Navin Ramgoolam est parti au Congo pour rencontrer son ami Denis Sassou Nguesso, tandis que son Junior Minister Damry a été envoyé à Washington pour les Spring Meetings du FMI.

Par Jasvin Sok Appadu

Voyage, voyage : Congo, Washington, New York…

Pendant que la facture de carburant faisait grimacer plus d’un à Maurice, le chef du gouvernement, Navin Ramgoolam, avait déjà bouclé ses valises pour le Congo.

Motif officiel : assister à l’investiture de Denis Sassou Nguesso. Motif officieux ? Un « service rendu ». Lequel ? La libération de deux Mauriciens. Un geste louable… mais qui aura tout de même mérité un déplacement en grande pompe, épouse incluse.

Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres, se tenaient les très stratégiques 2026 Spring Meetings du Fonds monétaire international à Washington. Un rendez-vous crucial pour une économie sous pression… que le Premier ministre a choisi de manquer. À la place, il a dépêché son « poulain », le Junior Minister Dhaneshwar Damry, qui s’était déjà envolé avant même la séance parlementaire de mardi.

Et comme si le tableau n’était pas complet, le ministre Aadil Ameer Meea avait lui aussi pris la direction de New York pour une conférence. Résultat : pendant que l’économie tanguait, les principaux concernés étaient déjà en transit… ou bien installés à l’étranger.

Le plus savoureux dans cette histoire ? Il n’y a pas si longtemps, Navin Ramgoolam assurait surveiller de près les déplacements ministériels, allant jusqu’à en annuler certains au nom de la rigueur économique. Une rigueur… qui semble avoir pris, elle aussi, quelques jours de congé.

À défaut de se serrer la ceinture, certains ont visiblement préféré ajuster leur itinéraire.

Douche froide pour Sik Yuen et promesses qui s’évaporent

Pendant que certains voyageaient loin des turbulences locales, d’autres prenaient la vague en pleine figure. Le ministre du Commerce, Michaël Sik Yuen, s’est retrouvé en première ligne pour défendre l’indéfendable : la hausse des prix des carburants.

Ironie du sort, ni le Premier ministre ‒ également ministre des Finances ‒ ni son Junior Minister n’étaient là pour affronter la colère des automobilistes. Mission déléguée donc à Sik Yuen, qui, après avoir promis au Parlement des plans A, B, C, D… et même E, a finalement sorti un plan unique : faire payer les consommateurs.

Invité sur le plateau de Radio Plus avec Ashna Nuckcheddy, le ministre a vécu un moment pour le moins… inconfortable. Et pour cause : même au sein du gouvernement, les critiques fusent. Son collègue, Khushal Lobine, ne lui a pas déroulé le tapis rouge.

Le leader des Nouveaux Démocrates a rappelé, sans détour, l’une des promesses phares de l’Alliance du Changement : faire baisser les prix des carburants et revoir le système de taxation. Une promesse aujourd’hui au point mort. Pire, Lobine s’interroge publiquement sur le refus du gouvernement de réduire certaines taxes pour soulager la population.

Message à peine voilé : en période de crise, les ministres sont censés travailler… et assumer.

Reste une question, qui flotte dans l’air comme une odeur d’essence : certains, au sommet, travaillent-ils vraiment autant que d’autres ? Ou voyagent-ils simplement mieux ?

Déjà petit dictateur ?

Après la séquence carburant déjà bien chahutée, voilà que Michaël Sik Yuen en remet une couche… et pas forcément la plus digeste.

Il a laissé échapper un aveu pour le moins déroutant : avant de fixer les nouveaux prix du pain maison, il n’aurait tout simplement pas écouté les propositions des boulangers. « Mo pou dir ou fran, mo pa’nn ekoute mem sa bann-la… » Traduction politique : circulez, y a rien à négocier.

