
Par Doris Félix
L’Université des Mascareignes (UdM) est à l’arrêt. Depuis 7 mois, l’établissement n’a plus de Directeur Général statutaire. Une vacance qui paralyse toute l’institution et dont les premiers à payer le prix sont les étudiants : inscriptions en master bloquées, partenariats internationaux gelés, fuite des enseignants-chercheurs, et une incertitude grandissante sur l’avenir des diplômes.
Pour rappel historique, l’UdM est un projet francophone et régional. Créée en 1998 sous le nom d’Institut Polytechnique de Rose Hill, puis devenue, après maintes rebondissements l’Université des Mascareignes en 2012 suite à la fusion avec l’Institut Supérieur de Technologie, l’UdM est le fruit d’un partenariat avec l’Université de Limoges en France.
Membre de l’AUF depuis 2003, l’UdM est la seule université francophone du pays. Sa mission : former pour l’industrie mauricienne et rayonner dans la région. Madagascar, Seychelles, Comores, La Réunion nous regardent. Le rêve : une université régionale, moderne, ancrée à Maurice.
C’est cette identité et ce rôle régional qu’on risque de perdre aujourd’hui. Depuis 2014, l’institution est entrée dans une zone de turbulences et va de mal en pis.
Les nominations à la tête se succèdent mais aucun directeur-général ne termine son mandat. Zéro continuité, zéro vision long terme. Le Board devient de plus en plus politique. Les décisions académiques passent après.
Petit à petit, les partenaires internationaux commencent à douter. Et les étudiants, eux, subissent de plein fouet.
En septembre 2024, c’est le blocage total.
Le Board vote la création d’un poste additionnel à la direction. Mais il y a un problème : le rapport du PRB ne prévoit qu’un seul poste à ce niveau. La Financial Crimes Commission est saisie pour enquêter.
Ainsi, toutes les nominations sont gelées. Et l’université se retrouve sans pilote.
En l’absence de nomination, une direction intérimaire issue du primaire et du secondaire est imposée à un établissement d’enseignement tertiaire.
Les représentants du personnel alertent : climat de tension, ciblage particulier du personnel féminin, compilation de dossiers individuels, et prises de décisions en dehors des instances universitaires légales. L’UdM devient ingouvernable.
Cinq mois de silence du Ministère
Le 19 février 2025, le syndicat adresse 6 questions officielles au Ministère de tutelle. Elles portent sur la vacance, sur la légalité des recrutements et sur l’avenir de l’UdM.
Cinq mois plus tard : silence radio. Aucune réponse. Aucune feuille de route communiquée aux étudiants et au personnel.
Il y a un réel danger que l’âme de l’UdM soit effacée.
Au-delà de la crise administrative, c’est la mission régionale de l’UdM qui est en jeu. Unique université francophone du pays, l’UdM est notre pont avec la Francophonie, l’Europe et l’Afrique.
Aujourd’hui, enseignants et étudiants craignent qu’on vide l’établissement de son identité pour en faire une simple succursale, sans âme.
Les questions que se posent les enseignants : Qui bloque la nomination d’un Directeur Général statutaire ? Qui profite de cette paralysie ? Les universités privées ?