Anil Bachoo a répondu pour Arvin Boolell, qui était en voyage, sans expliquer pourquoi il y a seulement trois inspecteurs au Pesticides Regulatory Office.

Par Doris Félix

Ces deux derniers mois, j’ai accompagné trois malades de cancer en Inde pour leurs traitements. Là-bas, loin de Maurice, j’ai rencontré sept autres Mauriciens venus se faire soigner. Nous étions dix, unis par la même peur.

L’un d’entre nous est rentré en cercueil.

Hier encore, deux de mes amies faisaient leur chimiothérapie. Le nombre de malades sous chimio est effrayant. Les queues interminables. Le stress de l’attente est inhumain.

Je ne vous raconte pas ça pour faire pleurer. Je vous raconte ça parce que je suis rentrée avec une question qui ne me quitte plus : qu’est-ce que nous faisons, ici, à Maurice, pour empêcher que d’autres familles ne vivent ça ?

Hier, mardi 27 octobre, au Parlement, on a enfin parlé de pesticides.

La députée Joanna Bérenger a demandé pourquoi le Pesticides Regulatory Office est passé de cinq à trois employés. Les députés Franco Quirin et Ram Etwareea ont demandé combien d’analyses de résidus dépassaient les limites, de mai à juin 2026, où elles ont été faites, et si les producteurs ont été identifiés.

Le ministre Arvin Boolell étant absent du pays, le ministre Anil Bachoo a répondu à sa place : contrôles accrus, sensibilisation, traçabilité, quatre règlements en préparation depuis 2018, comité interministériel, menaces de retirer les aides et les terres aux planteurs qui ne respectent pas la loi.

Annoncer ne suffit plus

C’est bien d’annoncer. Mais pour les familles que j’ai vues en Inde, et pour mes amies qui attendaient en chimio, annoncer ne suffit plus.

Voilà pourquoi ce n’est plus suffisant :

De janvier à octobre 2025, sur 787 échantillons de fruits et légumes, 21,63 % étaient non conformes. 16,18 % contenaient des pesticides qui n’avaient rien à faire dans ces cultures.

En juin 2026, sur 44 échantillons, 20 contenaient des substances non recommandées.

De mai à juillet 2026, 29,80 % des 151 échantillons testés étaient non recommandés.

Le rapport officiel de mai 2026 le dit noir sur blanc : tomate de Moka à 0,6 mg/kg de tébuconazole, cresson de Bambous à 1,250 mg/kg de difénoconazole, laitue avec sept pesticides différents. Tous marqués « NR – Not Recommended ». Ce sont nos salades de tous les jours.

Et pendant que nous testons 700 kg de légumes par an, nous avons arrêté de tester le sang de nos planteurs.

Fini le suivi médical des planteurs

Avant, on dosait le cholinestérase dans le sang et les urines, le marqueur d’empoisonnement aux pesticides. Aujourd’hui, la loi dit que le Registrar « peut » le demander. Pas « doit ». Résultat : plus de surveillance.

Pour 12 000 planteurs, il reste trois inspecteurs pour tout le pays. C’est ce que le Parlement a appris hier.

Comment rois personnes peuvent-elles surveiller ce que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) vient de confirmer : Maurice est n°1 mondial avec 20,76 kg de pesticides par hectare. Quarante fois plus que l’Inde. Six fois plus que les USA. Ce n’est pas une ONG qui le dit. C’est la FAO.

Le rapport de l’Audit national est brutal : « Presently there is no policy on the use of pesticides. »

Pesticides liés au cancer

Quand j’étais en Inde, à côté de ces malades, je pensais à ces chiffres. Et je me disais : nous subventionnons l’importation du glyphosate, mais nous ne subventionnons pas le compost. Nous savons depuis 2007 que les pesticides sont liés au cancer, et en 2026 nous créons un autre comité pour étudier le même lien.

Je ne suis pas là pour accuser les planteurs. Ils sont les premières victimes. Ils respirent ces produits, ils n’ont plus de suivi médical, ils n’ont que 32 employés du Food and Agricultural Research Extension Institute (FAREI) pour les aider.

Je suis là pour dire : nous ne pouvons plus continuer comme ça.

Pour les trois malades que j’ai accompagnés. Pour les sept que j’ai rencontrés. Pour celui qui est rentré en cercueil. Pour mes deux amies en chimio. Et pour les 200 à 300 nouveaux cas chaque mois annoncés en octobre.

Nous devons exiger maintenant :

  1. La liste publique de tous les importateurs de pesticides et des permis accordés.
  2. Le rétablissement immédiat du test sanguin obligatoire pour tous les travailleurs agricoles.
  3. L’analyse de notre eau potable et de notre air, pas seulement de quelques légumes.
  4. Le transfert des subventions vers l’agroécologie.
  5. Une vraie surveillance qui relie enfin pesticides et maladies.

Hier, au Parlement, on a parlé de sensibilisation. Aujourd’hui, les familles qui attendent en chimio demandent de la protection.

La prévention ne peut plus attendre.