Une sortie qui a immédiatement fait bondir le représentant des boulangeries, lequel a posé une question simple mais embarrassante : comment le ministère est-il arrivé à Rs 3,90, alors que leurs calculs pointent plutôt vers Rs 4,80 ? Silence gêné… puis tentative de justification, avec en prime une estimation ministérielle affirmant que les boulangers dégageraient environ 60 sous de profit par pain.

De quoi nourrir un malaise : d’un côté, un secteur qui réclame d’être entendu ; de l’autre, un ministre qui revendique presque de ne pas écouter ceux qu’il régule.

Reste à savoir si gouverner sans écouter, c’est aller plus vite… ou droit dans le mur. « Nous ne sommes pas des dictateurs », dit pourtant Michaël Sik Yuen….

Fixer le prix des dholl puris 

Michaël Sik Yuen élargit son champ d’action… Face à ce qu’il qualifie « d’exagération », le ministre du Commerce a lancé un avertissement sans détour : s’il le faut, le gouvernement fixera aussi le prix du dholl puri.

Une déclaration qui soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Car cela revient à dire que les petits marchands, souvent déjà sous pression, n’auraient ni le droit de générer un profit jugé « trop élevé», ni même celui d’ajuster leurs prix face à la hausse des coûts.

Farine, pois, huile, gaz… tout augmente. Mais le prix du dholl puri, lui, devrait rester figé ?

Derrière cette logique, un paradoxe s’installe : pendant que certains secteurs plus structurés ajustent leurs marges sans trop de contraintes, les petits entrepreneurs, eux, semblent être les premiers visés par cette volonté de contrôle.

À ce rythme, le message devient limpide : produire oui, mais sans trop gagner.
Reste à savoir jusqu’où ira cette politique et surtout, combien de temps les petits marchands pourront tenir sans revoir leurs prix… ou simplement disparaître.

Intérim au sommet, décisions au minimum…

Pendant que Navin Ramgoolam était à l’étranger, Shakeel Mohamed assurait l’intérim au poste de Premier ministre. Et ces derniers jours, il a enchaîné les sorties médiatiques.

Mais du côté du Conseil des ministres, l’attente était tout autre. Dans un contexte tendu, beaucoup espéraient une réunion
« musclée », avec des décisions fortes pour répondre à la grogne populaire. Résultat ? Une douche tiède.

Le communiqué du cabinet ? Une succession de règlements, sans véritable annonce marquante. Du technique, du procédural… mais rien qui donne le sentiment d’un cap politique clair face à la crise.

La comparaison est vite faite dans les couloirs : lorsque Paul Bérenger présidait le Conseil des ministres en tant que DPM, en l’absence du Premier ministre, les communiqués avaient une toute autre saveur, ils étaient plus tranchés, plus décisionnels, plus politiques. Ici, place à la gestion en mode discret. Trop discret ?

À défaut de décisions fortes, l’intérim aura surtout été marqué par une certaine retenue. Reste à savoir si c’était par prudence ou par manque de marge de manœuvre.

Corexsolar : duel sous tension à l’Assemblée

Mardi prochain s’annonce électrique à l’Assemblée nationale. Et pour cause : le dossier Corexsolar débarque en plein hémicycle, avec en toile de fond un face-à-face qui promet des étincelles.

D’un côté, Joanna Bérenger, fraîchement installée sur les bancs de l’opposition, qui a adressé une question directe au ministre de l’Énergie. De l’autre, Patrick Assirvaden, bien décidé à ne pas subir… et qui préparerait déjà la contre-offensive.

En coulisses, on murmure que l’ancienne Junior Minister ne compte pas poser une simple question de routine. Des révélations pourraient venir pimenter le débat, transformant une séance parlementaire classique en véritable joute politique.

Mais attention, le ministre n’est pas en reste. Selon certaines sources, la riposte pourrait être tout aussi musclée, avec des éléments prêts à être dégainés pour renvoyer la balle à l’opposition.