Bien que Nawaz Noourbux ait fait de son mieux pour faire parler le Premier ministre le 16 décembre, celui-ci est resté sur ses gardes. Mais en voulant trop éluder les questions embarrassantes et détourner l’attention, Ramgoolam a fait des révélations inattendues et sensationnelles
Pension : trop d’arguments
Pourquoi le gouvernement de Navin Ramgoolam a-t-il repoussé l’âge d’éligibilité à la pension de vieillesse à 65 ans ? Le Premier ministre (PM) a tenté à plusieurs reprises de faire croire que cette mesure ne frappera pas tous les 60-65 ans. Alors qu’en fait, elle touchera bien tous les 60-65 ans après la période de transition de 5 ans. Tentative d’induire en erreur ?
Rappelant que l’âge de la retraite est passé de 60 à 65 ans (en 2008), Ramgoolam oublie cependant de souligner que c’est bien son gouvernement qui avait en 2008 maintenu l’âge d’éligibilité à la pension à 60 ans. C’est donc lui qui est responsable de cette ‘anomalie’ dont il parle maintenant.
Et pourquoi Ramgoolam n’avait-il pas annoncé cette mesure avant les élections ? Sa réponse : il ne savait pas l’ampleur de la dette laissée par le MSM. Toutefois, il reconnaitra que le FMI et la Banque Mondiale avaient dès 2015 averti que notre système de pension n’était plus soutenable.
Le PM a oublié qu’il avait promis une augmentation de la pension à Rs 21 500, cela, en pleine surenchère avec le MSM juste avant les législatives de 2024.
Enfin, pour expliquer pour quelle raison il est contre le ciblage du paiement de la pension, Ramgoolam évoque le … transport gratuit pour tous les étudiants !
Dette héritée mais qui grossit
Si Ramgoolam blâme le MSM pour avoir augmenté la dette publique, il reconnait que son gouvernement l’a encore augmenté depuis novembre 2024. Justification : il fallait continuer à payer certaines allocations. Alors qu’il en a supprimées plusieurs ! Mathématiquement, cela ne fait pas de sens. La deuxième justification ? Il faut payer les intérêts sur les dettes existantes. Emprunter pour rembourser les intérêts ? Une « fausseté », pour reprendre l’expression favorite du même Ramgoolam qui se garde de parler des projets infrastructurels parfois inutiles que son gouvernement finance.
A propos des Rs 21 milliards de nouveaux emprunts contractés de l’Inde en septembre 2025, Ramgoolam souligne que $ 25 m (Rs 1 milliard) seront en forme de Grant. Et alors que le document circulé à ce propos parle de « grant of USD 25 million in the current Financial Year as budgetary support », Ramgoolam affirme que ce Grant se répètera sur plusieurs années. S’est-il trompé ou nous a-t-on trompés ?
Le mystère des Chagos
Le PM rappelle avec fierté que notre Zone Economique Exclusive a considérablement augmenté après le deal Chagos avec les Britanniques. Mais il ‘oublie’ de dire que le nouveau Chagos Marine Protected Area ne pourra pas être exploité.
Il évoque avec la même fierté la poursuite engagée par son gouvernement en 2011 contre les Anglais concernant le Marine Protected Area. Tout en omettant de dire que son gouvernement de 2005-2014 n’a jamais songé à demander l’avis consultatif de la Cour Internationale de Justice sur la souveraineté des Chagos jusqu’à ce qu’Anerood Jugnauth le fasse avec succès en 2017. Nous dira-t-il un jour pourquoi ou devrons-nous le faire à sa place ?
Betamax et l’International Arbitration Act
Le PM reproche au précédent régime d’avoir résilié le contrat avec Betamax et aussi d’avoir inutilement fait appel de la décision de la cour arbitrale du Singapour qui avait donné gain de cause à Betamax. « La Cour Suprême n’aurait pas dû se mêler de cette affaire » a-t-il martelé. Encore une fois, Ramgoolam omet de dire que c’est son gouvernement qui avait en 2008 – juste avant le deal Betamax- fait voter l’International Arbitration Act pour permettre qu’une décision d’un tribunal arbitral, même étranger, ait le dernier le dernier mot sur un litige arbitral.
