
Les protagonistes de l’histoire : l’ASP Dussoye, Me Rouben Mooroongapillay, Me Natasha Behary Paray et Deepshikha Gowreesunker.
Par Narain Jasodanand
On pensait que l’affaire Menlo Park était rangée dans un tiroir. Cela, après plusieurs révélations qui démontraient, entre autres, que Rama Sithanen avait comploté avec Ashvin Deena, de la Mauritius Commercial Bank Ltd (MCB), et probablement avec l’assistant surintendant de police(ASP) Balmick Dussoye, pour faire licencier et arrêter Deepshikha Gowreesunker, Relationship Executive à la MCB.
Eh non ! Le 15 avril, vers 11 heures, le même ASP Balmick Dussoye convoquait Deepshikha Gowreesunker à l’Anti-Money Laundering and Countering the Financing of Terrorism (AML-CFT) Unit du CCID. Après un long interrogatoire non enregistré, elle est informée, à 17 heures, qu’elle est en état d’arrestation. Pourtant, trente minutes plus tôt, d’autres policiers lui avaient assuré qu’elle pourrait rentrer chez elle.
Balmick Dussoye tenait absolument à l’arrêter, avant même qu’elle n’ait pu faire sa déclaration. Il a d’ailleurs refusé de la recueillir. Et après 6 heures d’interrogatoire informel, il ne voulait pas non plus que l’ex-employée de la MCB rentre chez elle.
Maybe yes maybe no
Lorsque ses avocats, Mes Natasha Behary Paray et Rouben Mooroongapillay, ont demandé à Dussoye si leur cliente était en état d’arrestation, il a répondu : « Maybe. » Une innovation légale de l’ASP !
Quand les avocats ont informé le policier que dans ces circonstances d’incertitude où il n’y avait ni interrogatoire ni arrestation, ils allaient rentrer avec leur cliente, Dussoye s’est énervé : « Pran li ale, ou a va gete! » C’est une menace ? lui ont alors demandé les avocats. Réponse toujours aussi ambiguë : « Mo pa pe menase, me pran li ale ou gete… » Balmick Dussoye permettait aux avocats de partir mais en laissant Deepshikha Gowreesunker seule aux mains de la police.
Les avocats ne savaient plus quoi faire. S’ils quittaient le bureau de Dussoye avec leur cliente, il y avait risque d’arrestation non seulement de cette dernière, mais aussi d’eux ! Et Dussoye ne semblait pas plaisanter.
C’était une situation inédite. Pour quelles raisons et sous quelle loi les policiers retenaient-ils Deepshikha Gowreesunker sans avoir pris sa version et sans l’informer qu’elle était en état d’arrestation ?
Et là, l’ASP Balmick Dussoye a, une fois de plus, innové. Il a évoqué des « doutes raisonnables » pour justifier l’arrestation de la jeune femme. Mais sur quoi se fonde-t-il ? Interrogé, Dussoye a affirmé détenir des preuves selon lesquelles Deepshikha Gowreesunker aurait bénéficié de fonds issus d’une fraude au préjudice de la Mauritius Investment Corporation (MIC). Pourtant, il n’a pas voulu vérifier les relevés bancaires de l’intéressée ni les autres éléments de preuve qu’elle détenait. Il n’a même pas avancé de montant quant aux sommes qui auraient été versées sur le compte de cette ancienne employée de la MCB.
Arrestation préméditée
Finalement, vers 19 heures, Deepshikha Gowreesunker est autorisée à rentrer chez elle. Mais, autre fait inouï, les hommes de l’ASP l’informent qu’elle sera arrêtée le lendemain. Pourquoi ? « L’ordre vient de Balmick Dussoye », lui répond-on. Ils précisent qu’elle sera, au préalable, présentée devant un magistrat. Une décision qui intervient alors même qu’elle devait comparaître le lendemain, jeudi, devant le tribunal de Pamplemousses, où sa demande de radiation d’une charge précédemment logée contre elle par le même Dussoye devait être examinée.
Le lendemain matin, au tribunal de Pamplemousses, Balmick Dussoye, celui qui menaçait et faisait tout pour arrêter Deepshikha Gowreesunker la veille, ne s’est pas présenté, étant souffrant …
L’ancienne employée de la MCB s’est rendue à nouveau le lendemain, vendredi, à l’AML-AFT Unit du CCID et n’a pas été arrêtée. Elle n’a pas non plus su ce que Balmick Dussoye lui reprochait exactement ni les éléments de preuve dont dispose la police à son encontre.
Hier matin également, vendredi 17 avril, Deepshikha Gowreesunker a saisi la Cour suprême pour demander que Balmick Dussoye soit dessaisi de cette affaire. L’ASP s’est conduit non comme un policier mais comme une partie intéressée.