Lors de sa dernière conférence de presse, le leader du MMM Paul Bérenger a réitéré sa demande pour que le gouvernement se dote d’un ministre des finances à plein temps surtout en ce moment où de nouveaux défis économiques guettent le pays dans la foulée de la guerre au Moyen Orient. Navin Ramgoolam acceptera-t-il de le faire ?

Cette question est l’un des points de divergence entre le DPM et le PM. On ne sait pas si c’est le point majeur qui pourrait même déterminer la survie de l’alliance du changement. Il y a bien d’autres désaccords tels que celui sur le combat contre la drogue et la corruption, l’état de l’ordre public (law and order), l’avenir d’Air Mauritius, etc. Mais le ministère des finances constituerait la principale pierre d’achoppement, selon moi.

PM bis ?

Ramgoolam cumule les fonctions de premier ministre, ministre de l’Intérieur (responsable de la police et de la défense nationale), ministre des communications extérieures (port et aéroport) et ministre des finances. En outre, il s’occupe des dossiers de diplomatie internationale en se posant comme l’interlocuteur principal des chefs d’Etat étrangers. Ne devrait-il pas au moins céder le portefeuille des finances ? Pour moi, il y a trois raisons pour qu’il le fasse.

Premièrement, cumuler autant de responsabilités est humainement impossible et laisse peu de temps au premier ministre pour s’occuper des priorités économiques du pays. Il doit donc nécessairement déléguer certains pouvoirs à son « junior minister » des finances en qui il semble avoir placé toute sa confiance. On se demande d’ailleurs si Dhaneswar Damry est celui qui prend certaines décisions importantes concernant les finances et même celles en relation aux autres attributions du PM comme le ministère de l’intérieur. Ramgoolam ne peut diriger le pays en binôme avec un trop jeune junior minister qui est de plus à son premier mandat !

Style autocratique

Deuxièmement, occuper autant de fonctions révèle un désir de contrôle absolu sur les leviers du pouvoir qui procède davantage d’un style autocratique que d’un souci d’assurer le bon fonctionnement du gouvernement. C’est une concentration de pouvoirs qui est aux antipodes des normes de bonne gouvernance démocratique.

Le PM semble faire peu de confiance à ses partenaires (dans les rangs desquels il y a des éléments rompus aux concepts économiques) ou même à ses propres députés. S’il ne veut pas un ministre des finances issu du MMM ou de ReA, pourquoi ne nomme-t-il pas un de son propre camp ?

Troisièmement, pour être un bon ministre des finances, mieux vaut être un économiste. Or, Ramgooolam est docteur en … médecine et avocat. Ce qui le place à la merci de ses conseillers économiques qui ont leurs propres agendas et, n’étant pas élus, n’ont aucun compte à rendre à la population.

Si Ramgoolam était économiste, on aurait pu comprendre son désir de garder le poste de ministre des finances. Dans d’autres pays, nous avons même vu un premier ministre de formation économique accorder le portefeuille des finances à quelqu’un d’autre, car trop important. Par exemple, au Canada, le Premier ministre Mark Carney est un distingué économiste qui a été gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre. Mais dès son arrivée au pouvoir en mars 2025, il a confié le portefeuille des finances à une autre personne.

Dans l’histoire de Maurice, jamais un premier ministre n’a occupé le poste de ministre des finances en même temps. Ni SSR ni SAJ – qui l’a certes occupé mais très brièvement- ni Pravind Jugnauth.  Ramgoolam est l’exception à la règle. Du moins à ce jour.

Prak Nee

 

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