
L’EDB ne donne pratiquement aucun détail sur les investissements dans sa dernière newsletter.
Par Narain Jasodanand
Les chiffres publiés par l’Economic Development Board (EDB) dans sa newsletter d’août 2026 ont de quoi faire rire. Le premier chiffre, de Rs 523 milliards, représenterait les « projects tracked », le second, Rs 649,7 milliards, le « Total Declared Investment – Aggregate Promoter Declared Value », le troisième chiffre de Rs 138,8 milliards serait le « Total Realised Investment » et le quatrième, Rs 412 milliards, « Remaining Investment Pipeline Per Project-Level Remaining Value ».
Même si ce charabia est difficile à saisir, on croit quand même comprendre que ces énormes chiffres s’étalent sur plusieurs années. Années à venir ou passées ? Combien ? L’EDB ne donne pas ces précisions, pourtant cruciales, qui nous auraient permis de savoir si le pays va bien et si l’EDB est… efficace.
Ce que l’on retient aussi de ce galimatias, c’est que Rs 138,8 milliards d’investissement ont déjà été réalisés. Qu’est-ce à dire ? Les entreprises tournent-elles déjà ? Non ! Ces Rs 138,8 milliards ont juste servi dans la « construction, plant and equipment, operations, and employment », dans les usines et entreprises commerciales « under construction » ; dans les fermes solaires « being engineered » ; d’« Integrated Projects being designed » et d’« hospitals being built ». On dirait de la poésie !
Comme pour les années précédentes, le gros des investissements reçus concerne l’immobilier. Mais l’EDB ne s’en est pas vanté cette année, probablement pour que l’on ne sache pas que, malgré les grandes promesses de Navin Ramgoolam selon lequel le nouveau gouvernement favorisera les secteurs productifs et surtout alimentaires, tel n’est pas le cas.
Innovations de l’EDB
Ainsi, l’EDB, qui agit plus pour les intérêts des promoteurs immobiliers que pour ceux des Mauriciens, a cette année fait une innovation destinée à tromper la population : il a séparé le secteur immobilier en deux pour que le chiffre ne paraisse pas énorme : Real Estate 33 % et Mixed-Use/Smart City 24 %. Ensemble, cela aurait donné 57 % !
Il est d’ailleurs difficile de connaître le pourcentage de chaque secteur (voir illustration) tellement les nuances de couleurs, vertes surtout, sont difficiles à distinguer l’une de l’autre. Est-ce délibéré ?
L’EDB apporte une deuxième innovation dans sa newsletter de ce mois : il ne sépare pas les investissements de l’étranger (Foreign Direct Investment ‒ FDI) de ceux faits par les firmes mauriciennes. Est-ce parce que les FDI ont baissé et qu’il a fallu compenser en y ajoutant les investissements locaux ? Et puis, depuis quand l’EDB s’occupe des investissements locaux ?
Il faut savoir que les investissements mauriciens n’apportent pas de devises étrangères. Même pour les FDI, on se demande combien d’entre eux ont recherché des financements auprès de banques locales. Comme l’avait fait CorexSolar.
L’EDB annonce 28 projets dans le domaine de la santé ! S’agit-il de laboratoires de recherche, d’industries pharmaceutiques promises depuis belle lurette, ou alors de nouvelles cliniques privées dont on dispose déjà beaucoup ? On l’ignore.
Vingt et un projets relatifs à l’éducation sont aussi annoncés par l’EDB, qui ne donne toutefois pas le montant des investissements ni s’ils proviennent de l’étranger.
En tout cas, ces projets n’ont rien à voir avec la production. Une nouvelle clinique ou une nouvelle université ne serviront qu’à concurrencer celles existantes. L’EDB nous promet de faire de Maurice un « regional services hub » de santé et d’éducation. On sait toutefois que les étudiants étrangers viennent pour la grande majorité suivre des cours « légers » pour pouvoir travailler presque à temps plein comme caissiers ou serveurs.
Exportateur de… patients
Quant au hub médical, il suffit de voir le nombre de patients mauriciens qui partent se faire « soigner » à l’étranger pour conclure que le hub de la région, c’est l’Inde, pas Maurice, qui est peut-être le plus gros exportateur de patients de l’océan Indien.
À propos de l’agro-industrie – pas l’agriculture ‒ on apprend du camembert (pie chart) très mal fait de l’EDB que les investissements effectués ne concernent que 5 % des projets. Le chiffre des investissements de même que d’autres précisions ne sont pas indiqués. On se demande bien quelle activité cela peut concerner, vu le manque d’égards manifesté par le gouvernement envers la sécurité alimentaire.
L’EDB parle aussi du secteur de l’énergie pour lequel, se targue-t-il, 44 projets et Rs 23 milliards d’investissement sont « declared » ‒ on ne sait ce que cela veut dire. Ce chiffre inclut-il les projets du CEB ? À noter que nulle part l’EDB ne parle d’investissement privé. Une autre innovation ?
Toujours selon la newsletter, des emplois ont été créés grâce à ces investissements. Pour les Mauriciens ? Dans quels secteurs ? Combien ? Aucun détail.
Toutes les questions que nous avons adressées à l’EDB sont demeurées sans réponse. Sauf une, pour laquelle l’EDB a reconnu que ces investissements dont il se vante couvrent ceux provenant de l’étranger et de Maurice.