
Par Narain Jasodanand
À la Central Water Authority (CWA), il n’y a pas que l’eau qui est mal gérée. Le personnel l’est aussi.
Il semble que presque 200 personnes ont été embauchées par la CWA depuis le changement de gouvernement en novembre 2024. Cela, malgré les déficits et grosses dettes de Rs 3,5 milliards de la CWA.
Une partie d’entre ces recrues devrait remplacer les employés de compagnies de gardiennage privées. On ignore les postes occupés exactement par eux et les autres. Cependant, parmi 82 personnes récemment embauchées figurent dix-neuf Reservoir/Pumping Station Attendants (RPSA), presque tous venant d’une circonscription en particulier. Comme au temps du MSM !
Ces RPSA ont pour tâches d’ouvrir et de refermer les vannes, tôt le matin et dans l’après-midi. Pour certains gros réservoirs (réservoirs de service), ces RPSA doivent rester sur place durant toute la journée ou durant la nuit. Ils doivent aussi noter manuellement le niveau d’eau et surtout rapporter toute anomalie comme une fuite. Cela, en attendant un système automatisé et plus fiable…
Or, tous ces 19 nouveaux RPSA ne font pas le job pour lequel ils ont été embauchés. Ils ont tous été postés comme Office Attendants au quartier général de la CWA, on ne sait pour quelle raison. Les auditeurs internes viennent d’ailleurs d’en faire la remarque à la direction. On ignore ce que la direction a répondu.
Résultat, beaucoup de réservoirs et stations de pompage ne sont pas surveillés et des vols ont même été commis dans certains d’entre eux. Des fils électriques et équipements ont été emportés notamment dans une station de pompage d’un ‘borehole’, affectant ainsi la distribution d’eau.
L’espion qui ne m’aimait pas
On nous fait savoir que ces RPSA n’aiment pas ou ont peur de se rendre dans certains réservoirs et préfèrent l’environnement douillet et sécurisé des bureaux. Où, en plus, ils peuvent jouer aux officiers de la National Security Service, en espionnant les autres employés. Pas spécialement ceux qui ne travaillent pas, mais plutôt ceux qui sont suspectés de n’être pas loyaux politiquement.
Ainsi, un RPSA a filmé une employée qui parlait politique au téléphone. Elle disait à son interlocutrice qu’elle ne votera ni le MSM ni le Parti Travailliste aux prochaines élections et qu’elle optera pour le Fron Militan Progresis des Bérenger. Faute impardonnable !
La dame a reçu un avertissement ? Non ! Elle a été mutée, ‘with immediate effect’, dans l’Est, alors qu’elle habite Port-Louis.
Un Technical Officer a lui-aussi subi le même traitement : transfert sur le champ vers un lieu très éloigné de son domicile. Raison : il avait mis un post sur Facebook, dénonçant un conseiller de Patrick Assirvaden, mais sans le citer.
Il semble que l’utilisation de cette arme redoutable de transferts ne soit qu’à ses débuts. Au lieu de surveiller nos réserves d’eau qui s’amenuisent, ces RPSA très spéciaux surveillent leurs collègues. On peut les voir traîner dans les couloirs, munis de leur téléphone portable, prêts à enregistrer toute conversation jugée suspecte. « Avec eux, on n’a plus besoin de caméra de surveillance », nous dit un employé. On a même vu un RPSA écouter aux portes.
Le directeur général Shiam Thannoo est celui qui prend les décisions et signe lui-même ces lettres de transfert. À voir le rythme de ces mutations, le directeur général passerait beaucoup plus de temps à ce genre de travail qu’à s’occuper des projets et des fuites d’eau. Fuites comme dans les réservoirs désertés ?