Par Doris Felix
Il s’appelle Kugan Parapen.
Jeune député. Junior minister.
Lauréat de la bourse du gouvernement. Économiste brillant.
Il venait de Rezistans ek Alternativ.
Le parti de gauche. Le parti du peuple. Le parti de l’espoir.
Celui qui parlait de justice. De dignité. De défendre les faibles.
À nous, la jeunesse, formée dans leur école de pensée, soutenue par des fondations internationales comme la Rosa Luxemburg Stiftung, ils avaient promis un autre monde.
Leur leader, Ashok Subron. Syndicaliste du coaltar.
Le peuple lui faisait confiance.
Grâce à cette confiance, Rezistans ek Alternativ a eu trois investitures.
Aujourd’hui, Subron et Parapen sont assis au ministère de la Sécurité sociale. Ministère idéal pour mieux servir le peuple… Hélas, le coup de massue est arrivé avec violence.
Ce même ministère qui nous annonce des réformes cruelles et inacceptables.
Pendant ce temps, la vie devient impossible.
Les prix montent. Le gouvernement n’arrive pas à gérer.
Le peuple craque.
Le 11 juillet, l’île Maurice est descendue dans la rue. Pour dire NON avec son fameux BZD.
Sous le soleil. Sur le coaltar.
Des grands-pères. Des grand-mères.
Des larmes dans les yeux.
Parce qu’ils ne pourront plus acheter un biscuit pour leurs petits-enfants.
Parce qu’ils devront choisir entre leurs médicaments et leur assiette.
Maintenant, la menace d’une grève générale pèse sur le pays.
Avec toutes les conséquences économiques et catastrophiques que ça implique.
Mais la colère est trop grande. Cela peut arriver, comme à la belle époque où ce peuple savait se battre pour ses droits.
Puis l’interview.
Murvind Beetun pose les vraies questions. Il insiste.
Kugan Parapen finit par admettre l’impensable : ils avaient fait la promesse électorale d’augmenter la pension alors qu’ils savaient déjà qu’ils ne pourraient pas. Mais il fallait gagner les élections. Alors ça a été une guerre de « pions » avec le MSM ! À qui mieux mieux !
Dans la foulée, le lapsus.
Il a voulu citer le dicton. Il l’a dit à l’envers.
Au lieu de la fin justifie les moyens, il a dit le contraire.
Dans ce sens-là.
Coup fatal.
Sans le vouloir, il a dit la vérité.
Que leurs moyens, même le mensonge, justifiaient leur arrivée au pouvoir.
Un gouvernement élu 60-0 sur une promesse qu’il savait impossible.
De quelle légitimité parle-t-on encore ?
Le pire ?
Ce sont des gens qui prônent une politique de gauche.
Qui contrôlent un syndicat qui récupère l’argent des travailleurs pour les défendre !
Des gens qui parlaient encore au nom des syndicats.
Et qui, aujourd’hui, sont dans un gouvernement qui saigne les vieux, la classe moyenne, les plus démunis.
Vous étiez venus du coaltar pour défendre le coaltar.
Aujourd’hui, vous votez contre lui. Vous « tapez sur la table » avec les ennemis du peuple.
Vous étiez l’espoir de la jeunesse.
Vous êtes devenus la déception d’un pays. Et vous oubliez que vous êtes payés par le peuple. Vous êtes nos serviteurs. Vous nous devez respect et fidélité. Nos trois croix étaient pour vous donner un job et de gros salaires.
Le 11 juillet, ce n’était pas une manifestation.
C’était un deuil.
Le deuil de la confiance.
Et la grève générale qui approche, c’est le cri de gens qui n’ont plus rien à perdre.
Machiavel est mort mais il a laissé des héritiers !
Et une population perdue et en désarroi !
Anquetil, Curé, Bissoondoyal et autres, qui ont bâti le monde syndical, doivent pleurer dans leur tombe en voyant ce qui reste de leur combat. Réveillez-vous si vous voulez encore compter sur notre « plume » et nos trois croix ! Sinon vous y laisserez vos plumes !