
Ajay Gunness utilise un argument ethno-politique pour justifier le projet d’autoroute M4.
Par Prakash Neerohoo
À chaque fois que quelqu’un critique le projet d’autoroute M4 au coût de Rs 10,8 milliards, le ministre des Infrastructures nationales, Ajay Gunness, répond invariablement par l’argument que ce projet est financé par l’Inde. Est-ce parce que la Grande péninsule finance ce projet qu’il est nécessairement bon pour le pays ?
L’Inde est tout simplement un financier (et contracteur) qui a prêté Rs 10 milliards au gouvernement mauricien. Un autre pays aurait pu faire la même chose. Cela n’implique pas que l’Inde a étudié ou a approuvé le projet dans tous ses aspects (financier, environnemental, économique, aménagement du territoire) avant de mettre une ligne de crédit à la disposition de Maurice.
La viabilité économique de tout projet d’infrastructure et son impact sur l’environnement ne sont pas les soucis du financier. Par exemple, l’Inde a financé le projet de Metro Express au cout de Rs 19 milliards sans se soucier de sa rentabilité financière, laquelle est une considération pour le gouvernement local. D’habitude, lorsqu’un pays étranger finance un projet local, il ne questionne pas les motifs du gouvernement emprunteur.
Alors, pourquoi Gunness se sert-il de cet argument pour répondre aux critiques légitimes contre le projet M4 ? Et comme si le ridicule ne tuait pas, il est allé plus loin en qualifiant d’obsession la question de la députée Joanna Bérenger sur l’impact environnemental du projet. Tout projet d’infrastructure d’une telle ampleur exige une étude d’impact environnemental mise à jour. Il n’y a rien d’obsessionnel à cette exigence.
𝗣𝗮𝘀 𝘂𝗻𝗲 𝗽𝗿𝗶𝗼𝗿𝗶𝘁𝗲́
Au-delà de l’aspect environnemental, ce projet n’est pas une priorité en ce moment pour le pays qui est lourdement endetté (90 % du PIB). Le gouvernement ne cesse de dire que la caisse est vide pour les dépenses sociales, y compris pour la pension de vieillesse, mais il se permet d’endetter le pays davantage pour construire une nouvelle route.
Qui va en bénéficier ? Surtout de gros propriétaires qui veulent revaloriser leurs terres tout le long du tracé de la route pour faire de la spéculation foncière et des projets immobiliers.
En se servant de l’Inde comme bouclier, le ministre fait un jeu ethno-politique subtil qui consiste à stigmatiser tous ceux qui critiquent le projet en insinuant qu’ils seraient contre le financier indien. C’est une posture minable. De la petitesse d’esprit !