Véronique Leu-Govind en compagnie de son époux lors du dépôt de candidatures, en 2024.

Par Jasvin Sok Appadu

L’affaire continue de prendre une tournure de plus en plus délicate pour l’ancienne junior minister Véronique Leu-Govind. Alors que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, affirmait, vendredi dernier au Parlement, qu’aucune preuve ne la reliait à la présumée tentative d’importation de près de 100 kg de cannabis entre La Réunion et Maurice, la députée sera finalement entendue ce jeudi 6 août par les enquêteurs de l’ADSU de la Western Division, under warning. Une évolution qui soulève de nouvelles interrogations sur la progression de cette enquête.

Depuis le 26 juillet, les autorités réunionnaises avaient pourtant déjà transmis aux autorités mauriciennes les premiers renseignements recueillis à la suite de la spectaculaire saisie de près de 100 kg de cannabis à Bras-Panon. Cinq jours plus tard, soit le 31 juillet, Gulshan Govind, époux de Véronique Leu-Govind, était arrêté pour « conspiracy to import dangerous drugs ».

Lors de la Private Notice Question consacrée à cette affaire, le Premier ministre s’était voulu rassurant. Il avait déclaré qu’à ce stade, aucune preuve ne permettait d’impliquer Véronique Leu-Govind et qu’il n’y avait donc aucune raison qu’elle démissionne. Navin Ramgoolam avait même précisé qu’il n’existait aucune preuve qu’elle aurait pu « tampered with evidence », comme souligné par le leader de l’opposition.

Pourtant, moins de trois jours plus tard, changement de cap.

Une démission qui interroge

Lundi, Véronique Leu-Govind annonçait sa démission de son poste de junior minister. Interrogé sur ce revirement, Navin Ramgoolam a expliqué que cette décision relevait de l’ancienne ministre déléguée elle-même, qui aurait estimé qu’il était préférable de quitter ses fonctions pendant le déroulement de l’enquête. Ce changement de position ne manque toutefois pas de susciter des interrogations.

Pourquoi une démission si aucune preuve ne la mettait alors en cause ? Cette décision relevait-elle uniquement d’un choix politique visant à préserver le gouvernement de toute polémique, ou est-elle intervenue dans un contexte où l’enquête évoluait déjà ?

Une audition reportée

Le Premier ministre avait également révélé devant l’Assemblée nationale que Véronique Leu-Govind s’était présentée aux locaux de l’ADSU de la Western Division dès le samedi suivant l’arrestation de son époux et après la saisie de son véhicule.

Selon Navin Ramgoolam, les enquêteurs lui avaient alors demandé de revenir accompagnée d’un avocat le mercredi 5 août. Mais nouveau rebondissement.

Selon les informations recueillies par Scoop.mu, à son arrivée mercredi aux bureaux de l’ADSU, Véronique Leu-Govind a finalement été informée que son interrogatoire était reporté au jeudi 6 août.

Ainsi l’audition devrait principalement porter sur l’utilisation de son véhicule, déjà saisi par les enquêteurs. Les limiers de l’ADSU cherchent notamment à déterminer dans quelles circonstances cette voiture aurait été utilisée dans le cadre de la présumée conspiration visant à importer du cannabis depuis La Réunion.

Les enquêteurs devront également obtenir des explications concernant la présence de feuilles de cannabis qui auraient été découvertes à l’intérieur du véhicule lors des investigations. Ces éléments constituent désormais l’un des axes majeurs de l’enquête.

Utilisation de la voiture de fonction

Autre développement significatif : selon les informations obtenues par Scoop.mu, le chauffeur de fonction de Véronique Leu-Govind a été entendu mercredi par les enquêteurs de l’ADSU.

Son audition intervient après l’exploitation de nouveaux éléments, notamment des images de vidéosurveillance recueillies dans le cadre de l’enquête.

Les enquêteurs cherchent désormais à établir si le véhicule de fonction de l’ancienne junior minister a pu être utilisé, directement ou indirectement, dans le cadre de cette présumée opération d’importation de cannabis. En d’autres mots, ils veulent retracer les trajets de Véronique Leu-Govind, qui, à l’époque, était encore ministre déléguée et bénéficiait d’une voiture de fonction ainsi que d’un chauffeur, qui agissait aussi comme garde du corps.

Les réponses apportées par le chauffeur pourraient permettre aux enquêteurs de reconstituer avec davantage de précision les déplacements du véhicule ainsi que les personnes qui l’ont utilisé durant les jours précédant l’interception du hors-bord à La Réunion.

Une enquête qui entre dans une nouvelle phase

Après les arrestations de Gulshan Govind et de Kris Chimajee, puis la démission de Véronique Leu-Govind, l’enquête semble désormais entrer dans une nouvelle étape.

L’audition de l’ancienne junior minister devrait permettre aux enquêteurs de confronter les différents témoignages, les images de vidéosurveillance et les éléments matériels déjà recueillis.

Reste désormais à savoir si cette audition apportera des réponses aux nombreuses questions qui entourent encore cette affaire, ou si elle ouvrira au contraire de nouvelles pistes d’investigation dans un dossier qui continue de secouer la scène politique. La question que tout le monde se pose, la députée sera-t-elle arrêtée ou partira-t-elle librement? On en saura plus aujourd’hui, à moins que son interrogatoire soit une nouvelle fois reporté.