
Nasser Beekhy, dont l’avocat est Samad Golamaully, garde un très mauvais souvenir de son arrestation.
Par Narain Jasodanand
On attendait depuis le 10 novembre 2025 que Nasser Osman Beekhy vide son sac et révèle qui était derrière une demande de pot-de-vin de Rs 350 millions à Maminiaina Ravatomanga, dit Mamy. Dix mois plus tard, il l’a fait. Enfin presque.
Dans un affidavit juré devant la Cour suprême jeudi 10 septembre, Nasser Beekhy confirme donc cette demande, que l’on pourrait qualifier, tour à tour, de pot-de-vin, de rançon, de « protection money » ou, plus prosaïquement, de gros pourboire.
Même si Beekhy ne cite pas nommément ces extorqueurs, maîtres-chanteurs ou corrompus, il les situe comme proches du bureau du Premier ministre (PMO). Tout en parlant d’un junior minister…
Ces Rs 350 millions, allègue Beekhy dans son affidavit, étaient demandés en retour d’« exercise, or purported exercise, of political or official influence to guarantee Mr Ravatomanga’s safety and the protection of his lawful rights ». En d’autres mots, selon Nasser Beekhy, la protection de nos lois est à vendre.
Toujours d’après Beekhy, il n’y a pas que des Mauriciens hauts placés derrière les malheurs de Mamy, mais aussi de puissants Malgaches qui agissent par vengeance politique et veulent saisir ses biens.
C’est pourquoi il avait décidé, d’après son affidavit, d’alerter le Premier ministre, qui était malheureusement au Royaume-Uni pour se faire soigner. Il s’est alors tourné vers le secrétaire au Cabinet, Suresh Seebaluck, qui lui aurait promis d’en informer le PM.
Ne voyant rien venir, et après avoir pris connaissance d’autres informations, Beekhy s’est alors adressé à Shafeek Ahmad, un des conseillers du Deputy Prime Minister d’alors, Paul Bérenger.
Le tournant
Nasser Beekhy a ensuite contacté Junaid Fakim, qu’il connaissait de longue date et qui était commissaire à la Financial Crimes Commission (FCC). Et là, c’est une toute autre version sur le rôle de Fakim et de Mamy dans la rencontre du 14 octobre 2025 à Quatre-Bornes.
Cette rencontre a été organisée pour permettre à Fakim de prendre connaissance, de la bouche même de Ravatomanga, des demandes d’argent. D’autant que, précise Beekhy, Mamy voulait, lui aussi, tout relater depuis son départ en urgence de Madagascar jusqu’à son arrivée à Maurice.
Si l’on croit Nasser Beekhy donc, Fakim était présent à cette réunion non pour « négocier » avec le Malgache mais pour l’écouter, en tant que commissaire de la FCC.
Mamy Ravatomanga, lui, était présent non pour tenter d’acheter Junaid Fakim ou quelqu’un d’autre mais justement pour se plaindre de chantages dont il se disait être la victime à Maurice.
Aucune confiance en Dawoodarry et Ramgoolam
Beekhy rappelle dans son affidavit qu’il avait, le 25 octobre 2025, déclaré au tribunal qu’il ne faisait aucune confiance à Sanjay Dawoodarry, le directeur général de la FCC, pour enquêter sur ses allégations contre certains hauts placés.
Il relate également comment des officiers de la FCC auraient tenté de le faire taire alors qu’il était admis à la City Clinic de Port-Louis, en lui « conseillant » de ne plus parler de ces demandes d’argent s’il voulait retrouver sa liberté. Le plus grave dans l’affidavit, c’est que Beekhy fait état sa perte de confiance en Navin Ramgoolam, qui aurait failli à son devoir d’ordonner une enquête sur ses allégations.
Enregistrements audio et vidéo
Tout en affirmant ne pas vouloir accuser Ramgoolam d’avoir participé à cette demande d’argent faite à Mamy, il estime que l’écoute des audios en sa possession soulève des questions quant à l’identité des personnalités auxquelles l’argent demandé à Mamy était destiné.
Car, oui, Beekhy détient des enregistrements audio et vidéo de ce qu’il avance. Il propose de les remettre à une équipe constituée d’enquêteurs étrangers, à une institution réellement indépendante ou encore à des policiers du Central Criminal Investigation Department. Mais certainement pas à la FCC.
Beekhy se dit profondément meurtri d’avoir été traité comme un criminel par la FCC et d’avoir été accusé de trafic d’influence, alors que c’est lui qui voulait dénoncer les véritables coupables. Il a été encore plus déçu après avoir entendu Ramgoolam le traiter de menteur sur une radio, alors qu’il a assuré la sécurité du PM pendant plus de 20 ans et a même perdu son frère, Zulfikar Osman, qui était également un agent de Ramgoolam, dans la fusillade de la rue Gorah-Issac, en 1996.