
La beauté et la tranquillité de l’endroit, déjà marqué par des falaises abruptes, prendront un coup avec l’installation de ce concasseur.
Par Narain Jasodanand
Le projet d’installer un concasseur (stone crusher) au beau milieu d’une zone agricole et d’un bassin versant (catchment area) à Nouvelle-Découverte n’a pas encore obtenu son certificat d’Environment Impact Assessment (EIA). Aux dires d’un professionnel du secteur, ce serait un miracle si cette demande d’EIA était approuvée.
Les procédures ont mal commencé. Une consultation, qui se voulait « publique », a été organisée le 6 février 2026, entre 14 h 30 et 15 h 30, avec les habitants de ce village par le promoteur, Dove Transport et son consultant Sustainable Resource Management Ltd. Or, plusieurs habitants y ont été interdits d’accès et la consultation s’est terminée à 15 heures. Seuls quelques proches et parents du promoteur, Nirmal Beelur, y auraient été invités.
C’est ce qu’a relaté Sunil Ramkalawon, le 29 août, lors d’une conférence de presse d’un groupe d’habitants de Nouvelle-Découverte, de Ripailles et de L’Espérance Quartier-Militaire.
La conférence de presse était présidée par Aruna Nayhal et a vu la participation du conseiller du village Zakheer Didorally, de Parvin Sooklal, président du village de l’Espérance, et d’autres intervenants, y compris Sébastien Sauvage d’Eco-Sud qui soutient la contestation à l’installation de cette concasserie.
Ce projet, selon les intervenants, risque de polluer les plantations maraichères – il y en a beaucoup ‒, les élevages de volailles et de vaches et les rivières. Les poussières et particules fines portées par le vent du sud-est menacent aussi les habitants et leurs maisons en période sèche. Et en temps pluvieux, ce sont les eaux boueuses qui descendraient de la concasserie pour envahir le village, selon eux, vu la topographie de l’endroit.
Les nappes phréatiques et le bassin versant, dont l’eau alimente plusieurs régions de l’endroit et même au-delà, seront aussi affectés par l’eau qui sera utilisée par la concasserie.
C’est sans compter le ballet des énormes semi-remorques qui représentera un véritable risque sur les étroites routes pour les habitants et autres usagers.
Pas touche au caractère rural
Le bruit attendu de ces camions et du concasseur lui-même troublera sans nul doute la tranquillité du village et des autres avoisinants et le caractère rural que les habitants veulent conserver. Ils disent non à ce genre de « développement » qu’on veut leur imposer, cela pour le bénéfice du promoteur.
Babita Thannoo, députée de l’endroit, a posé, le 4 août une question à propos de ce projet à Rajesh Bhagwan. Celui-ci a confirmé que la concasserie occupera une superficie de 4,7 arpents, transformera 450 tonnes de roches en agrégats quotidiennement. Mais il n’a pas dit d’où seront extraites ces roches. Si elles le seront des champs agricoles, a déclaré le planteur Kailash Rummun, cela aidera les planteurs dans un premier temps. Cependant, a-t-il prévenu, le topsoil, la couche supérieure des terres, sera grandement affecté par le mouvement des camions et par le grattage des extracteurs.
Si les roches sont extraites des autres terrains rocailleux, a expliqué Sunil Ramkalawon, cela causera des dénivellements extrêmes, rendant les terres, avec des falaises abruptes, inutilisables et les délimitations des terrains difficiles. Comme ce fut le cas il y a quelques années de cela, sur des terrains privés à Nouvelle-Découverte (voir photo).
Autoroute M4
On ignore également vers où partiront les macadams et autres rocksand et crusher run. À une question de la presse, Sébastien Sauvage estime que ces matériaux serviront à alimenter la folie immobilière qui s’est emparée de toute l’île. Il n’exclut pas la possibilité qu’ils servent à la construction de l’autoroute M4.
Il a probablement raison. Le gouvernement ira-t-il jusqu’à bouleverser des écosystèmes fragiles, déranger la tranquillité de ces petits villages et de leurs habitants, mettre en danger nos ressources en eau et notre souveraineté alimentaire – ces villages sont de véritables greniers de produits agricoles – rien que pour plaire à ER et Ascencia, qui veulent ouvrir des centres commerciaux qui tueront les petits commerces de l’Est et pour permettre à Terra de transporter ses cannes à sucre à Alteo ? Cela, en plus de nous endetter pour construire la M4 ?
Les habitants se demandent toujours pourquoi Rajesh Bhagwan et le promoteur ne révèlent pas la destination des agrégats qui seront éventuellement produits par cet concasseur.