La crise qui couvait depuis plusieurs semaines semble désormais sur le point d’éclater au grand jour. Entre frustrations accumulées, désaccords sur des nominations et tensions au sommet de l’État, tout porte à croire que Paul Bérenger pourrait bientôt tourner la page de son Deputy Prime Ministership. Et la publication de la liste des décorés de la République ne semble pas avoir calmé les choses.
Lors de sa conférence de presse samedi dernier, le leader du MMM avait déjà laissé entendre qu’il pourrait ne plus occuper les fonctions de Deputy Prime Minister après le 12 mars. Paul Bérenger avait affirmé qu’il aurait alors « beaucoup de choses à dire et à éclaircir », précisant qu’il s’était jusqu’ici retenu par respect pour la discipline gouvernementale, en raison de sa présence au sein de l’exécutif.
Le doute subsistait néanmoins. Le leader des Mauves avait également laissé entendre qu’il espérait ne pas avoir à dévoiler tout ce qu’il sait. Une phrase lourde de sens, laissant comprendre qu’un retour en arrière restait possible si les engagements pris par le Premier ministre Navin Ramgoolam lors de leur dernière rencontre étaient respectés.
Cependant, la situation semblait déjà compromise. Entre les dossiers que Paul Bérenger juge mal gérés et plusieurs promesses qui tardent à se concrétiser, voilà qu’un nouvel épisode est venu envenimer la situation : la liste des décorés de la République.
Le leader du MMM n’aurait en effet pas caché son désaccord avec cette liste, publiée à l’occasion des célébrations de l’indépendance. De plus, nous apprenons qu’il n’aurait même pas été consulté par le Premier ministre concernant surtout un des décorés qui est connu pour ses critiques incessantes contre le leader du MMM.
Selon nos informations, après cet énième différend, Paul Bérenger ne serait plus disposé à faire marche arrière. Comme il l’a annoncé lors de la réunion du Bureau politique lundi dernier, il devrait officialiser sa démission comme Deputy Prime Minister lors de la prochaine réunion de cette instance lundi prochain.
Si tel est le cas, à la reprise parlementaire prévue le 17 mars, le leader du MMM ne siégera plus aux côtés du Premier ministre Navin Ramgoolam sur les bancs du gouvernement, mais à l’arrière, en tant que backbencher.
Le ministère des Finances au cœur des tensions
Un autre point de friction majeur entre les deux hommes concerne le portefeuille des Finances. Lors d’une précédente crise, Paul Bérenger avait proposé au Premier ministre la nomination d’un ministre des Finances à plein temps, estimant que le chef du gouvernement ne pouvait raisonnablement cumuler cette fonction avec ses autres responsabilités.
Navin Ramgoolam avait alors répondu qu’une telle nomination était impossible, le nombre de ministres ayant déjà atteint le maximum autorisé par la Constitution. Tout en promettant que lui Ramgoolam occuperait ce poste « pour le moment » et qu’un nouveau ministre des Finances sera désigné avant la rentrée parlementaire.
Le leader du MMM avait alors décidé d’attendre jusqu’au mois de mars pour tester la sincérité de cet engagement. Mais aucune avancée n’a été constatée sur ce dossier.
Lors de sa dernière conférence de presse, Paul Bérenger a d’ailleurs rappelé l’importance d’avoir un ministre des Finances à plein temps, particulièrement dans un contexte international instable et face à une situation économique locale qu’il juge préoccupante.
Selon nos informations, le Premier ministre ne souhaite pas céder ce portefeuille stratégique, ce qui contribuerait à l’exaspération du leader des Mauves. Devant ses troupes, Paul Bérenger aurait confié être lassé devant une telle situation.
« La bande des cinq »
Le leader du MMM aurait également évoqué au Bureau Politique ce qu’il décrit comme l’influence d’une « mafia » autour du bureau du Premier ministre, en référence à la « bande des cinq ».
Paul Bérenger a affirmé avoir remis au chef du gouvernement le nom de certaines personnes qu’il estime nuisibles à la gestion du pays. Navin Ramgoolam aurait cependant défendu ses proches collaborateurs. Selon le leader des Mauves, une brève accalmie avait été observée, certains membres ayant été temporairement mis à l’écart. Mais la situation serait revenue au statu quo ante par la suite. « Inn bouz fix », aurait-il lancé, ajoutant que, selon lui, « sa santi bien move ».
Comité central et Assemblée des délégués
Une autre question agite désormais les rangs du MMM : les députés du parti suivront-ils Paul Bérenger dans sa décision ? Et les nominés ?
Pour l’instant, plusieurs élus mauves privilégieraient un maintien du parti au gouvernement. Mais la situation pourrait évoluer lors du Comité Central, où la possibilité qu’une motion soit déposée pour réclamer le retrait du MMM du gouvernement n’est pas à écarter.
C’est dans ce contexte que Paul Bérenger a évoqué la possibilité de convoquer une Assemblée spéciale des délégués afin de trancher définitivement la question.
Discussion attendue avec Navin Ramgoolam
Selon nos recoupements, le Premier ministre n’aurait guère apprécié que Paul Bérenger rende publics certains échanges qui ont eu lieu lors de réunions du Conseil des ministres.
Dans son message à la nation à l’occasion de la fête de l’indépendance, le chef du gouvernement a répondu indirectement à ces tensions en affirmant que « ce n’est pas le moment pour la division ».
Le Premier ministre a également insisté sur ce qu’il considère comme les priorités nationales : la sécurité des citoyens, la lutte contre la drogue et la relance économique.
« Nou bizin pa perdi letan avek bann zafer initil », a-t-il déclaré.
Selon nos informations, une discussion entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger devrait avoir lieu dimanche 14 mars, après le départ du président des Seychelles, attendu dans la soirée.
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