
Ramsamy Chinniah récompensé malgré les pertes de Rs 25 milliards de quatre banques.

Gérard Sanspeur, qui demandait des enquêtes, a été viré sans ménagement.
Par Thomas Crook
Vingt-cinq milliards de roupies. Le Premier ministre a révélé ce chiffre au Parlement. Silver Bank, SBM, MauBank, Development Bank of Mauritius. Quatre banques. Dix années de supervision défaillante. Des fonds détournés. Des prêts toxiques. Des créances abandonnées.
Navin Ramgoolam promet une restructuration en profondeur. Un examen du rôle du personnel. Un spécialiste indien pour auditer le passé. Des réformes législatives. L’inaction ne sera plus une option.
Pourtant, les mêmes sont toujours là.
Ramsamy Chinniah. Second Deputy Governor depuis fin 2025. Trente ans à la Banque de Maurice. Director of Supervision pendant la période incriminée. C’est lui qui a chapeauté le département qui n’a pas vu Silver Bank afficher 97,6 % de prêts non performants. C’est lui qui a supervisé pendant que Rs 14,34 milliards disparaissaient chez SBM. C’est sous sa direction que MauBank a accumulé Rs 2,95 milliards de fonds propres négatifs.
Il n’est pas seul. Urvashi Soobarah. Sudha Hurrymun. Les cadres historiques de la supervision. Installées aux manettes pendant la décennie des défaillances. Toujours en poste aujourd’hui.
Mais comment enquête-t-on sur dix années d’échecs quand on confie l’enquête à ceux qui ont présidé à ces échecs ?
Comment restructure-t-on un département défaillant en maintenant ceux qui l’ont rendu défaillant ?
Comment restaure-t-on la crédibilité en promouvant ceux qui ont présidé à sa perte ?
Un expert indien va venir auditer. Les lois seront révisées. Les pratiques seront examinées. Le discours est parfait. Mais tant que les hommes restent, la réforme est cosmétique.
On ne change pas un système en conservant ceux qui l’ont incarné pendant dix ans. On ne brise pas l’inertie institutionnelle en promouvant ses gardiens. On ne refonde pas la supervision en récompensant les superviseurs.
Navin Ramgoolam parle de responsabilité. Soit. Alors qu’il nomme les responsables et explique pourquoi Ramsamy Chinniah, qui a dirigé la supervision pendant ces dix années catastrophiques, occupe aujourd’hui le poste de numéro trois de la Banque centrale après le départ de Gérard Sanspeur ! Qu’il justifie pourquoi les cadres qui n’ont pas détecté Rs 25 milliards de pertes sont toujours aux commandes.
Changer les discours sans changer les hommes n’est pas une réforme. C’est une mise en scène.
La confiance ne reviendra pas par des communiqués de presse. Elle reviendra quand ceux qui ont failli assumeront leurs échecs. Et quand ceux qui les ont couverts ne seront plus là pour couvrir l’enquête sur eux-mêmes.