Nominés politiques : les échecs continuent
Manifestement, certains nominés politiques ne font pas long feu aux postes de responsabilité que ce gouvernement leur a confiés. Jugez-en vous-mêmes : après Rama Sithanen (ex-gouverneur de la Banque centrale), Kishore Beegoo (ex-président du conseil d’administration d’Air Mauritius) et José Arunasalom (révoqué, réintégré et puis suspendu de ses fonctions de président de la Tourism Authority), c’est au tour de Dev Jokhoo de démissionner de son poste de commissaire des prisons.
Tous ces hommes ont quitté leur fonction moins d’un an après avoir été nommés. Pourtant, ils furent présentés comme des oiseaux rares en matière de gestion d’entreprise ou d’institution publique. Chacun d’eux a laissé des plumes durant son bref passage à la tête de l’entreprise ou de l’institution. Qui est responsable de ces déconvenues dans l’administration publique ?
Au lendemain des élections, le gouvernement du changement a nommé des personnes proches du pouvoir à des postes importants, selon une logique particulière qu’il fallait des hommes de confiance pour diriger les institutions, tout au moins durant une période de transition, où il fallait mettre de l’ordre dans les gabegies laissées par le précédent gouvernement. Certes, ces hommes avaient certaines compétences ou l’expérience requise pour assumer les responsabilités qui leur furent confiées. Mais, très vite, on s’est rendu à l’évidence : ils n’avaient ni la capacité ni la volonté de relever les défis auxquels leur entreprise ou institution était confrontée.
Conflits d’intérêts
Comme gouverneur de la Banque centrale, Rama Sithanen s’est empêtré dans des conflits d’intérêts qui ont miné la réputation de l’institution. Il a refusé tout audit forensique sur les investissements de Rs 56 milliards de la Mauritius Investment Corporation (MIC), une filiale de la BoM, dans des sociétés privées, alors qu’il y avait des soupçons de malversations financières. Il n’a rien fait pour démêler l’écheveau de la faillite financière de la Silver Bank (Rs 7 milliards perdues en prêts toxiques). Les relations industrielles à la BoM sous son règne s’étaient dégradées.
Kishore Beegoo, lui, se voulait le sauveur d’Air Mauritius après dix ans de gestion désastreuse par d’anciens gestionnaires qui avaient accumulé les pertes et les dysfonctionnements opérationnels de la compagnie. Mais il n’avait pas de plan de redressement viable et était en délicatesse avec la société mère, Airport Holdings Ltd. Il s’était prononcé contre tout partenariat stratégique avec une compagnie aérienne étrangère.
Le cas d’Arunasalom est plus compliqué parce qu’il aurait fait certaines choses à la Tourism Authority qui font l’objet d’une enquête. En fait, le ministre du Tourisme ne le tenait pas en odeur de sainteté. Arunasalom a été lui-même ministre du Tourisme dans le passé…  
Mort en prison
Dev Jokhoo (photo) ne laisse pas de bilan positif comme commissaire des prisons. Sous sa gouverne, des prisonniers se sont plaints de brutalités policières et l’un d’eux est même mort en cellule. La Commission des droits humains a dû intervenir pour faire une enquête.
Tous ces cas démontrent que certains nominés politiques n’étaient pas à la hauteur de leur responsabilité. On a beau avoir des diplômes brillants ou de l’expérience prouvée dans un domaine, il faut avoir le sens de l’intérêt public, une vision de l’entreprise, de l’intégrité et une éthique des affaires pour pouvoir gérer une entreprise ou institution publique.
Il est grand temps de revoir le mode de nomination des gestionnaires du secteur public (directeur ou président du conseil d’administration) en vue de recruter des personnes qui feront honneur à leur fonction. La proximité politique ne saurait être le critère déterminant.
Ce gouvernement avait promis dans son manifeste électoral un Appointments Committee pour nommer les meilleurs candidats aux postes de direction des institutions publiques. Plus d’un an après les élections, on attend toujours. Le changement promis devient une désillusion.

Par Prak Nee