
Madame aime bien s’afficher sur les réseaux sociaux alors que Monsieur se montre plus discret.
Par Narain Jasodanand
À une question du journaliste Jean-Claude Antoine (Week-end du 18 octobre), Patrick Assirvaden affirme qu’il révoquera « certainement » le conseil d’administration de la Central Water Authority (CWA) s’il le faut. Tout comme Michaël Sik Yuen l’a fait à la State Trading Corporation (STC). « Mais j’espère que vous n’allez pas révoquer le board et garder le CEO… » lui rétorque le journaliste. Réponse : « Sans commentaires… »
Peu après, le ministre de l’Énergie et des Services publics se montre légèrement plus audacieux et prévient : « Le jour où je ne serai pas satisfait de sa performance professionnelle, je le ferai savoir et des décisions appropriées seront prises. » Il fait référence, mais sans le citer nommément, à Shiam Thannoo, le General Manager (GM) de la CWA. Pour le moment, il est satisfait ?
Le 10 septembre, lors de la conférence de presse du Fron Militan Progresis (FMP), Paul Bérenger a trouvé que Patrick Assirvaden passait trop de temps à se plaindre de la CWA au Parlement alors qu’il en est le ministre de tutelle. « Si General Manager pe fane, si CWA pe fane, azir foutour! E si ena enn rezon kifer pa pe kapav azir, dir kifer. »
Assirvaden hésiterait toujours. Pourquoi ? En attendant, les Mauriciens souffrent de la mauvaise gestion de l’eau.
Il faut savoir qu’avant d’être à la CWA, Shiam Thannoo avait été GM du CEB, en 2013 plus exactement, sous le gouvernement de Navin Ramgoolam, alors que d’autres plus anciens, expérimentés et qualifiés que lui méritaient le poste. À l’instar de Gérard Hébrard.
Les deux font la paire
Mais qu’est-ce qui explique la bonne étoile de Shiam Thannoo ? Pour comprendre, il faudrait peut-être se pencher sur celle de son épouse, Minakshi. Cette dernière avait d’abord été conseillère au Prime Minister’s Office (PMO) en 2006 et 2007 avant de retourner à son poste de Culture Officer au ministère des Arts et de la Culture en 2009. Pour devenir tout de suite après la directrice du National Heritage Fund (NHF).
Grâce à une question de Mahen Jhugroo, le 22 octobre 2013, adressée au ministre de la Culture de l’époque, Mookhesswur Choonee, on a pu prendre connaissance, avec stupéfaction, des abus commis par Minakshi Thannoo à la tête du NHF et de la protection occulte dont elle bénéficiait.
Pourtant, des malversations avaient été signalées par le directeur de l’Audit et cette affaire avait même atterri au bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) qui avait recommandé des actions disciplinaires contre elle. Les allégations concernaient des détournements de l’équivalent de Rs 400 000 en livres sterlings octroyées à Minakshi Thannoo pour des cours en Angleterre qu’elle n’a jamais suivis.
Choonee avait parlé de confusions et référé l’opposition aux explications fournies par Minakshi Thannoo… sur une radio privée. Il avait renvoyé la balle dans le camp du board du NHF qui, avait fait remarquer Françoise Labelle, prenait une décision depuis six mois.
Une douzaine d’affaires…
Françoise Labelle avait demandé, dans le même élan, où en étaient les enquêtes policières et, avec candeur, « which case the Police was instructed to investigate? Is it the case just mentioned by hon. Jhugroo? Is it the case of 3,420 Pound Sterling paid for a course in Delhi which was cancelled prior to the date of departure of the lady? Is it the case of Rs100,000 taken under a project as coordinator and supervisory fees when it was not budgeted? Is it, Mr Speaker, Sir, in regard to Rs35,000 taken to pay informers in Rodrigues but only Rs4,000 was paid? Which case?… There are a dozen of them ».
Rajesh Bhagwan, lui, avait interrogé Choonee plus directement : « Can the hon. Minister confirm to the House and the country that there are attempts to shield that person because of her political connections? Everybody knows in Mauritius, only the hon. Member [doesn’t]. Even the hon. Member is given directives to protect that lady. »
Il n’a pas obtenu la réponse et ne pose plus ce genre de questions embarrassantes depuis que Minakshi Thannoo a été nommée à nouveau directrice du NHF en 2025, et son cher mari, GM de la CWA. Avec les conséquences que l’on sait.
Ces nominations familiales ont été faites, on veut bien le croire, en attendant la mise sur pied d’un Appointment Committee totalement indépendant, comme promis par Navin Ramgoolam.