Arrêté pour trafic d’influence allégué dans l’affaire Ravatomanga, Nasser Bheeky chercherait-il à brouiller les pistes pour s’en sortir ?


Lors de sa comparution en Cour, l’ancien Senior Advisor de Shakeel Mohamed et membre de l’équipe de sécurité du Premier ministre, a surpris tout le monde en accusant le directeur de la FCC, Sanjay Dawoodarry, d’être lui aussi impliqué dans ce dossier. Selon l’ancien pompier, une somme de Rs 350 millions a été proposé pour faire stopper l’enquête sur Mamy Ravatomanga.

Mais très vite, les contradictions s’accumulent. Bheeky affirme avoir voulu faire des « dénonciations » au bureau du Premier ministre (PMO) le mercredi 22 Octobre. Ses avocats, Me Ashley Hurrungee et Me Samad Goolamally, avaient promis des révélations politiques majeures, mais au final, leur client n’a produit aucun élément concret en cour, se réfugiant derrière le prétexte que l’enquête est menée par la FCC elle-même. Toutefois, il a réaffirmé sous serment que Sanjay Dawoodarry est aussi impliqué dans un trafic d’influence.

Le téléphone effacé à l’aéroport

Un détail troublant a été révélé lors du contre-interrogatoire mené par Me Harivansh Jeeha, avocat de la FCC.
Le rapport forensique de la FCC démontre que Nasser Bheeky a téléchargé une application pour effacer toutes les données de son téléphone, alors qu’il se trouvait à l’aéroport et s’apprêtait à quitter le pays.

Confronté à cette révélation, Bheeky a évoqué un simple bug l’ayant conduit à « reset » son téléphone. Mais pour la FCC, cette explication ne tient pas : elle estime que Bheeky a délibérément supprimé des preuves pour effacer toute trace de ses communications et de son implication dans cette affaire.

Autre information révélée par la FCC en cour, c’est le gendre de Nasser Bheeky qui voulait lui remettre une cellulaire alors qu’il était admis a la clinique. Pourquoi ? A cette question Nasser Bheeky devait répondre qu’il n’est au courant de rien.

Le bluff d’un homme acculé ?

L’avocat de la FCC, Me Jeeha, a été catégorique : Bheeky ne détient aucune preuve contre le directeur de la FCC.
Ses accusations, selon lui, visent simplement à discréditer la commission et à détourner l’attention, notamment pour protéger l’ancien commissaire Junaid Fakim, arrêté dans cette même affaire.

Le ton est même monté entre les deux hommes en Cour, au point qu’il a fallu l’intervention de la magistrate pour calmer les esprits. Mais au-delà des échanges tendus, une question centrale se pose : pourquoi Bheeky, qui a lui-même organisé la rencontre entre Junaid Fakim et Mamy Ravatomanga le 14 octobre, tente-t-il aujourd’hui de se présenter comme un dénonciateur ?

Cette rencontre, arrangée dans le but de « trouver une solution », constitue en soi un délit de trafic d’influence. Ce n’est qu’après avoir appris que la FCC enquêtait sur cette réunion que Bheeky a tenté de se dédouaner, en allant rapporter l’affaire au PMO. C’est la thèse avancée par l’avocat de la FCC. Ce dernier a précisé que la FCC détient suffisamment de preuves contre Bheeky. Entre le 14 octobre, soit le jour de la rencontre et le jour de son arrestation, le 24 octobre, 10 jours se sont écoulés. Pourquoi Bheeky n’est pas allé dénoncer le ‘complot’ à la FCC ou à la police ? Question pertinente de l’avocat de la FCC qui toutefois est restée sans explications. 

D’autre part la FCC, àa travers ses représentants légaux, a précisé qu’à aucun moment la FCC n’a fait mention d’argent dans cette affaire.

Et au passage, une autre question mérite d’être posée : est-ce lui-même qui aurait négocié les Rs 350 millions qu’il a évoquées avec Christian Thomas, le bras droit de Ravatomanga ?

Un réseau d’intérêts croisés

Selon la FCC, Nasser Bheeky entretenait déjà des contacts directs avec plusieurs suspects, dont Junaid Fakim et Christian Thomas, arrêté le 24 octobre.
D’ailleurs, que faisait Bheeky chez Thomas le jour de l’arrestation de ce dernier ?

L’homme se présente comme un lanceur d’alerte, mais les faits montrent qu’il était au centre du dispositif : proche de Christian Thomas et de Junaid Fakim, il serait celui qui a mis Ravatomanga en communications avec Fakim.

Un scénario qui se retourne contre lui

Tout indique que Nasser Bheeky tente aujourd’hui de bluffer pour sauver sa peau. D’ailleurs c’est ce qu’a laissé entendre le Premier ministre Navin Ramgoolam répondant a la PNQ du Leader de l’Opposition mardi dernier sur cette saga.

En fait, Nasser Bheeky s’est d’abord positionné comme intermédiaire, puis comme victime, et enfin comme whistleblower autoproclamé dès que l’enquête s’est resserrée autour de lui.

Entre les données effacées, les accusations sans preuve, et la réunion qu’il a lui-même organisée, difficile de ne pas voir dans sa stratégie une manœuvre de diversion.

Dans cette affaire où se mêlent argent, influence et connexions politiques, une chose est sûre : Nasser Bheeky est loin d’être un simple figurant. Reste maintenant à savoir s’il compte prouver qu’il ne bluffe pas en révélant les preuves qu’il dit détenir contre Sanjay Dawoodharry et la FCC.  A une question de Scoop.mu lors de sa comparution en cour de Port Louis, il a promis qu’il parlera une fois qu’il sera en “dehors”. Le ruling de la magistrate sur la motion de sa remise en liberté sera rendu le 14 novembre à 13hr.

 

 

 

Virus-free.www.avast.com