Par Doris Félix
Il y a eu le constat : 76 % des 18-25 ans veulent quitter Maurice. 44 000 jeunes ni en emploi, ni à l’école, ni en formation.
Il y a eu la question d’Adrien Duval au Parlement, le 27 octobre, pour financer l’emploi-jeune, le Youth Employment Program. Et la réponse du PM : « We cannot afford to subsidise everything in this country. »
Cette phrase fait mal. Parce qu’elle dit tout.
On a déjà une population vieillissante qui est la pire d’Afrique. Fertilité à 1,34 au lieu de 2,1. 257 600 personnes de plus de 60 ans aujourd’hui. La Basic Retirement Pension coûte Rs 55 milliards, 1 roupie sur 4 du budget.
Le plus cruel dans l’histoire : quand un jeune Mauricien de 24 ans prend l’avion pour le Canada, l’Australie ou la France, Maurice a investi 15 ans dans sa scolarité pour qu’un autre pays en profite.
La maternelle, le primaire avec le PSAC, le secondaire avec le NCE et le HSC, l’université avec la bourse de l’État. L’État mauricien paye Rs 1,5 million à Rs 2 millions par enfant en éducation, santé, transport gratuit, livres.
Quinze ans d’impôts de ses parents investis dans un enfant.
Et le jour où il est prêt à produire, à payer à son tour des impôts, à cotiser pour la pension de ses parents, il part. C’est le Canada qui récupère un ingénieur prêt à l’emploi sans avoir dépensé un sou pour le former. C’est l’Australie qui récupère une infirmière formée à l’hôpital public mauricien. C’est la France qui récupère un comptable formé à l’Université de Maurice.
Usine à payer des diplômés pour les autres pays
On est devenu une usine à fabriquer des diplômés pour les autres pays. On paie la fabrication, les autres encaissent le produit.
C’est ça le vrai coût du « we cannot afford to subsidise everything in this country ». On croit économiser Rs 15 000 par mois sur un stage jeune, mais on perd Rs 2 millions d’investissement plus 40 ans d’impôts que ce jeune aurait payés.
Aucune entreprise au monde n’accepterait de payer pour fabriquer un produit et de le donner gratuitement à son concurrent. Mais c’est exactement ce que fait Maurice avec sa jeunesse.
En plus de cette population vieillissante, on nomme les vieux amis au lieu de donner une chance aux jeunes. On donne Rs 100 000 à un retraité pour un conseil d’administration, et on dit à un jeune « il nous faut de l’expérience ».
L’Italie a gardé les postes pour les vieux copains. Résultat : 97 000 jeunes diplômés partis en dix ans, formés avec l’argent public italien, qui paient leurs impôts en Allemagne. Aujourd’hui l’Italie doit importer des travailleurs.
Le Japon, un des plus vieux pays au monde, une personne sur trois a plus de 65 ans. Il ferme 400 écoles par an faute d’enfants. Il met des robots pour s’occuper des vieux parce qu’il n’y a plus de jeunes.
La Corée du Sud, fertilité 0,72, pire que nous. La moitié de ses écoles vont fermer.
Voilà le résultat pour les pays qui ont ignoré leur jeunesse avec une population vieillissante.
Ces pays qui montrent l’exemple
Au Danemark ‒ Flexicurity : l’État paie 50 % du salaire d’un jeune pendant 12 mois. 85 % restent en emploi. Moins cher qu’un jeune au chômage qui part avec ses 15 ans d’éducation payée par l’État.
Suède ‒ Job Guarantee : tout jeune de moins de 25 ans au chômage depuis 90 jours reçoit automatiquement une offre. Ils disent «we cannot afford NOT to subsidise our youth ».
Finlande : même problème de population vieillissante. Ils donnent l’équivalent de Rs 600 000 par an à chaque entreprise qui prend un jeune sans expérience. Chômage jeune à 12 % contre 20 % chez nous.
Au moins, qu’on les mette sous conditions spéciales pour acquérir de l’expérience. Six mois, 12 mois sous contrat d’apprentissage. L’État paie 50 %. L’entreprise ne risque rien. Au bout de six mois, le jeune a son expérience. Le pays récupère enfin ses 15 ans d’investissement.
Parce qu’un pays qui ne donne pas de première chance à ses jeunes, avec une population vieillissante, ne doit pas s’étonner que ses jeunes ne lui donnent pas de deuxième chance.
Un pays qui forme ses jeunes pendant 15 ans pour les offrir aux autres ne s’appauvrit pas seulement. Il s’éteint.