Navin Ramgoolam a réaffirmé qu’il n’y aurait pas de cover-up, au Parlement lors de la PNQ, mardi 4 août.

Par Narain Jasodanand

Le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, a déployé ses talents d’interrogateur durant la tranche des questions supplémentaires de la 𝘗𝘳𝘪𝘷𝘢𝘵𝘦 𝘕𝘰𝘵𝘪𝘤𝘦 𝘘𝘶𝘦𝘴𝘵𝘪𝘰𝘯 (PNQ) d’hier consacrée à la découverte de drogue chez la junior minister Véronique Leu-Govind et à l’implication possible de son époux dans une tentative d’importation de 100 kg de zamal de La Réunion. Navin Ramgoolam, lui, a montré ses talents de répondre à côté.

Pourquoi, a demandé Lesjongard, a-t-il fallu attendre que la presse et le public prennent connaissance de la perquisition au domicile de Véronique Leu-Govind pour que le PM demande à cette dernière de démissionner comme 𝘫𝘶𝘯𝘪𝘰𝘳 𝘮𝘪𝘯𝘪𝘴𝘵𝘦𝘳 ? Navin Ramgoolam a répondu qu’il lui fallait des « 𝘦𝘷𝘪𝘥𝘦𝘯𝘤𝘦𝘴 » (preuves). Qu’il a obtenues après ? Non. C’est la perception, a promptement rectifié Ramgoolam, qui a poussé Leu-Govind à démissionner.

Joe Lesjongard de rebondir en demandant si Leu-Govind n’a pas eu tout le temps pour « 𝘵𝘢𝘮𝘱𝘦𝘳 𝘸𝘪𝘵𝘩 𝘵𝘩𝘦 𝘦𝘷𝘪𝘥𝘦𝘯𝘤𝘦 ». Réponse de Ramgoolam : « 𝘛𝘩𝘦𝘳𝘦 𝘪𝘴 𝘯𝘰 𝘦𝘷𝘪𝘥𝘦𝘯𝘤𝘦 𝘵𝘩𝘢𝘵 𝘴𝘩𝘦 𝘩𝘢𝘴 𝘵𝘢𝘮𝘱𝘦𝘳𝘦𝘥 𝘸𝘪𝘵𝘩 𝘵𝘩𝘦 𝘦𝘷𝘪𝘥𝘦𝘯𝘤𝘦 » !

Et le véhicule saisi, a voulu savoir le leader de l’opposition, à qui appartient-il ? Gavin Glover, visiblement inquiet, s’est penché alors sur sa table comme s’il voulait souffler les réponses au PM. Mais il était trop tard. Ramgoolam répond : « 𝘑𝘦 𝘱𝘦𝘯𝘴𝘦 (‘I believe’) 𝘲𝘶𝘦 𝘭𝘦 𝘷𝘦́𝘩𝘪𝘤𝘶𝘭𝘦 𝘦𝘴𝘵 𝘢̀ 𝘭’𝘦𝘹-junior minister. » Il n’est pas sûr, le PM ?

Gulshan Govind a-t-il donné des explications sur les mouvements suspects, capturés par les caméras de Safe City, du véhicule de son épouse avant l’arrestation ?

On assistera alors à d’étranges manèges, volontaires ou involontaires. Gavin Glover, le regard fixé sur le PM, secoue la tête d’une manière désapprobatrice lorsque Ramgoolam explique que « she ‒ voulant dire Véronique Leu-Govind ? ‒  will be asked the question… »

Ces signes ou signaux de la tête de Glover n’échappent pas à la Speaker qui tente alors d’empêcher Ramgoolam de répondre, disant à ce dernier et à Joe Lesjongard que le PM ne peut donner des détails sur l’enquête en cours. Lesjongard fera semblant de ne pas entendre et posera une autre question.

Les Govind aiment beaucoup La Réunion

Pourquoi Véronique Leu-Govind, dont la demeure et le véhicule ont été perquisitionnés, n’a-t-elle pas encore été interrogée formellement par la police ? Ramgoolam : « Elle est allée donner sa version volontairement à l’ADSU, comme je l’ai dit. » Oui, Ramgoolam avait dit que l’ADSU n’avait pas pris sa déposition et lui avait demandé de revenir accompagnée d’un avocat. Curieuse réaction de la police !

On apprendra aussi que Véronique Leu-Govind a bien voyagé à la Réunion deux fois, en compagnie de son époux et une fois seule, selon Ramgoolam. Mais d’après Lesjongard, le couple a effectué cinq visites à l’île sœur en 2025 et deux en 2026 ! Les quatre autres voyages ont été effectués en bateau ? Non, puisque Ramgoolam et Lesjongard sont d’accord que le couple a toujours utilisé le VIP Lounge de Plaisance.

Sauvé des eaux

Grâce à Joe Lesjongard, nous savons maintenant que Gulshan Govind avait été secouru en mer – oui ! ‒ par la National Coast Guard en 2012, quand son embarcation avait eu une panne mécanique. Et qu’il a failli se noyer. Gulshan revenait de… l’île de La Réunion. Mais c’était sûrement un voyage d’agrément car l’ADSU, dirigée à l’époque par le présent commissaire, ne l’avait pas inquiété à ce propos.

Ramgoolam s’est demandé hier comment aurait-il pu être au courant de cet accident puisqu’il n’était même pas simple député. Avant de rectifier… Mais il n’avouera pas qu’il était Premier ministre en 2012, responsable de la force policière.

Le Premier ministre est par contre au courant que le frère de l’ex-junior minister a été arrêté en 2023 à La Réunion pour trafic de drogue.

À une question d’Adrien Duval, Navin Ramgoolam répondra qu’il ne savait pas que Gulshan et Véronique Govind ont été condamnés en 2011 pour recel d’objets volés. Il rappellera à Adrien Duval qu’il était le président du PMSD à l’époque, sans toutefois être en mesure de justifier pourquoi lui-même a accepté que Véronique Leu-Govind soit candidate de l’Alliance du Changement avec un casier judiciaire.

Le Premier ministre est-il au courant que l’ADSU avait prévenu Gulshan Govind d’une fouille à son domicile, ce qui lui avait permis de quitter les lieux lors de la visite des policiers et de n’y retourner que deux heures plus tard ? Non, Ramgoolam ne le savait pas. Ce dont il se souvient en revanche, c’est l’affaire Amsterdam, datant de 1988.

À noter que, parlant de l‘enquête de la Financial Crimes Commission (FCC), Ramgoolam n’a pas fait mention de Véronique Leu-Govind, ni cité ses initiales, ni « l’épouse » de Gulshan Govind, mais de Y.G. (Yogajee Govind) « and family ». Est-ce à dire que la FCC n’enquête pas sur l’ex-junior minister ?

Bien sûr que oui puisque, comme l’a déclaré Ramgoolam hier, il ne donne aucune consigne à la FCC.