Les frères Timol avaient été arrêtés puis relâchés.

Par Narain Jasodanand

L’histoire de la propriété acquise par Shakeel Mohamed en décembre 2024 à Bain-Bœuf remonte à 2001. Mais c’est surtout en 2009 que les Timol avaient, grâce à des subterfuges légaux et à des traitements de faveur, pu attirer des « investisseurs » étrangers pour le « développement » de ce terrain de l’État mais aussi du terrain privé où sera érigé CentrePoint.

Lorsque Shakeel Mohamed posait solennellement la question, le 4 février 2025, de savoir s’il fallait vendre nos terres et les villas aux étrangers, il parlait de 2017, quand l’Economic Development Board (EDB) exprimait ses réserves contre ces ventes.

Ce qu’il n’a pas dit, c’est que c’est en 2006, sous le régime travailliste, que les étrangers ont été autorisés à acquérir des biens fonciers à Maurice, à travers The Business Facilitation (Miscellaneous Provisions) Act de 2006. C’est ce dont se vantait Navin Rangoolam le 14 novembre 2012, en réponse à la Private Notice Question de Paul Bérenger, qui s’intéressait justement au « property scam », l’arnaque immobilière, pour laquelle étaient accusés les frères Zoobair et Osman Timol.

Ramgoolam, alors Premier ministre, défendait ainsi cette loi : « …as a strategic move to develop the economy, Government instituted a scheme to allow a non-citizen who is registered as an investor with the Board of Investment to purchase an immovable property. » Le même Ramgoolam avait reconnu qu’il y avait eu des abus car cette loi contenait des lacunes. Il avait donné une liste de cinq sociétés et projets qui en avaient profité. Parmi ceux-ci, Le Jardin du Cap des Timol à Bain-Bœuf. C’est en raison de ces « arnaques » que la Non-citizens (Property Restriction) Act et la Registration Duty Act ont été amendées le 30 juillet 2009, avait argué Ramgoolam. Une loi mal faite qui aura quand même permis, aux frères Timol notamment, de recevoir illégalement des investissements étrangers.

Sociétés à la pelle                 

Face aux questions de Paul Bérenger, Ramgoolam avait expliqué comment Comaprim Co Ltée, la société promotrice de CentrePoint à Trianon, avait « escroqué » Al Qatami Investments (Mauritius) Limited, une société enregistrée à Maurice et dont l’actionnaire était un Koweïtien. Comaprim, qui avait comme actionnaires les bétonneurs venus de Madagascar, Roupesh et Sanjeev Kumar Hematlal, et aussi Zoubair and Osman Properties Ltd, avait acheté le terrain de Trianon à HV Properties Ltd, dont les actionnaires étaient les mêmes Roupesh et Sanjeev Kumar Hematlal. Ces derniers n’ont pas été inquiétés.

On a appris de la bouche de Ramgoolam que l’enquête policière pour conspiracy to defraud avait débuté le 29 octobre 2010 à l’encontre de Zoubair et Osman Timol. Ceux-ci ne seront toutefois arrêtés que le 9 octobre 2012, après que Paul Bérenger eut dévoilé le scandale lors d’une conférence de presse. Pourquoi ? Ramgoolam a évoqué la complexité de l’affaire…

Pour lancer leurs projets, dont celui du Jardin du Cap, les Timol avaient mis sur pied plusieurs sociétés, Z & O Properties Ltd, the Bay Ltd, ZT Investments Ltd, et Comaprim Co Ltée. Il y aura aussi Bay (Holding) ltd.

Venant au projet de Bain-Bœuf, Ramgoolam avait expliqué que c’est une autre société créée par les Timol, Kensons Hotel, qui avait bénéficié du bail du terrain de plus d’un arpent, bail transféré du Roman Catholic Diocese de Port-Louis. On ne sait si le Diocèse n’a pas voulu renouveler le bail. C’était en 2001. Le ministre des Terres était Mookhesswur Choonee.

En 2004, le ministère des Terres, alors dirigé par Joe Lesjongard, a changé la destination du terrain, de Campement Site à Industrial Lease, en vue d’un projet hôtelier. Tout semble plutôt normal jusqu’ici.

En juillet 2009, sous le gouvernement travailliste, le bail est remodifié, cette fois d’hôtel en Apartment Complex. Les Timol auront également le droit de sous-louer les appartements. Le ministre des Terres était feu Abu Kasenally.

Menaces et protection occulte

C’est Ramgoolam lui-même qui proposa une commission d’enquête. Une des victimes de cette « arnaque », qui avait tiré la sonnette d’alarme sur ce scandale, avait fait l’objet de menaces. Cette personne est décédée, sans avoir pu obtenir justice, en octobre 2012 en Afrique du Sud, « dans d’étranges circonstances », avait souligné Paul Bérenger.

Lorsque Bérenger avait demandé à Navin Ramgoolam pourquoi la police n’avait pas objecté à la demande de remise en liberté de Zoubair Timol pour une autre affaire de chèques en bois, alors qu’il était déjà en liberté conditionnelle pour les affaires CentrePoint et Bain-Bœuf, le PM lui avait répondu « even though they (NdlR, la police) object, they get criticism from the judge or whoever or the Magistrate that this is not a fit and proper case for objection to bail ». Quel argument !

Les Timol devaient Rs 40 millions à la Mauritius Revenue Authority (MRA), étaient accusés d’avoir émis de fausses factures de TVA, n’avait pas encore remboursé les $ 850 000 à l’investisseur koweïtien. Le Prime Minister’s Office (PMO) avait approuvé en quatrième vitesse l’acquisition du terrain où allait être construit CentrePoint.

Paul Bérenger avait accusé Ramgoolam de vouloir faire un cover-up dans cette affaire et d’utiliser la commission d’enquête comme delaying tactics. Celle-ci ne se tiendra jamais et l’enquête de la police et de l’ICAC n’aboutira pas. Jusqu’à ce que le bureau du Directeur des poursuites publiques, Satyajit Boolell à l’époque, ordonne, en 2022, le classement sans suite de ces affaires.