.

Parce que nos enfants de 15, 16, 17 ans vendent maintenant. Seize mineurs arrêtés.

Parce que 70 % des vendeurs qu’on attrape sont des femmes. Des mères désespérées.

Parce que notre île n’a que sept postes de garde-côte et un avion.

Le radar qu’on nous promet arrive en décembre 2026.

Trop tard pour les victimes. Trop tard pour les 24 femmes.

Comment voulez-vous qu’ils arrêtent quoi que ce soit ?

Nos garde-côtes en pantalon d’étoffe, chemise, chaussures en cuir et chaussettes. Mais pas d’équipement. Pas de bateaux rapides. Pas de gilets pare-balles. On les envoie à la guerre… en tenue de bureau.

Face à eux : des trafiquants armés, organisés, avec des millions.

Pendant ce temps, les Seychelles et les Maldives ont des drones, de l’intelligence artificielle, des caméras partout.

Nous on a des communiqués.

Et notre responsabilité à nous ?

La sécurité ce n’est pas que l’affaire du gouvernement.

À l’école, où sont les cours de civisme ? Les valeurs ? Le respect de la vie ?

À la maison, où sont les parents ? L’éducation ? Le dialogue ? On laisse les écrans et la rue éduquer nos enfants.

Dans nos lieux de culte, où sont les chefs religieux ? La parole qui guide, qui empêche un jeune de tomber ?

On ne peut pas tout demander à l’État et ne rien faire chez nous.

La reconstruction commence dans chaque maison, chaque classe, chaque temple, chaque église, chaque mosquée.

Jusqu’à quand ?

Jusqu’à quand dira-t-on « affaire isolée » ?

Jusqu’à quand on va envoyer nos hommes pour nous défendre sans moyens ?

Jusqu’à quand la justice va mettre cinq ans pour boucler un dossier ?

Cent dix-sept affaires côte Ouest. Aucune bouclée.

On demande quoi ? Rien de compliqué.

On demande des drones dans notre ciel.

Des caméras dans nos rues qui fonctionnent 24h/24.

Des bateaux rapides, armés et équipés pour protéger nos côtes.

Des uniformes tactiques, du matériel et du respect pour nos garde-côtes.

Des tribunaux qui jugent vite.

Des emplois pour nos jeunes.

De vrais centres pour nos femmes battues.

L’application réelle du plan contre la drogue 2026-2030.

Jusqu’à présent c’est un échec total. Demandons l’aide à nos pays amis expérimentés. Mettons notre ego de côté, acceptons notre incapacité de gérer ce problème.

C’est tout. Le minimum.

Jonathan avait 44 ans. Il adorait la nature.

Gino avait 44 ans. Il était un grand artiste.

Vingt-quatre femmes avaient encore des choses à faire.

Aujourd’hui on a peur dehors.

Demain on aura peur dedans.

Après-demain, il n’y aura plus personne pour avoir peur.

Autorités, entendez-nous.

Le peuple ne demande pas des promesses.

Le peuple demande de vivre.