A savoir que le gouvernement travailliste avait aussi introduit la Regulation 2009 au Public Procurement Act pour permettre à la STC de ne pas passer par un appel d’offres pour les contrats de transport de carburant et ainsi d’allouer le contrat à Betamax. Et c’est le même Ramgoolam qui parle de contrat propre !
NCA : un Anglais payé des fonds chagossiens
Même si Paul Bérenger a fait savoir qu’il en a marre d’étrangers et surtout d’Anglais nommés à la tête de nos institutions et qu’il ne voudrait pas d’un Britannique aux commandes de la National Crimes Agency, Ramgoolam a annoncé que non seulement ce sera le cas mais qu’il l’a déjà choisi. On croit comprendre aussi que le Britannique sera payé à partir de l’aide que le Royaume-Uni accordera à Maurice dans le cadre de l’accord sur les Chagos.
Ce fonds servira aussi à payer les enquêteurs de Scotland Yard pour les Cold Cases comme Kistnen et Dantier. Toujours au sujet d’experts étrangers, Ramgoolam annonce qu’il a fait également appel à un Singapourien pour revoir la fonction publique. Cela, parce que le cadeau offert à Emmanuel Macron a été payé en retard !
Nominations : vingt-sept ans après
Ramgoolam l’a dit enfin : c’est le Britannique David Shattock qui lui avait recommandé Rampersad Sooroojebally comme Commissaire de police en … 1998. Le PM reconnaissait par la même occasion que Sooroojebally était à la retraite entre 2014 et 2024 avant qu’il ne devienne CP, vingt-sept ans après la recommandation de Shattock ! Bien sûr, ce n’est ni par amitié ni en raison du témoignage de Sooroojebally et de Dev Jokhoo dans l’affaire Roches-Noires que ces derniers ont été choisis par lui !
Une autre annonce qui enchantera Paul Bérenger : Ramgoolam nommera un commissaire des prisons étranger, s’il le faut, pour remplacer Dev Jokhoo qui n’a pas été à la hauteur après les deux incidents de Melrose de cette année. Pourquoi un autre étranger ? « Personne à Maurice ne veut occuper ce poste. » Vraiment ?
Même pour le poste ultrasensible de National Security Advisor et qui requiert un niveau élevé de patriotisme, Ramgoolam perpétue une tradition des Jugnauth en choisissant ou plutôt en se laissant imposer un Indien, Rahul Rasgotra, dont il a dit tout le bien qu’il pense.
Et l’Appointments Committee ? Ramgoolam a vaguement évoqué le problème de la faible composition de l’Opposition, qui devrait participer aux nominations. Attend-t-il que le MMM aille grossir les rangs de l’opposition pour nommer ce comité ? En attendant, Navin Ramgoolam a déjà choisi tout seul celui qui occupera l’un des postes les plus importants, celui du directeur de la future NCA.
Pli tard !
Pour la plus qu’essentielle Fiscal Responsibility Act promise par Ramgoolam lui-même et qui était destinée à contrecarrer les mesures populistes, eh bien, Ramgoolam ne veut même pas en entendre parler : « pli tard » a-t-il répondu péremptoirement à Nawaz Noorbux.
Wakashio, bateau de narcotrafic
Une révélation de taille de Ramgoolam : le Wakashio transportait de la drogue. Cela, alors que le rapport d’enquête n’en a fait aucune mention. Le PM a sans doute raison et les enquêteurs ont dû se laisser berner par l’histoire du capitaine du Wakashio Sunil Kumar Nandeshwar qui aura préféré passer pour un ivrogne qu’un trafiquant de drogue. Cependant, pressé de questions, le PM relativisera en déclarant que plusieurs personnes le croient. Tout en ajoutant qu’il y a une enquête – difficile- en cours.
Inflation d’ignorance
Navin Ramgoolam nous a donné un ultime exemple de sa méconnaissance de la vie du citoyen lambda. Parlant de la baisse des prix à la suite du versement de subsides de Rs 2 milliards, il cite l’exemple de légumes frigorifiés, de beurre et … du pain dont le prix a, selon lui, baissé à Rs 5.40 pour la baguette et à Rs 2.60 pour le pain maison ! Alors qu’ils sont déjà vendus à ces prix-là depuis 2012. Si Ramgoolam n’a jamais acheté du pain depuis 2012, ces conseillers le font-ils ?
