Sur la photo du bas, on peut voir les traces de l’eau à marée haute, ce que Shakeel Mohamed omet de préciser.

Par Narain Jasodanand

Ravin Rao Dajee, le Chief Executive Officer (CEO) de la banque ABSA, est au centre d’une polémique dont il se passerait bien. Il occupe un terrain de l’État de 1 583,65 m² (environ un demi-arpent) situé sur les Pas Géométriques à La Preneuse, Rivière-Noire. Ce terrain a été accordé sous un Campment Site Lease, on ne sait quand, à la Société Melwood, créée le 23 avril 2021. Le prix du bail est inconnu.

Cette société appartient à 1 % à Ravin Dajee et à 99 % à The Eureka Foundation. On ne sait pour l’instant qui est ou sont derrière cette fondation, dont le siège social se trouve à l’adresse Moka, Eureka Road, C/O M. Ravin Rao Dajee.

À la suite de protestations des riverains, Joanna Bérenger a posté, le 28 octobre, un message sur sa page Facebook dans lequel elle se demandait si un permis d’Environment Impact Assessment (EIA) avait été obtenu avant l’érection du mur devant le bungalow de Ravin Dajee. Elle s’interrogeait aussi sur ce que le ministre des Terres, Shakeel Mohamed, avait à dire sur cet « empiètement flagrant » du domaine public par ce mur, qui rend difficile le passage sur la plage à marée haute.

En réponse, Shakeel Mohamed a expliqué, le même jour, qu’il existait un mur auparavant et que lors d’une visite des lieux, ses fonctionnaires ont constaté « la construction d’un nouveau mur vertical ». Shakeel Mohamed ne dit pas la date de cette visite ni si le ministère a émis un ordre de démolition.

Mur perméable !

Le 8 décembre 2025, continue le ministre après ce flou artistique, Ravin Dajee a (volontairement ?) « soumis au ministère une demande pour la démolition de ce mur et la construction, à sa place, d’un mur incliné et perméable ». Le 16 décembre, le ministère des Terres a accordé une « Planning Clearance uniquement pour ces travaux ». Le ministère devait-il le faire ? Shakeel Mohamed ne le dit pas.

Et puis, en septembre 2026, Ravin Dajee a informé le ministère des Terres que le second mur vertical avait été démoli et, ajoute Shakeel Mohamed, « le mur d’origine avait été réhabilité ». On présume que le mur qui a été réhabilité est en fait le nouveau mur incliné et supposément perméable.

Shakeel Mohamed joint deux photos à son communiqué pour démontrer que la première photo publiée par Joanna Bérenger ne montre pas la plage que lui montre dans la deuxième photo, où il indique que la plage est libre et suffisamment dégagée pour les passants.

Or, selon Joanna Bérenger, la photo de Shakeel Mohamed a été prise à marée basse et elle indique même les traces de l’eau de mer qui arrivent à marée haute à presqu’un pied du mur, ce qui rend le passage difficile, voire dangereux.

Pour finir, Shakeel Mohamed renvoie la balle au ministère de l’Environnement concernant le certificat EIA.

Pour un ingénieur, un mur en pierre qui est perméable devient imperméable assez vite après que du sable et d’autres particules s’engouffrent dans les interstices par l’action des vagues.

EIA après cyclone

Selon un avocat, même si un vieux seawall est remplacé par un autre, un certificat EIA est nécessaire. Le Building and Land Use Permit (BLUP) également ne peut être octroyé sans EIA. Pour notre interlocuteur, il faut distinguer l’érection (reinstatement) d’un nouveau mur, qui a besoin d’un permis EIA, d’une réhabilitation d’un mur existant qui ne consiste qu’en des réparations superficielles, comme remplacer des pierres ou briques, et qui n’a pas besoin de ce certificat.

L’avocat se demande si ce n’est pas l’Environnement qui avait conseillé à Ravin Dajee de construire un mur incliné et « perméable ». Joanna Bérenger, quant à elle, nous rappelle que le ministère de l’Environnement a approuvé l’érection d’un mur à Mont-Choisy juste après qu’elle a quitté son poste de junior minister. Et qu’un mur, même s’il est qualifié de perméable, provoquera quand même l’érosion de la côte, comme on peut le voir sur la photo publiée par Shakeel Mohamed.

Le ministère de l’Environnement nous informe qu’il avait « reçu une demande de M. Dajee le 20 août 2024 pour des travaux urgents de réhabilitation d’un mur qui s’était effondré suite au passage du cyclone Belal en janvier 2024 ». Et que « le 5 novembre 2024, une autorisation assortie de conditions conformément à l’Item 35 of the Sixth Schedule of the Environment Act 2024 for urgent rehabilitation works [as approved by the Minister] after adverse weather conditions lui a été accordée ». Soit, quand Kavydass Ramano détenait ce portefeuille.

« Si ce mur incliné et supposément perméable a été autorisé pour quelque raison que ce soit, nous dit Joanna Bérenger, c’est un dangereux précédent et d’autres vont faire pareil. » Et bonjour l’érosion côtière et les passages bloqués !