Par un banquier

 

Quand un gouverneur de banque centrale refuse une enquête forensique sur un désastre bancaire de 7,5 milliards de roupies, il ne protège pas l’institution. Il protège sa propre responsabilité.

Le 30 mars 2026, la Banque de Maurice (BoM) annonçait la liquidation de Silver Bank Limited. Sept milliards et demi de roupies de dépôts à risque. Des centaines de familles mauriciennes ruinées. Un désastre financier sans précédent.

Le communiqué de la BoM est d’une sobriété remarquable. Pas un mot sur les causes. Pas une ligne sur les responsabilités. Juste l’assurance rituelle que « la BoM maintient les plus hauts standards d’intégrité ».

Ces mots auraient pu rassurer. Ils sonnent aujourd’hui comme une insulte.

Car une question traverse ce dossier depuis deux ans : POURQUOI RAMA SITHANEN ET RAJEEV HASNAH ONT-ILS SYSTÉMATIQUEMENT REFUSÉ TOUTE ENQUÊTE FORENSIQUE SUR SILVER BANK ?

Dans toute l’histoire de la supervision bancaire mauricienne — BCCI, UIB, Delphis, Bramer, Century — jamais un gouverneur n’avait refusé une investigation approfondie d’une faillite majeure. Jamais.

Sithanen et Hasnah ont établi un précédent troublant.

Leur argument ? L’enquête serait « inutile », la situation « claire ».

Vraiment ? Si la situation était si claire, pourquoi refuser l’enquête qui le confirmerait ? Si les actions ont été appropriées, pourquoi craindre l’examen qui le démontrerait ?

Il n’existe qu’une seule raison logique : cette enquête révélerait ce qu’ils veulent cacher.

UN DEAL EN MÉTAL

Première question : QUE SAVAIT LA BoM EN 2021 LORS DE L’APPROBATION DE L’ACQUISITION ?

Silver Bank naît du rachat de BanyanTree Bank par Silver Star SPC. L’acquéreur principal : Ginni Gupta, épouse de Prateek Gupta. Le business plan mentionne explicitement le trading de métaux — exactement le secteur de Gupta.

Une recherche internet de cinq minutes aurait révélé que Gupta contrôle TMT Metals, UIL Singapore, toutes dans le trading de métaux. La BOM a-t-elle fait cette vérification ? A-t-elle vérifié la source des 40 millions de dollars injectés ?

Nous ne savons pas. Parce qu’il n’y a pas eu d’enquête.

Deuxième question : QU’A RÉVÉLÉ L’INSPECTION DE MAI 2022 ?

La BoM inspecte Silver Bank en mai 2022, six mois après le début des opérations. Elle identifie des « déficiences ». Elle impose des restrictions le 23 mai, puis les lève le 9 juin — 17 jours plus tard.

Que disaient les rapports des inspecteurs ? Les déficiences étaient-elles mineures ou catastrophiques ? Sur quelle base la BoM a-t-elle jugé les problèmes résolus en 17 jours ?

Nous ne savons pas. Parce qu’il n’y a pas eu d’enquête.

Troisième question : POURQUOI 18 MOIS POUR FINALISER LE RAPPORT D’INSPECTION ?

Silver Bank reçoit le rapport final de l’inspection de mai 2022… en novembre 2023. Dix-huit mois. Un délai sans précédent.

Pourquoi ? Un rapport non finalisé ne crée pas d’obligations réglementaires formelles. Était-ce le but ? Pendant ces 18 mois, combien de milliards de prêts supplémentaires accordés ? Combien de nouveaux dépôts acceptés ?

Nous ne savons pas. Parce qu’il n’y a pas eu d’enquête.

Quatrième question : COMMENT OPÉRER DEUX ANS SANS ÉTATS FINANCIERS AUDITÉS ?

Silver Bank a fonctionné en 2022 et 2023 sans publier un seul état financier audité. La Banking Act donne à la BoM le pouvoir d’imposer un auditeur. Elle l’a exercé pour enquêter sur une fraude mineure. Mais pas pour les états financiers qui auraient révélé la solvabilité réelle.

Pourquoi cette tolérance de deux ans ?

Nous n’en savons rien. Parce qu’il n’y a pas eu d’enquête.

Cinquième question : POURQUOI LES RELAXATIONS DE 2023 ?

En février 2023, le freezing order londonien contre Gupta (577 millions de dollars de fraude présumée) devient public. La BoM impose des restrictions sévères.

