Lilram Deal, patron suspendu de la Counter Terrorism Unit (CTU), a été libéré aujourd’hui 15 décembre après avoir pu réunir les Rs 2 m requises pour ses deux cautions. Il a passé deux jours en détention « pour rien » dit un de ses proches qui ne comprend pas pourquoi la cour a réclamé ces cautions alors que la police n’avait pas objecté à sa remise en liberté. C’est en tout cas surprenant pour quelqu’un qui s’est déclaré prêt à collaborer avec la police.
Pour rappel, le 12 décembre, Me Roshi Bhadain, avocat de Lilram Deal, affirmait que son client avait obtenu l’assurance qu’il ne sera pas poursuivi sous l’Official Secrets Act (OSA). La police voulait inculper ce dernier sous l’article 3 (2)(f) (ii) de l’OSA qui stipule que quiconque « retains the code word, plan, article, document or information in his possession or under his control” et (iii) “fails to comply with any directions issued by lawful authority with regard to the return or disposal of the code word, plan, article, document or information … shall commit an offence. »
En fait, apprend-t-on, Deal ne pouvait pas remettre à la police ces codes d’accès au système d’écoutes téléphoniques PertSol pour la bonne est simple raison qu’il n’y en avait pas. De toute façon, il courait le risque d’être poursuivi sous un autre article de la même OSA, le 3(1) (c), qui prévoit que « Any person who, for any purpose or in any manner likely to prejudice the safety or interests of Mauritius … obtains, receives, collects, retains, records, makes use of, publishes or communicates any code word, plan, article, document or information which is calculated or intended to be or might be, directly or indirectly, of use to a foreign state of disaffected person, shall commit an offence. »
Il semble donc que son avocat Roshi Bhadain ait pu démontrer que son client ne doit pas être inclupé. Personne n’a parlé d’immunité. Contacté, Me Roshi Bhadain ne veut pas nous en dire plus.
Une enquête après 10 mois ?
Mais pourquoi la police tient-elle à accéder au système PertSol si, comme l’avait affirmé Navin Ramgoolam au parlement le 4 février 2025, « all equipment have been catalogued, shut down and disconnected » ?
La police essaie-t-elle d’utiliser le système PertSol ? Si oui, est-ce pour surveiller les trafiquants de drogue et les terroristes ou pour espionner les opposants politiques ?
Officiellement, le gouvernement veut situer les responsabilités dans l’affaire d’écoutes de masse. D’ailleurs, Navin Ramgoolam affirmait le 4 février que « it was an urgent priority to investigate the nature and extent of surveillance, to investigate the techniques and activities employed by the previous regime to spy on its own citizens, and to take swift action to render them inoperable. » Veut-il connaitre l’identité de celui qui a ordonné ces écoutes ? Cela en a tout l’air.
Ramgoolam ajoutait le 4 février que « to be absolutely sure that this was being done, I invited international experts – real experts – to carry out a thorough investigation together with senior members of the Police Force and the Commissioner of Police. »
Or, premièrement, ce n’est que le 12 novembre 2025 que la Police Act a été amendée pour permettre aux experts étrangers d’aider la police mauricienne dans des enquêtes complexes.
Deuxièmement, dix mois se sont écoulés depuis que Ramgoolam affirmait que le système d’écoutes avait été « shut down ».
Pourquoi donc la police – y compris des experts étrangers -s’intéressent-ils à PertSol maintenant ?
Rapport sans enregistrements ?
Ramgoolam déclarait également que les experts avaient déjà soumis un rapport préliminaire faisant étant d’écoutes massives, enregistrées et utilisables à souhait. Malgré cette découverte, soulignera le PM, « when international experts who, as I said, were accompanied by the Mauritius Police Force, sought to establish what information has been gathered, they found that the stations had been wiped clean. » Quèsaco ?
Si l’on comprend le PM donc, les experts étrangers ont pu découvrir qu’il y avait eu écoutes illégales de la population mais n’ont pu en connaitre le contenu car il a été effacé à la veille des élections de novembre 2024 !
Quoiqu’il en soit, si l’on suit toujours le raisonnement du PM, la deuxième interpellation de Lilram Deal servirait à accéder aux conversations enregistrées. Cachent-ils d’autres conversations embarrassantes ?
Missier Moustass pas inquiété
Ce qui est certain c’est que la police ne recherche pas l’aide de Lilram Deal pour découvrir l’identité du lanceur d’alerte Missier Moustass, comme le supposent certains. D’ailleurs, Roshi Bhadain ne comprend pas pourquoi l’on parle de Missier Moustass. Et puis, pourquoi le gouvernement chercherait-il à démasquer celui qui lui a rendu service en étalant les complots ourdis par l’ancien gouvernement ?
D’après notre enquête, il faut distinguer les écoutes téléphoniques faites probablement par la police ou une cellule spéciale sous le MSM de la fuite de morceaux choisis qui aurait été l’œuvre d’une ou de plusieurs autres personnes, gagnées à la cause de l’Alliance du Changement.
Et puis, selon Pravin Jugnauth, Ramgoolam connait l’identité de Missier Moutass qu’il avait rencontré à la veille de la sortie de ces audios.
Roshi Bhadain a déclaré qu’il fera une demande bientôt pour que l’accusation provisoire pesant sur son client soit rayée car ce dernier compte coopérer avec les enquêteurs.
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