
Kaviraj Rookny a posé une question importante sur le manque de devises, mardi 1er septembre.
Par Narain Jasodanand
La question posée par Kaviraj Rookny à Navin Ramgoolam mardi 1er septembre au Parlement avait toute son importance : pourquoi nous manquons de devises étrangères et quelles mesures seront prises pour régler le problème ?
Or, dans sa longue litanie, le Premier ministre (PM) s’est borné à répéter des mesures déjà prises et annoncées auparavant, comme celle qui oblige, depuis janvier 2025, les vendeurs de villas à des étrangers à mettre sur le marché 85 % des recettes en devises. Une mesure somme toute naturelle, faute de quoi on pouvait se demander si ces ventes pouvaient réellement être qualifiées d’investissements directs étrangers (FDI).
On avait déjà annoncé cette mesure pour les ventes de propriétés sous les Integrated Resort Scheme (IRS), Real Estate Scheme (RES), Invest Hotel Scheme (IHS), Property Development Scheme (PDS) et Smart City Scheme (SCS). Cependant, l’annonce de Ramgoolam ne concerne que les ventes sous le PDS ! Pour les autres projets, les promoteurs peuvent-ils conserver les devises ? A l’Economic Development Board (EDB), on nous affirme que la mesure s’applique pour tous les projets. Ramgoolam s’est-il trompé ?
Autre mesure déjà annoncée : celle visant à empêcher les banques locales de vendre des roupies à des courtiers européens, qui les revendaient ensuite aux touristes visitant Maurice, privant ainsi le pays de précieuses devises. C’était notamment le cas dans l’affaire du paiement au fournisseur de carburant Mercantile and Maritime Group…
Ramgoolam, le grand illusionniste
Pour Ramgoolam, il n’existe en réalité pas de problème de manque de devises car la situation s’est améliorée une première fois début 2025, une deuxième fois début 2026 et la dernière fois en mai 2026. Selon lui, en fait, il n’y a qu’« apparent shortage of forex » et « perceived shortage of USD ». Bref, pour lui, le manque de devises n’est qu’une illusion. Les commerçants et les parents qui doivent attendre deux semaines pour transférer $ 600 à leurs enfants étudiant à l’étranger apprécieront.
Le PM reconnaît en même temps qu’il y a une « structural imbalance in the foreign exchange market » ! Mais elle est causée selon lui par une hausse significative des importations durant ces dernières années, provoquée à son tour par un « consumption-led economic model » du gouvernement précédent.
Le problème de manque de devises est également dû, dit Ramgoolam, au phénomène de hoarding, le besoin compulsif de certaines entreprises d’amasser des devises au lieu de les convertir en roupies. Il n’a pas dit si ces entreprises préfèrent l’euro ou le dollar à la roupie qui a la fâcheuse tendance à se déprécier chaque jour.
Le PM a reparlé de la « strong performance registered in some key export-oriented sectors » en 2025. Ce n’était en fait qu’une exportation exceptionnelle de sucre vers la Chine.
Pas de mesure contre les importations de luxe
Mis à part ces mesures, davantage symboliques que radicales, aucune annonce n’a été faite concernant des restrictions sur l’importation de produits de luxe, comme les BMW, par exemple…
Navin Ramgoolam a-t-il vraiment décidé, comme il l’a dit à Adrien Duval, que le secteur immobilier ne sera plus encouragé et qu’il adoptera un « investment-led and production-oriented growth model » pour régler le problème de manque de devises à sa source, problème, rappelons-le, qui est à la cause de l’inflation continuelle ? Toutefois, 21 mois après son arrivée au pouvoir, on attend toujours des résultats concrets.
Ou a-t-il utilisé cette excuse pour cacher la lenteur de l’EDB et du Prime Minister’s Office (PMO) ou une baisse dans la demande de nos villas et appartements de la part des étrangers ? « Nous ne voulons pas accorder des permis à gauche et à droite pour bétonner tout le pays, comme votre gouvernement l’avait fait », a-t-il lancé à Adrien Duval, qui défendait visiblement le secteur immobilier.
On en saura un peu plus quand Ramgoolam déposera la liste détaillée des investissements publiée par l’EDB, comme il l’a promis hier à Joanna Bérenger.