Mais en avril, elle accorde une « dispense exceptionnelle ». Le 20 avril, elle autorise des prêts « locaux » jusqu’à Rs 15 millions. En novembre, elle étend cette limite à Rs 35 millions.

Pourquoi ces relaxations alors que la situation se détériorait ? Qui les a approuvées ?

Nous ne savons pas. Parce qu’il n’y a pas eu d’enquête.

Sixième question : COMMENT LE COVID FUND A-T-IL PLACÉ 3 MILLIARDS ?

Entre avril et septembre 2022, le COVID Fund place trois milliards de roupies à Silver Bank. Des fonds publics. Dans une banque qui venait de subir une inspection révélant des déficiences.

Y a-t-il eu un appel d’offres ? Un processus compétitif ? Une analyse indépendante de risque ?

Nous ne savons pas. Parce qu’il n’y a pas eu d’enquête.

Septième question : QUAND LA BoM A-T-ELLE SU L’INSOLVABILITÉ ?

Les rapports parlent de 99 % de prêts en défaut, d’un trou de près de Rs 6 milliards. Quand exactement la BoM l’a-t-elle su ? Et si elle le savait, pourquoi permettre à la banque de continuer d’accepter des dépôts ?

Nous ne savons pas. Parce qu’il n’y a pas eu d’enquête.

CE QU’UNE ENQUÊTE AURAIT RÉVÉLÉ

Une enquête forensique aurait reconstitué la chronologie exacte de la connaissance de la BoM. Elle aurait examiné chaque rapport d’inspection, chaque prudential return trimestriel, chaque communication entre Silver Bank et ses superviseurs.

Elle aurait interrogé les officiers : Quelles informations aviez-vous ? Quelles recommandations avez-vous faites ? Pourquoi n’ont-elles pas été suivies ?

Elle aurait tracé les chaînes de décision : Qui a approuvé les relaxations ? Qui a toléré l’absence d’états audités ? Qui a accepté le délai de 18 mois ?

Elle aurait établi si la supervision a échoué par incompétence ou par complaisance délibérée.

Mais surtout, elle aurait répondu : COMMENT UNE BANQUE CENTRALE MODERNE PEUT-ELLE OBSERVER PASSIVEMENT L’EFFONDREMENT D’UNE INSTITUTION QU’ELLE SUPERVISE ?

LE PRÉCÉDENT DANGEREUX

Dans chaque faillite précédente, la BoM a agi rapidement. BCCI, UIB, Delphis, Bramer, Century : intervention rapide, solution structurée, protection des déposants.

Le cas Silver Bank est différent. Deux ans entre l’inspection de mai 2022 et le conservatorship de février 2024. Deux ans pendant lesquels des milliards de nouveaux dépôts ont été acceptés.

Pourquoi la BoM n’est-elle pas intervenue plus tôt ?

Nous ne saurons jamais. Parce que Sithanen et Hasnah ont refusé l’enquête.

L’ARITHMÉTIQUE DE LA RESPONSABILITÉ

Sithanen et Hasnah savaient que Silver Bank a opéré sans états audités pendant deux ans, obtenu des relaxations malgré la détérioration, accepté des milliards alors qu’elle était défaillante.

Mais ils ont refusé de faire une enquête forensique.

POURQUOI ?

CE QUE JUSTICE EXIGE

Sept milliards et demi à risque. Des centaines de familles ruinées. Ces victimes méritent la vérité.

Elles méritent de savoir quand la BoM a su, pourquoi aucune action pendant deux ans, qui a approuvé les relaxations, pourquoi la banque a pu accepter des dépôts alors qu’elle était insolvable.

Le nouveau gouvernement se présente comme celui de la transparence. Voici son test : ordonner immédiatement une enquête forensique indépendante, avec experts internationaux, pouvoir de subpoena, accès complet aux documents.

Ou continuer le silence, confirmant que rien n’a changé.

LA QUESTION FINALE

Si Sithanen et Hasnah peuvent espérer que le dossier s’évanouisse, ils se trompent.

Car une question simple traverse ce dossier :

SI VOUS N’AVIEZ RIEN À CACHER, POURQUOI AVEZ-VOUS REFUSÉ L’ENQUÊTE ?

Le refus n’était pas une décision administrative prudente. C’était l’aveu que l’enquête révélerait ce que vous vouliez taire. C’était la confirmation que votre responsabilité ne supporterait pas l’examen forensique.

Vous pouviez refuser l’enquête.

Vous ne pouvez pas effacer les questions auxquelles elle aurait répondu.