Depuis le début de l’année, Paul Bérenger occupe l’actualité politique en évoquant un possible départ du gouvernement, en raison des problèmes qui persistent entre le PTr et le MMM.
Après deux tête-à-tête avec Navin Ramgoolam, au cours desquels la proposition de reprendre le portefeuille des Finances a été évoquée, Paul Bérenger a répondu aux questions de la presse le 12 janvier. Il a révélé que Ramgoolam a rejeté sa proposition et il a bien voulu donner quelques détails sur les dissensions existant entre lui et Ramgoolam.
Paul Bérenger justifie sa demande d’occuper le poste de ministre des Finances en arguant que Navin Ramgoolam ne peut cumuler les fonctions de Premier ministre et de ministre des Finances. Tout en dressant une liste d’autres dossiers préoccupants : corruption, Air Mauritius, Law and Order, le Commissaire de Police, la drogue, les prisons et l’EDB.
Plus grave encore, Paul Bérenger a évoqué ce que beaucoup savaient déjà et ce dont on parle de plus en plus ouvertement : l’existence d’un gang qui graviterait autour du PMO, ou dans ses parages, peu importe la formulation, mais le message est clair, ce cercle opérerait autour de Navin Ramgoolam.
Tous ces dossiers relèvent directement du Premier ministre. Il s’agit là d’une attaque frontale contre Navin Ramgoolam.
Ce fut le débat central et la une de presque tous les journaux. Pourtant, une partie de l’opinion publique s’en est prise à Bérenger, lassée de l’entendre menacer de quitter le gouvernement sans jamais passer à l’acte. Or, le fond de son message est ailleurs : selon lui, rien n’a changé, et les méthodes de l’ancien régime sont toujours bien présentes, avec un “Gang” qui fait “bokou ditor” au gouvernement selon ses dires.
Pendant ce temps, Navin Ramgoolam était introuvable depuis le début de l’année. Ni vu ni entendu durant cette crise, il n’a pipé mot face aux critiques de son partenaire. Cependant, le PM a trouvé le temps pour présider la Task Force pour les célébrations de Maha Shivratree et le Cavadee.
Cerise sur le gâteau : lors d’une conférence de presse dans le cadre du Maha Shivratree, il avait à sa gauche le ministre MMM Ajay Gunness, et à sa droite un autre ministre MMM, Rajesh Bhagwan. Alors que normalement, l’un de ces sièges est occupé par Anil Bachoo. Il est vrai que ces deux ministres sont les plus concernés par ces fêtes…
Canard au menu
Le lendemain, le PM s’est rendu à Grand Bassin accompagné d’au moins six ministres pour une site visit, au cours de laquelle il a annoncé le retrait des canards du lac.
Des images montrant les canards en train d’être capturés ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux. Depuis, tout le monde en parle. Résultat : depuis ce matin, c’est le buzz total : les canards ! Le sujet a même fait la une des médias traditionnels.
Pour ajouter aux polémiques, on apprendra ensuite qu’une association socioculturelle avait formulé cette demande lors de la réunion de la Task Force présidée par Navin Ramgoolam. L’argument avancé, selon lequel les canards rendraient l’eau impropre, paraît pour le moins bancal. N’y a-t-il pas d’autres animaux dans le lac ? Où font-ils leurs besoins ? peut-on se demander.
Mais revenons à Ramgoolam. Pourquoi une telle déclaration publique ? Pourquoi les autorités ou l’association socioculturelle concernée n’ont-elles pas traité cette affaire avec plus de discrétion ? La demande aurait pu être faite en privé. Car, qu’on le veuille ou non, cette action était vouée à être interprétée dans tous les sens, ce qui a d’ailleurs été le cas.
Le Premier ministre a-t-il fait une déclaration à ce propos pour satisfaire cette association à des fins politiques ? Et pourquoi accorde-t-il autant d’importance à ces demandes ? Alors que Paul Bérenger dénonce depuis six mois des problèmes « ki pe bouz fixé » la requête de l’association socio-culturelle est satisfaite en moins de 24 heures. On aurait apprécié la même célérité pour réagir aux problèmes soulevés par Bérenger : l’économie, la drogue, la corruption, et surtout la fameuse « bande des cinq.
Cette affaire n’a-t-elle pas, tout simplement, servi de diversion face à ces dossiers brûlants ? À y regarder de plus près, on est tenté de conclure que Navin Ramgoolam maîtrise parfaitement l’art de la diversion.
L’affaire des coffres-forts oubliée aussi
Aussi, pendant que les Mauriciens débattaient des canards, Navin Ramgoolam s’est présenté devant la Financial Crime Division dans l’affaire des coffres-forts. Ses avocats ont informé la cour de leur intention de déposer une motion pour la radiation des charges contre leur client.
Bref, lorsqu’il s’agit de créer des diversions, Ramgoolam n’est certainement pas un canard boiteux.
Ce n’est pas la première fois qu’un événement, une polémique ou encore une arrestation spectaculaire menée par la FCC survient le jour même, ou la veille, de la comparution de Ramgoolam devant la cour dans l’affaire des coffres forts, devenue désormais “Paiement excédentaire”.
Cependant, les Mauriciens ne sont pas dupes. Ce n’est pas Pravind Jugnauth qui dira pas le contraire. Mais il semble que Ramgoolam n’a pas appris la leçon surtout en ce qu’il s’agit de l’utilisation de la chose religieuse.
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